La Gazette de la grande ile

60ème anniversaire de l’Indépendance : Et si Madagascar n’était pas colonisé ?

Publié le 25 juin 2020

26 juin 1960. C’était la date du retour de Madagascar à l’Indépendance. Et c’est à juste titre que nous allons célébrer demain le 60ème anniversaire en dépit de la pandémie qui nous empêche de fêter l’événement dans la liesse. Les interdictions que nous imposent le coronavirus devraient cependant nous amener à la place des kermesses, des bals populaires et autres festivités à réfléchir voire méditer sur l’avenir proche mais aussi lointain.

Car au risque d’heurter ceux qui se disent nationalistes purs et durs mais qui ne se souviennent même pas du chemin qui mène vers le village de leurs ancêtres, le “tanindrazana”, que pour ramener au tombeau le corps d’un parent défunt, le bilan de ces 60 ans d’Indépendance se résume en deux mots: extrême pauvreté.

Et pourtant au lendemain de l’indépendance, les Malgaches vivaient avec une certaine aisance. On était encore dans la période néo-coloniale, aiment à rappeler nos aînés. Ne comprenant toujours pas pourquoi nous sommes devenus aussi pauvres avec l’Indépendance alors que le pays est dit immensément riches, un certain nombre de nos jeunes se demandent s’il ne vaut mieux pas revenir dans la colonisation. Ils sont d’autant plus confortés dans leur conclusion quand on leur révèle que les grands travaux ayant permis la réalisation des chemins de fer, du canal des Pangalanes, des routes, des bâtiments administratifs et sociaux sont les résultats de la vision du général Galliéni.

Il ne s’agit pas de faire l’apogée du colonialisme ni du premier gouverneur français à Madagascar, le président Macron lui-même qualifiant cette période de crime contre l’humanité. Il s’agit surtout de nous faire prendre conscience et ne plus être complexé par la colonisation. Nombreux de nos ancêtres qui ont vécu cette période ont terriblement souffert et nombreux ont payé de leur sang pour que le pays retrouve sa liberté. On ne leur oubliera jamais. Mais sachons tourner la page et osons regarder le passé en face et vivre avec en se tournant vers l’avenir.

Ainsi nous pourrions accepter enfin que Galliéni avait quand même fait quelque chose et que les grands travaux et le SMOTIG grâce auquel on les a réalisés sont à peu près pareil au New Deal de Francklin Roosevelt aux Etats-Unis. Ces modèles ont été d’ailleurs érigés par la suite en théorie économique et au sortir du coronavirus, la plupart des pays y recourent pour relancer leur économie.

A Madagascar, il ne s’agirait pas uniquement de trouver une porte de sortie après le Covid19, il s’agit de rattraper ce qu’on a raté depuis l’Indépendance, il y a 60 ans. Car tout ce que propose le président Andry Rajoelina, le pays l’a déjà essayé au fil de ses républiques. Mais le résultat est là: le fiasco au bout du compte. Pourquoi? C’est le moment ou jamais d’analyser les origines et les causes de l’échec avant de se lancer dans un nouveau programme sinon on se dirige directement vers un mur.

Sous Philibert Tsiranana, on avait adopté la politique de la faim avec l’intensification de la riziculture par l’introduction de nouvelles techniques (engrais chimiques, nouvelles semences, culture en ligne, petite mécanisation avec, entre autres, les motoculteurs Kubota du Japon…). L’élan fut ralenti en 1972. Sous la Première République, on s’était également engagé dans une politique de substitution aux importations par la création de nombreuses petites et moyennes industries. Aujourd’hui, il ne reste plus que la Savonnerie Tropicale qui essaie de tenir contre les importations et JB et ses entreprises sœurs et Socolait regroupées aujourd’hui au sein de Basan dont les produits alimentent le pays et l’Europe.

