La Gazette de la grande ile

Devises : Les “blanchisseurs” plus actifs que jamais ?

Publié le 03 juillet 2020

C’est l’inquiétude! Le terme n’est pas trop fort pour exprimer le sentiment des opérateurs, des observateurs mais aussi de nombreux citoyens au vu de l’évolution du taux de change. Depuis l’annonce officielle de l’apparition du coronavirus le 20 mars dernier, le dollar est passé de 3754,51 à 3854,05 ariary et l’euro de 4083,16 à 4317,76 ariary au 1er juillet, soit respectivement une dépréciation de la monnaie nationale de 2,6 et 5,7% par rapport à ces devises.

L’opinion est d’autant plus inquiète que la chute de l’ariary ne concerne qu’une période d’un peu plus de trois mois au cours de laquelle on n’a encore dépensé que moins du tiers des financements extérieurs reçus des bailleurs de fonds, bi-et multilatéraux pour faire face à la Covid 19. L’utilisation de ces devises apportées par nos partenaires techniques et financiers est évoquée car contrairement à la croyance populaire, certains théoriciens craignent que l’afflux de devises dans un contexte où l’offre de biens et services se raréfie avec la fermeture des entreprises est un facteur d’inflation, lui-même favorisant la dépréciation de la monnaie locale ; heureusement que cet effet est limité par la raréfaction des revenus monétaires occasionnée par la crise.

Il faut cependant dire que ce matelas de devises annoncé depuis à la Banque centrale compense quelque peu le manque à gagner sur le nickel et le cobalt d’Ambatovy qui a suspendu ses activités aussitôt l’épidémie déclenchée à Madagascar, sur la vanille dont les cours sont annoncés en dégradation par rapport aux années précédentes et, bien sûr le tourisme.

        Malgré cela, on est plutôt pessimiste. A preuve, les commentaires entendus ici et là font état de l’accumulation de devises dans les coffres forts. On se prémunirait contre une chute libre de l’ariary. On parle beaucoup des blanchisseurs. Ce sont les bureaux de change qui étaient à un certain moment pointés du doigt par le Samifin.

Il y a quelques mois, ce dernier avait réuni les opérateurs  pour les sensibiliser sur la réglementation en matière de transactions financières. C’était perçu comme un avertissement. A ce moment-là, les professionnels évoquaient la mesure prise par un précédent ministre des Finances qui fixait le change manuel à l’équivalent de 7500 euros par voyageur sans qu’on ait besoin de présenter un quelconque papier. Même pas une facture d’achat de devises auprès des banques ou d’un bureau de change. Ce qui ouvrait la voie à tous les excès et notamment le blanchiment.

D’ailleurs, des bureaux de change étaient pointés du doigt. Pour toutes leurs opérations, ils n’établissaient ni reçu ni facture. Qui plus est, ils achetaient au plus fort les devises et ne pouvaient vendre car ils étaient dans l’obligation de fixer un taux plus élevé pour ne pas enregistrer de pertes. Du coup, la question qui se posait était de savoir à quoi ces bureaux de change utilisaient-ils les devises qu’ils achetaient au prix fort sans aucune formalité administrative?

Toujours est-il que ce séminaire du Samifin n’a été suivi d’une action concrète. Normal donc que les blanchisseurs poursuivent leurs activités. On vient même de savoir que l’un d’eux s’est vu sélectionner par Ravinala Airports pour tenir le bureau de change dans le nouvel aéroport international. Le sélectionné qui serait lié à une ancienne ministre, aurait été choisi après appel d’offres, Ravinala Airports ne pouvant savoir ses pratiques. Résultat: la société serait complice de choses inavouables involontairement. Le confinement n’autorisant pas encore l’ouverture du nouvel aéroport, il est encore temps de faire des enquêtes et réagir en conséquence s’il le faut, estiment des proches du dossier.

Par ailleurs, les professionnels se demandent pourquoi les opérations en devises n’ont pas encore été suivies par la mise en place du sig oc. Pour les opérations douanières, le sig-tas est déjà opérationnel et permet de suivre toutes les opérations car le code du sig-tas est inscrit sur tous les documents et facilite les vérifications. Pour les changes, il est prévu que les banques et les bureaux de change se font délivrer un code sur le sig-oc pour chaque opération de change avant de délivrer une facture sur laquelle le code sig-oc sera obligatoirement inscrit. Cela permettra de vérifier toute opération. Cela affectera très sérieusement le marché des changes au noir au bénéfice de l’économie nationale, disent les professionnels en se demandant qu’est-ce qu’on attend?

Sa

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