La Gazette de la grande ile

Air Madagascar : la charrue avant les bœufs !

Publié le 03 octobre 2020

Joël Randriamandrato, Ministre du Transport, du Tourisme et de la Météorologie a déclaré cette semaine que « Le business plan pour le redressement et le développement de la compagnie aérienne Air Madagascar est actuellement en cours de finalisation et devrait être dévoilé très prochainement. Une fois ce business plan validé, la nouvelle équipe dirigeante de la compagnie sera mise en place. » Avant de faire une telle déclaration publique en vue de se donner de l’importance, le Ministre aurait dû faire preuve de davantage de prudence pour au moins deux raisons. En premier lieu, attendu comme le Messie par les actionnaires et le personnel, ce business plan a été annoncé pour la mi-septembre. Pourtant, de source sûre, le business plan finalisé ne verra pas le jour avant la mi-octobre. Ce retard n’est pas surprenant avec une Directrice Générale par intérim qui n’a pas le sens du management et qui se sait sur le départ. La charrue a été mise avant les bœufs avec l’élaboration d’un business plan, avant même la nomination d’un Directeur Général titulaire, sachant que celui ou celle qui sera désigné à ce poste devra modifier le business plan en s’adaptant à la réalité.  En second lieu, un business plan n’est pas une fin en soi. C’est un instrument de mesure qui va permettre au Conseil d’Administration de décider des orientations stratégiques, de négocier avec les nombreux créanciers d’Air Madagascar et d’assainir la compagnie aérienne nationale en vue d’un partenariat avec une grande compagnie étrangère. Non seulement le business n’est pas une fin en soi mais il ne règle pas tous les problèmes structurels et conjoncturels d’Air Madagascar.

La nature ayant horreur du vide, les neuf mois sans Directeur Générale titulaire ont permis à Rinah Rakotomanga, Vice Présidente du Conseil d’Administration d’Air Madagascar et Directrice Générale de la Communication de la Présidence, de jouer le rôle officieux de Directrice Générale et d’asseoir son statut de régente dominante. Déjà en décembre 2019, c’est Rinah Rakotomanga qui décide de la liste des membres envoyés à Addis Abeba pour négocier avec Ethiopian Airlines. Cette initiative explique en partie la démission de Besoa Razafimaharo, Directeur Général d’Air Madagascar à l’époque. C’est également elle qui négocie avec les constructeurs Airbus, Boeing et Embraer. C’est encore elle qui se réunit seule avec les délégués du personnel et les syndicats. C’est aussi elle qui se rend à Paris pour l’installation d’une nouvelle représentation commerciale d’Air Madagascar. C’est toujours elle qui intervient sur France 24 au sujet de la décision des autorités françaises d’interdire à Air Madagascar de transporter des passagers d’Antananarivo vers la France. Le transport aérien est un métier qui ne s’improvise pas. C’est un secteur pointu qui exige des compétences techniques et une expérience que Rinah Rakotomanga ne possède pas en sa qualité d’ancienne présentatrice de télévision. Avec ses gesticulations, elle brasse du vent et provoque des trous d’air. Air Madagascar n’est pas prête de décoller et d’être crédible si Rinah Rakotomanga Ranavalona Rasoherina cumule les fonctions de Directrice Générale titulaire, Directrice Commerciale, Directrice d’Exploitation, Directrice des Ressources Humaines et Directrice de la Communication de la compagnie aérienne nationale. Ce serait dommage qu’elle pilote toutes les opérations alors que ce ne sont pas les ingénieurs, managers et techniciens malgaches de haut niveau qui manquent, tant au sein d’Air Madagascar qu’à l’extérieur.

En attendant qu’Air Madagascar se réveille de son inertie, la concurrence et les trafics prospèrent. Sur ce dernier point, il convient de dénoncer la reprise de certaines pratiques illicites. En effet, en raison de la pandémie de Coronavirus, les frontières aériennes ont été fermées depuis près de cinq mois. Cela a eu pour effet collatéral la désorganisation de nombreux trafics, dont celui de l’exportation illicite d’or. Il faut savoir que la majorité de ce trafic s’effectue par voie aérienne, avec Dubaï, Tel-Aviv, Bangkok et le Vatican comme destinations finales. Ce trafic va reprendre sans retard par le biais des vols d’Ethiopian Airlines desservant l’aéroport de Fascène Nosy Be, en attendant la réouverture de l’aéroport d’Ivato Antananarivo. Les spécialistes du secteur évaluent à plusieurs dizaines de tonnes le stock d’or qui attendait l’ouverture des frontières aériennes. Il est impératif de stopper net ce trafic si nous voulons réussir la mise en place de la fameuse réserve nationale d’or souhaitée par les autorités financières et monétaires. Avec son omnipotence, une certaine Rinah Rakotomanga (encore elle) qui, à une époque, exploitait une carrière d’or, pourra peut-être aider les pouvoirs publics en ce sens. Dans de précédentes éditions, la Gazette de la Grande Ile a mis l’accent avec justesse sur la nécessité de traquer, à tous les stades, la production clandestine et l’exportation illicite d’or. Etant donné qu’Ivato et Nosy Be sont des points stratégiques de sorties d’or non déclaré, le retour de ces aéroports dans le giron de l’Etat Malagasy est primordial, à la fois pour la souveraineté nationale (à défaut de la restitution des Iles Eparses pour l’instant) et pour la marche de notre pays vers une véritable indépendance économique. La reprise en main des activités de Ravinala Airports par Adema s’inscrit dans cette logique de souveraineté nationale et profitera également au redéploiement de notre compagnie aérienne nationale.

MN et PN

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