La Gazette de la grande ile

Edito : La vérité finit par flamber !

Publié le 03 juin 2020

Pourquoi  les prix des carburants ne baissent pas alors que les cours du pétrole brut sont au plus bas niveau ? La crise sanitaire causée par le coronavirus n’empêche pas la population de suivre les cours du pétrole brut. Outre cette pandémie, l’actualité internationale s’est résumée durant ces derniers mois à la chute brutale des cours internationaux. D’où cette question des prix à la pompe qui ont tous suivi un tant soit peu cette chute ailleurs mais pas chez nous.

Le DG de l’OMH (office malgache des hydrocarbures) a déjà donné des explications sur la stabilité des prix chez nous. D’abord parce que l’Etat était encore fortement endetté vis-à-vis des sociétés de distribution pétrolière. Ensuite, le dollar qui est l’un des principaux éléments de fixation des prix a augmenté par rapport à l’ariary. Enfin, le confinement a réduit fortement la consommation de carburants d’où l’augmentation des stocks dans les dépôts qui sont par ailleurs de faible capacité (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on projette depuis de nombreuses années la construction d’un nouveau dépôt sur la route d’Antsirabe), ce qui a ralenti notre approvisionnement en carburants et bénéficier pleinement de la baisse.

Les déplacements en voiture étant limités, peu ou prou de gens se sont intéressés à ces explications. C’est depuis que les taxis et taxibe ont repris que les questions fusent pour atterrir immanquablement au Parlement. Les mêmes explications ont été apportées. Mais au Sénat en particulier, le commentaire général des membres de cette assemblée est que l’Exécutif a menti. Durant la séance de confrontation avec le gouvernement, le président du Sénat, Rivo Rakotovao, a d’ailleurs déclaré publiquement ceci : « il y a un an ici même, vous avez déclaré qu’on a effacé les dettes de l’Etat envers les sociétés pétrolières ».

Effectivement, il y a un an, le président Rajoelina a réuni les pétroliers pour discuter ensemble des prix des carburants, le candidat Rajoelina ayant promis de faire baisser  ces prix. Au bout de 3 jours de négociations, le gouvernement a réussi à faire accepter aux sociétés pétrolières de réduire leurs marges bénéficiaires et d’abaisser les prix des carburants de 100 ariary par litre. Triomphants, le ministre des Hydrocarbures d’alors, Vonjy Andriamanga, et la ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy, avait annoncé cette « victoire » en annonçant la cerise sur le gâteau : l’effacement de la dette de l’Etat vis-à-vis des pétroliers.

Ce n’était qu’un mensonge, un honteux mensonge à plusieurs milliards. Hier, le ministre des Hydrocarbures, Christian Ramarolahy a annoncé que ces dettes se chiffraient à 171 milliards ariary soit presque 1000 milliards Fmg, pour atteindre 180 milliards avant de se réduite à 120 milliards ariary grâce à la baisse des cours internationaux qu’on n’a pas répercuté sur les prix à la pompe. La baisse des prix en juin 2019 et sa stabilité depuis n’est donc que purement factice. Pire, c’est le pauvre consommateur qui paie au prix fort la démagogie du pouvoir.

Lalatiana Rakotondrazafy et Vonjy Andriamanga, les auteurs de ce flagrant délit de mensonge ne méritent plus d’occuper une quelconque fonction au sein de l’Administration. Encore heureux que la population ne les oblige pas à payer de leurs poches ces dettes. Mais comme c’est trop colossal, cela les obligerait à faire aussi pire que le mensonge.

En tout cas, cette histoire servira de carburant à la société civile, les partis d’opposition et les églises chrétiennes pour leur exigence de transparence. Chacune de ces entités se montrent patientes car elles savent toutes que la vérité finit toujours par « flamber » !

Sa

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