Sous la Seconde République, on avait initié la politique des investissements à outrance. A l’exception des campus universitaires et la centrale d’Andekaleka, les constructions d’usine ont toutes accouché d’éléphants blancs. Parallèlement, les cours internationaux du café sur lequel on pensait rembourser les prêts contractés auprès des banques commerciales se sont effondrés. Avec la crise de la dette internationale, c’est la faillite de Madagascar. Passant du socialisme au libéralisme, le pays s’engage sur le programme d’ajustement structurel. C’était le désengagement de l’Etat des activités productrices. On a démantelé les sociétés d’aménagement hydro-agricoles (Somalac, Fifabe, Sodemo…) et les différentes sociétés d’Etat. Parallèlement, on a voulu créer une classe de nouveaux entrepreneurs. Didier Ratsiraka avait choisi un certain nombre de personnalités un peu partout dans le pays. On leur dotait d’un capital et d’accompagnement, le principe étant de couvrir le maximum de secteurs et d’activités. Seul un certain Marc Ravalomanana a réussi au point de recevoir la visite du Président de la Banque mondiale à son usine de Manjakadriana, les autres ont tous périclité après des débuts prospères.

Après le désert économique de 1991 jusqu’en 2001 à cause des crises politiques, le changement attendu était l’émergence de nouveaux opérateurs de la trempe du président Marc Ravalomanana. Au final, il a plutôt consolidé son groupe en essayant de tout monopoliser.

Aujourd’hui, le programme d’investissements du président Rajoelina semble être le condensé de toutes ces initiatives. Le secteur des BTP est le plus avancé avec l’intention de décentraliser les appels d’offres et les travaux. Cette initiative comble des attentes exprimées depuis l’avènement du socialisme qui a tout centralisé. Mais dans l’ensemble, le programme suit toujours le principe de désengagement de l’Etat du secteur productif.

Pour espérer atteindre l’objectif d’atteindre l’autosuffisance en riz, il faudrait cependant redynamiser les sociétés d’aménagement, le génie rural, la vulgarisation rurale avec ce que cela suppose des investissements massifs en matériels qui ne se souvient pas des engins Poclain dans les périmètres riziers pour dégager les canaux d’irrigation et maîtriser l’eau?

En fait, l’exemple du secteur rizicole est valable pour tous les secteurs. Car dans notre situation actuelle, on ne peut prétendre une économie forte sans un Etat fort. Mais un Etat fort exige l’existence d’une structure à même de satisfaire les besoins nationaux. Durant la colonisation et sous la Première République, on disposait aux Travaux publics d’un atelier ultra-performant à même de faire des réparations des engins qui équipaient les différentes subdivisions du pays aujourd’hui dégarnies de tout engin. On ne parle plus de l’atelier de la gare de Soarano.

Un Etat fort c’est aussi une armée forte. La nôtre malheureusement est littéralement dégradée depuis sa création en 1960. Plus de Mailaka et Fanantenana pour surveiller nos côtes maritimes. Les DC3 qui servaient au moins aux exercices de parachutisme ont disparu juste après leur réhabilitation par le Pnud. Et on ne sait même pas que sont devenues les carcasses du millier de camions EFA et de 4×4 Lada. L’armée qui disposait du plus important patrimoine immobilier du pays voit ses immeubles péricliter. Et on n’est pas capable de construire et installer de nouveaux camps alors que le nombre de population augmente et une grande partie du territoire est devenue sous contrôle des dahalo. L’armée reste pourtant l’arme principale contre l’insécurité et résorber le chômage en recrutant massivement au titre du service militaire qui pour la construction de routes et d’aménageant des canaux d’irrigation et des zones de cultures, qui pour les reboisants à grande échelle…

Cette solution nous générait-elle parce que rassemblerait à la méthode de Galliéni qui avait dû importer des Chinois parce que la main-d’œuvre manquait en dépit du SMOTIG? Mais peut-on imaginer ce que serait devenu Madagascar s’il n’y avait pas de général Galliéni et de colonialisme?

Sa

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