La Gazette de la grande ile

Marc Ravalomanana : Faux défenseur du Rova

Publié le 02 juin 2020

Après une intrusion illicite sur le chantier du Rova Manjakamiadana, Marc Ravalomanana critique publiquement la construction du Colisée par le régime actuel. En prônant aujourd’hui la restauration du Rova Manjakamiadana sous sa forme d’origine, Marc Ravalomanana fait preuve de mauvaise foi. Il ne se rend pas compte à quel point il est pathétique. L’ancien Président de la République est libre de s’exprimer, comme tous nos compatriotes mais s’il y a un sujet sur lequel il devrait fermer sa grande bouche, c’est bien le Rova Manjakamiadana. Surfant habilement sur l’amnésie collective, Marc Ravalomanana fait mine d’oublier que lorsqu’il était au pouvoir, il a commis le sacrilège de faire déplacer en catimini les ossements royaux du même Rova Manjakamiadana vers une destination inconnue, sans se soucier de l’avis de quiconque. Aujourd’hui, il se plaît à rappeler à qui veut l’entendre que, durant son mandat, il a initié les travaux de réhabilitation du Palais de la Reine mais il se garde bien d’évoquer les dons collectés, détournés par lui et Mejamirado Razafimihary.

En raison de ce passif, Marc Ravalomanana n’est pas crédible dans son rôle improvisé de défenseur acharné du Rova Manjakamiadana. Il veut fédérer le maximum de nos concitoyens autour de la préservation du Rova Manjakamiadana alors que sa connaissance de l’histoire, de la culture et du patrimoine de Madagascar est extrêmement limitée. On se souvient que, lors de la venue de Jacques Chirac dans la Grande Ile en juillet 2005, Marc Ravalomanana avait tenu à éteindre les débats animés à propos du massacre commis par la France en mars 1947 en déclarant qu’il n’était pas né en 1947. Dénué de toute fibre patriotique, Marc Ravalomanana se moque des évènements de 1947, donc il ne peut pas être attaché à l’époque royale. Sa rhétorique de langue de bois et pleine de perversion maquillée au sujet du Rova Manjakamiadana n’est pas convaincante. Il n’est pas le héros constructif qu’il prétend incarner. Il est tout juste bon à guider ses partisans vers des « chemins qui ne mènent nulle part » (Martin Heidegger). Les objectifs de l’ancien Chef de l’Etat qui expliquent son engagement soudain en faveur du Rova Manjakamiadana sont évidents. Il est clair que Marc Ravalomanana est déjà en précampagne électorale et qu’il espère s’attirer la sympathie de l’aristocratie Merina, des Andrian-dreraka et des nostalgiques de la royauté. Il essaie également de ratisser large en vue de reconquérir le cœur des tananariviens déçus du régime actuel.

Toutefois, il se contredit avec éclat. On se souvient qu’après l’élection d’Andry Rajoelina à la mairie d’Antananarivo en décembre 2007, Marc Ravalomanana avait envisagé de déplacer la capitale à Toamasina en janvier 2008, ce qui prouve que son affection pour Antananarivo n’était pas profonde. Heureusement que le projet n’a pas abouti. Ce n’est pas tout. Il saute aux yeux que Marc Ravalomanana tente aujourd’hui de faire diversion. En critiquant le Colisée, il tente de dissimuler le fait que lui et son épouse ont détourné des sommes colossales lorsque cette dernière dirigeait la mairie d’Antananarivo. Le couple devra rendre des comptes. En voulant déconstruire le Colisée, Marc Ravalomanana ne cherche pas à rebâtir l’unité entre les Malgaches. Bien au contraire, il joue le jeu des intérêts de l’ancienne puissance coloniale, laquelle veut tirer profit des clivages entre les Malgaches. Opportuniste patenté, Marc Ravalomanana compte sur l’appui des autorités françaises pour déstabiliser Andry Rajoelina et tenter en vain de prendre sa place.

Phil de Fer

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