La Gazette de la grande ile

Chronique : Réconciliation nationale ? D’abord reconnaître ses crimes

Publié le 05 octobre 2020

S’il y a un refrain des acteurs politiques bornés et d’une cécité intellectuelle condamnable, c’est «la réconciliation nationale ». C’est trop facile d’exiger des victimes des crimes d’Etat, des abus d’autorités cruels subis par les personnes et les familles persécutées dans les pires conditions pour faire plaisir à des dirigeants pressés de retrouver une virginité politique qu’ils ont perdue à jamais. A peine on sort des dures retombées sanitaires et existentielles laissées par l’invasion de la Covid-19, voilà que toute honte bue, des personnalités qui n’ont laissé que le deuil, les mauvais souvenirs et l’appauvrissement de tout un peuple, se permettent de prétendre pouvoir réclamer des sommes astronomiques à la République. Des bourreaux sans pitié et grands voleurs sans scrupules, puisant avec l’avidité de requins qu’ils sont les deniers publics, pour s’enrichir de manière illégitime, ils n’hésitent pas aujourd’hui à jouer les victimes pour exiger une réconciliation dans l’unique but non avoué qu’on oublie leurs crimes et d’obtenir des réparations. A titre d’exemple, le monde entier a vu comment les habitants d’Afrique du Sud ont choisi de vivre en paix après les années sanglantes de la lutte anti-apartheid. Selon les observateurs, « La mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation créée par une loi de juin 1995 à la suite des longues et difficiles négociations entre l’ANC et le gouvernement en place.

Si les partisans de Nelson Mandela espéraient la «poursuite des responsables des crimes commis pendant l’apartheid » pendant qu’en face, on exigeait «une amnistie pure et simple ». Devant ces visées contradictoires, la commission eut «pour tâche d’assurer une gestion politico-juridique du passé dans le but de promouvoir l’unité nationale et la réconciliation dans un esprit de paix qui dépasse les conflits et les anciennes divisions. »

Sous l’autorité de Mgr Desmond Tutu, « une équipe représentative de toutes les tendances politiques du pays fut chargée d’entendre les candidats à l’amnistie et d’évaluer leur sincérité, de permettre aux victimes de s’exprimer et de faire connaître leurs souffrances, de proposer des formes de réparation et de dédommagements pour éviter « toute forme de représailles juridiques automatiques contre les anciens dirigeants de l’apartheid » tout à fait exceptionnelle. Ce n’était pas une instance de jugement, mais plutôt « un lieu de repentance et de la contrition qui proposait, en échange d’un aveu sincère, public et complet des crimes politiques commis entre le 1er août 1960 et le 10 mai 1994 d’offrir l’amnistie et d’accoucher d’une société libérée de son passé… ». En se basant sur les principes chrétiens de la justice et du pardon, la Commission Vérité et Réconciliation a réussi une «désactivation psychologique du désir de vengeance » qui est un préalable très important pour aboutir à «la normalisation du régime» qui s’installe…

En ce concerne notre pays, il n’y aucune situation comparable pour une population opprimée et asservie après des années de domination dictatoriale par un régime monopoliste à la botte des grandes compagnies étrangères qui pillent sans vergognes nos ressources minières et halieutiques. Pour arriver au pouvoir, un dirigeant filou épaulé par des officiers félons et soutenus par des magistrats usurpateurs et parjures en 2002, avait provoqué des affrontements fratricides entre les militaires et les simples gens. Les lieux dits Ambilomagodra, Sambava et Nosy-Be sont retenus par les historiens pour avoir été les théâtres de massacres représailles entre natifs de cette nation sur commande d’un chef de bande, patron d’une industrie laitière. Tout au long d’un règne qui s’est terminé par sa fuite en Afrique du Sud (ironie du sort), Marc Ravalomanana n’a jamais fait preuve d’aucun repenti sérieux acceptable. Il s’est toujours montré le champion et spécialiste de l’arrogance en chœur avec ses partisans fanatisés pour nier que par sa faute, « il y avait des tueries entre les habitants au nom de la pensée prônée par cet individu sans scrupules parvenu à la Magistrature Suprême par la ruse et le sang versé. Par la suite, dans le contexte partisan et combien intéressé d’une médiation internationale tendancieuse, on chantait sur tous les tons l’application d’une feuille de déroute aux contours d’un flou artistique calculé en prévision d’un retour au pouvoir d’un poulain «président qui a tout raflé en l’espace de 7 ans (…)Alors que ce dernier, d’après les témoignages justifiés de la publication Madagate «En 7 ans de pouvoir Marc Ravalomanana a réussi à atteindre deux extrêmes. D’un côté, un peuple qui se paupérise d’années en années, gavé de promesses et d’espoir perdus ; de l’autre côté, une société agro-alimentaire dont le renom a dépassé les frontières de Madagascar. » Il a été l’auteur principal de « toutes les formes d’injustice, d’iniquité, de dilapidation des richesses malgaches… » Et personne ne peut contredire l’ambassadeur de France en poste à Antananarivo à l’époque, quand dans ses questions reproches tardives, il disait : « Pourquoi la Communauté diplomatique n’a-t-elle pas protesté ou pas assez énergiquement ou pas suffisamment lorsque les atteintes à l’État de droit se sont multipliées ? Lorsqu’il y a eu des emprisonnements, des arrestations arbitraires et je sais qu’il y en a qui en ont subi qui sont parmi nous. Pourquoi n’avons-nous pas protesté assez fort lorsque des entraves ont été mises à la liberté de la presse et d’expression et lorsque, parfois, la peur -certains d’entre vous l’ont dit- ont gagné les cœurs ? » Et ce n’est pas avec cette machine budgétivore mise en place par un président de la République en fin de règne aux abois, qui porte pompeusement le nom bâtard de (CFM) Conseil de Fampihavana Malagasy (CFM) qu’on espère en faire « un lieu de repentance et de la contrition, (…) d’un aveu sincère, public et complet des crimes politiques commis… ». Il est pratiquement difficile de croire à l’obtention de tels résultats espérés lorsqu’on a affaire à une aberration administrative où on ne sait qui et pourquoi, a permis au complice principal de Marc Ravalomanana, ce Général Rabemananjara. Plutôt que de s’occuper des malheurs des victimes des années de braises de 2002 jusqu’à 2008, les figurants du CFM amusent la galerie par les diversions trompeuses des opérations de réconciliation de Merina avec l’histoire de tout le pays. Supercherie suprême pour dilapider les deniers de l’Etat tout en cherchant à jouer les avocats du Diable à propos d’on ne sait quels dédommagements à offrir au plus grand voleur de deniers publics de toute l’histoire de Madagascar.

 

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