La Gazette de la grande ile

Traitement des malades de Covid-19 : Le témoignage de ceux qui n’ont pas été achetés

Publié le 02 juin 2020

On se souvient tous de Tence Mena l’artiste qui a contracté la Covid-19 et de sa mise en scène sur les réseaux sociaux. Au début, elle se plaignait de la façon dont elle a été traitée à l’hôpital, puis, elle a fait des louanges aux médecins et aux personnels de santé comme quoi elle a finalement été bien traitée. Cela lui a valu des millions de vues et de partage sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. Pourquoi ces soudains changements d’opinion et de point de vue ? On n’en sait rien. Mais pour avoir une idée de ce qui se passe réellement là où les patients de Covid-19 sont pris en charge, nous avons recueilli quelques témoignages de différentes personnes dont les unes sont encore hospitalisées et les autres déjà « guéries ».

Le premier témoignage vient d’une femme de 42 ans, ayant contracté le virus en France, elle fait donc partie des premiers malades. « Étant donné que je faisais partie des premiers malades de ce virus à Madagascar, nous avons été traités plutôt bien. Nous n’avons pas de référence pour comparer comment les malades de la Covid-19 ont été traités auparavant puisque nous étions les premiers. Mais en tout cas, nous ne manquions de rien et les médecins étaient aux petits soins. », affirme-t-elle. Cependant, les choses ont changé. Selon un homme de 26 ans, on les a fait tourner en rond et attendre comme des gens qui quémandaient depuis l’analyse jusqu’à la prise en charge une fois confirmé positif au Coronavirus. « Déjà à Befelatanana, les personnels de l’hôpital qui s’occupaient de la prise d’échantillon pour l’analyse nous ont fait attendre une demi-journée. Nous sommes arrivés à Befelatanana à 10h. Vers midi, ils ont fermé la porte et ont affirmé qu’ils allaient déjeuner. Ils n’ont ré-ouvert la porte qu’à 15h30 alors que sur les lieux, il y avait des enfants et des personnes âgées. Une famille entière qui habitait à Ambatobe a été contrainte de rentrer à pied très tard quand finalement le personnel de l’hôpital a voulu la prendre en main. Notons que sur les lieux, une seule personne s’occupe de plusieurs tâches et n’arrive pas à gérer son temps. » a-t-il affirmé. Mais une fois les analyses terminées, les malades doivent encore subir plusieurs épreuves de négligence avant d’être pris en charge. Lundi dernier, un médecin du CCO a appelé une jeune fille pour lui confirmer qu’elle était diagnostiquée positif. Ce médecin lui a dit d’attendre car un personnel de Befelatanana allait l’appeler pour s’organiser sur ce qu’elle devait faire. Elle a attendu et n’a reçu aucun appel. Le lendemain, elle a appelé ce médecin pour s’informer car étant positif, elle ne sortait plus pour respecter les gens, mais elle a commencé à avoir faim. C’est après plusieurs appels, des supplications et des pressions que finalement  les responsables de Befelatanana ont appelé le mardi soir. Si la malade était irresponsable, cela lui aurait donné plus de 24h de temps pour sortir et se mettre en contact avec les gens et transmettre le virus.

Ce qui se passe à l’hôpital fait partie des plus grands mystères de cette pandémie. A cause du manque d’information, les gens se demandent ce qui se passe là-bas. D’autres se demandent comment les malades sont traités et d’autres affirment même que cette maladie n’existe pas et qu’il n’y a aucun malade dans les hôpitaux communiqués dans les médias. Ce qui est assez compréhensible car on laisse la population vivre dans l’ignorance et on la bassine juste avec des recommandations floues. Au CHU d’Anosiala, un malade nous a contacté pour nous faire part de la procédure ou du moins ce qu’il vit. D’après cette personne « Ici, on nous traite selon notre état. Comme la Covid-19 n’a pas encore de traitement officiel, les malades sont traités symptomatiquement. Dès notre arrivée, on a fait des prélèvements pour faire plusieurs analyses. Puis on nous a fait des échographies et des scanners. Une malade que je connais présentait quelques symptômes dont la toux et une hausse de sa tension artérielle. Comme les traitements sont symptomatiques, on lui a prescrit un médicament pour sa tension. Le médicament en question n’existait pas à la pharmacie de l’hôpital d’Anosiala et cette dame devait le commander par elle-même et se le faire livrer. Elle a demandé aux médecins si elle serait remboursée, mais personne ne voulait répondre. Notons tout de même que le traitement de Covid-19 devrait être pris en charge par l’Etat et comme cette maladie n’a pas encore de traitement officiel et que c’est toujours une nouvelle maladie, tous symptômes qui apparaissent chez le patient doivent être considérés comme faisant  partie des conséquences de ce virus et doivent être couverts par l’Etat. ».

Effectivement, les médecins d’Anosiala qui n’ont pas voulu nous recevoir faute de demande de rendez-vous n’ont pas voulu répondre à une simple question « Pourquoi le malade doit acheter  lui-même son médicament ? ». Notons-le et rappelons-le que l’Etat a reçu une somme astronomique de dons afin d’affronter cette pandémie. Il n’existe pas encore de médicament pour soigner la Covid-19 donc il est inutile de répondre aux malades par la réponse toute faite «  Nous ne fournissons que les médicaments du corona ». Tous les symptômes d’un malade en quarantaine doivent être pris en charge par l’Etat. Ou bien si les médecins d’Anosiala ont en leur possession ce médicament miracle contre la Covid-19, qu’ils l’officialisent. Cette personne victime de Covid-19 fait partie des rares gens qui ont respecté le confinement et n’est sortie de son domicile qu’en cas d’extrême nécessité. Elle a contracté ce virus à cause d’un couple qui est venu le rendre visite alors que ces derniers ont  voyagé avec un cas positif provenant de Tamatave. Toute sa famille a été atteinte. Elle a arrêté de travailler depuis le début du confinement et n’a plus rien à se mettre sous la dent. Si en plus elle devait acheter son médicament et le faire livrer à plus de 20 kilomètres de la capitale, elle risquait de figurer parmi les cas de décès de cette maladie.  Ce message est adressé directement au Président de la République, prenez un moment pour considérer les malades de cette pandémie et accordez de l’importance à ceux qui ont accordé de l’importance à vos dispositifs de sécurité. Cette guerre risque de durer encore longtemps. Depuis le début, on a essayé de collaborer avec toutes les parties prenantes afin de garder au maximum une harmonie au sein de toutes les troupes pour mieux affronter la pandémie. Chacun fait de son mieux pour vaincre le coronavius, mais dès fois il existe des gens qui manquent d’information et ne savent pas quoi faire pour affronter une situation spéciale. Il faut juste rappeler que jusqu’au moment où un médicament n’a pas été trouvé pour guérir de Covid-19, tous les symptômes que le malade présente figurent parmi les conséquences de ce virus et doivent être pris en charge comme les symptômes plus «communs ».

  1. Berado

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