La Gazette de la grande ile

Obsèques du Pasteur Ratafy Léon : Emouvantes et … irresponsables !

Publié le 24 juin 2020

Un décès est toujours triste. Et on comprend d’autant plus la profonde tristesse les fidèles de l’association cultuelle Jesosy Mamonjy quand c’est leur chef spirituel qui est décédé. Le Pasteur Ratafy Kéon est, en effet, décédé la semaine dernière. Il était le président de l’Eglise évangéliste Jesosy Mamonjy qui dispose du plus grand lieu de culte à Madagascar et en Afrique avant 2010 (selon Wikipédia). A la tête de cette confession, il était très apprécié pour ses prédications et ses miracles un peu partout dans le pays.

Aussi comprend-on la réaction des fidèles à l’annonce de sa disparition. Et lundi pour le dernier culte en hommage au défunt, ils ont littéralement assiégé l’édifice d’Ankorondrano qui  peut accueillir des milliers de personnes (Wikipédia parle 25 000 places, à vérifier). La chaîne de télévision MBS de Marc Ravalomanana a retransmis ces obsèques après le journal du soir parce que Jesosy Mamonjy est la quatrième plus grande confession chrétienne (après l’Eglise catholique, l’Eglise luthérienne et l’Eglise réformée FJKM) et la première a été créée après l’indépendance mais aussi parce que le secrétaire général du parti TIM et ancien candidat malheureux aux  dernières élections municipales, Rina Andriamasinoro, y assistait (sic).

C’est sur cette chaîne que les téléspectateurs ont pu constater ce qui risque d’être qualifié plus tard d’horreur si jamais cette cérémonie religieuse favoriserait la propagation du coronavirus. Car autant les obsèques de l’homme d’église furent émouvantes, autant on est effrayé par la présence de cette immense foule serrée les uns contre les autres sans aucune distanciation aucune à l’exception du premier rang, et des fidèles ne portant pas des masques ou les masques suspendus à l’oreille. En vrai professionnel, le caméraman de service a fait parler ses images en rapportant des images en gros plan de tout cela, l’émotion avec en filmant des fidèles perdant connaissance ou en pleurs leur obligeant d’enlever leur masque.

Visiblement, les fidèles qui ont voulu coûte que coûte assister aux funérailles de leur pasteur, du culte jusqu’à l’inhumation, n’avaient aucunement conscience du danger qui les guette et qu’ils peuvent représenter pour leurs proches, leurs collègues de travail mais aussi leurs concitoyens dans tout le pays. D’après les confidences de certains d’entre eux, des fidèles de province auraient aussi rallié la capitale pour assister aux obsèques du Pasteur Ratafy Léon. « Même des gens de Toamasina  ont voulu venir, mais ils n’ont pas eu d’autorisation ». Ceux de Fianarantsoa, d’Antsirabe, de Mahajanga, de Toliary ou d’ailleurs auraient-elles été donc autorisées à venir à Antananarivo ? Si des personnes étaient autorisées et auraient effectivement fait le déplacement, qui leur a accordé le passe-droit ? Leur gouverneur respectif ou leur préfet dans leur région d’origine.

Mais hier soir, la question qui était unanimement posée dans les foyers en voyant la foule massée dans l’église d’Ankorondrano est  de savoir qui est « l’irresponsable» qui a donné l’autorisation de ce culte, tout culte autorisé quelle que soit la confession en cette situation d’urgence sanitaire, faut-il le rappeler, étant limité à 50 personnes.  Le CCO (comité national de coordination) qui est le seul habilité à accorder les autorisations en tous genres ne dispose-t-il  pas d’une super ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy ? N’avait-elle pas averti le comité de ce qui s’est passé ailleurs ? Ou n’est-elle même pas au courant en tant que journaliste ce que rapporte la presse internationale.

« Du 17 au 24 février dernier se tenait dans une église évangélique de Mulhouse un rassemblement religieux, «Les portes ouvertes chrétiennes» où près de 2500 fidèles venus de la France entière et de quelques pays limitrophes comme la Belgique, l’Allemagne et la Suisse, se sont rendus pour prier et jeûner ensemble ». On dit que ce rassemblement a été l’une des principales causes de la propagation de l’épidémie dans l’est de la France et pays voisins. Le Pasteur a d’ailleurs demandé pardon pour cela.

« En Corée du Sud, devenue le pays le plus touché par le nouveau coronavirus en dehors de la Chine (avant que l’épidémie soit maîtrisée, ndlr), la colère montait à l’encontre de la secte chrétienne accusée d’être à l’origine de la propagation de l’épidémie. Environ un demi-million de personnes ont signé une pétition sur le site internet de la Maison bleue, siège de la présidence sud-coréenne, demandant la dissolution de l’Église Shincheonji de Jésus. Plusieurs porteurs du coronavirus ont un lien avec cette secte ».

Aux Etats-Unis, des pasteurs zélés ou en quête de notoriété, s’appliquent à défier les règles. En Louisiane, l’un des Etats particulièrement touchés par le Covid-19, Tony Spell, responsable de l’église Life Tabernacle Church, persiste à penser que « Dieu protégera [les malades] de tout mal et de toute maladie ».

Espérons que les dirigeants de Jesosy Mamonjy ne partagent pas cette idée. En tout cas, ils sont tout aussi responsables que celui ou celles qui leur ont donné l’autorisation si jamais le rassemblement de lundi  aggraverait davantage une épidémie qui contamine déjà presque une centaine de personnes par jour. Que le gouvernement cherche donc le ou les responsables et qu’il sanctionne  sévèrement un acte pire que les 40 milliards de bonbons sucettes.

Notons que d’après les indiscrétions de certains fidèles, le défunt aurait succombé à la suite d’une fatigue générale elle-même entraînée par un phénomère de rejet d’une greffe rénale. Récemment, des greffés et des dialysés ont demandé secours aux autorités compétentes qui pour les médicaments anti-greffe qui pour les séances de dialyse. Ils sont obligés de vendre leurs héritages,   leur « tanindrazana », pour essayer de survivre. On leur a promis vainement la gratuité de la dialyse depuis 10 mois et l’indépendance n’a plus aucun sens pour eux.

Salomon Ravelontsalama

 

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