La Gazette de la grande ile

Assurances ARO : Errance suspecte

Publié le 05 octobre 2020

Après nos révélations sur les anomalies survenues lors de la dernière Assemblée Générale du 31 août 2020 des Assurances ARO, sa Directrice Générale tente de faire diversion mais force est de constater qu’elle s’enfonce. Pour preuve, dans une interview du 2 octobre 2020, la Directrice Générale de ARO s’enorgueillit « d’avoir toujours été un précurseur en matière de digitalisation ». Pourtant, ces belles paroles se heurtent à la réalité des faits. Pour preuve, quelques semaines après l’Assemblée Générale du 31 août 2020, le dernier rapport annuel de la compagnie d’assurances, publié sur le site www.aro.mg, concerne 2018. Quand on a la prétention d’être le champion de la digitalisation, on publie les états financiers à jour, c’est-à-dire ceux arrêtés au 31 décembre 2019 et approuvés lors de l’Assemblée Générale du 31 août 2020.

Cette carence n’est pas la seule illustration d’une digitalisation imparfaite et fallacieuse. En effet, la convocation préalable à l’Assemblée Générale du 31 août 2020 indique que le vote s’effectuera par consultation écrite, après avoir rempli et renvoyé un formulaire prévu à cet effet. La convocation indique la possibilité de tout actionnaire de prendre connaissance au siège social des documents utiles à l’Assemblée Générale. Si ARO était le champion de la digitalisation, les documents auraient dû être transmis par e-mail à tous les actionnaires ou disponibles sur le site www.aro.mg avec un mot de passe dédié aux actionnaires. A défaut, la Direction Générale aurait pu mettre en place la possibilité d’une participation de tous les actionnaires à l’Assemblée Générale par visioconférence. Ces faits indéniables démontrent qu’ARO a une approche très limitée de la digitalisation.

ARO déclare d’un ton péremptoire que « la dernière assemblée générale a mobilisé les moyens technologiques puisque les 200 actionnaires de la compagnie dépassent la limite autorisée des rassemblements à l’époque. » De quels moyens technologiques s’agit-il ? Le vote par correspondance ne constitue pas le summum de la technologie. Quand on est dans le peloton de queue en matière de digitalisation, on ne se proclame pas précurseur, pionnier ou champion olympique. ARO, qui n’est pas à une contradiction près, affirme également que « concernant la tenue d’une réunion à distance pour les actionnaires n’ayant pas la possibilité d’y assister physiquement, ni les statuts de la société ni la loi sur les sociétés commerciales ne prévoient la tenue d’une assemblée générale virtuelle des actionnaires ». Quand ça l’arrange, ARO se refugie derrière ses statuts et la loi sur les sociétés commerciales. Quand cela lui convient, ARO invoque le contexte sanitaire. Cependant, personne n’est dupe.

Le lecteur retiendra que, compte tenu des difficultés de déplacement en cette période de confinement, les actionnaires n’ont pas eu la possibilité de prendre connaissance au préalable des documents et de voter en connaissance de cause. Le droit à l’information des petits porteurs d’actions a été bafoué, au même titre que le principe d’équité. En vérité, dans son interview du 2 octobre 2020, la Directrice Générale de ARO se lance des fleurs pour mieux dissimuler certains faits. Depuis sa création, c’est la première fois qu’ARO doit faire face à une diminution de ses résultats. De 15,656 milliards Ariary en 2018, ils ont baissé de près de 58% à 6,625 milliards Ariary en 2019. Face à cette baisse historique et une réduction des dividendes versés aux actionnaires de 12.000 Ariary à 10.000 Ariary par action, le Conseil d’Administration aurait pu diminuer les indemnités de ses membres. Pourtant, les indemnités ont été maintenues au même niveau que lors du précédent exercice. Les neuf administrateurs, qui ne connaissent pas l’austérité, se sont partagés 291.777.552 Ariary. Contrairement aux administrateurs, les actionnaires ont été contraints de se serrer la ceinture alors même que le bénéfice distribuable de 52.589.290.324 Ariary permettait de maintenir le niveau des dividendes et donc de ne pas brimer les actionnaires. La fidélité des actionnaires n’est ni reconnue ni récompensée.

Faut-il croire que si jamais ARO affichait des pertes, les actionnaires seront soumis à la diète tandis que les administrateurs continueront à percevoir les mêmes indemnités exorbitantes ? Non, car toutes les bonnes choses ont une fin. En effet, la nouvelle Loi N°2020-005 sur les Assurances donne à la Commission de Supervision Bancaire et Financière (CSBF) le pouvoir d’ordonner la « limitation du montant des rémunérations, y compris les indemnités de fonction et primes ou cotisations » du Conseil d’Administration, de la direction générale et de l’organe de contrôle, dans le but de redresser les entreprises d’assurance en difficulté. Le vrai problème dans cette histoire est que dans tous les cas, l’Etat est juge et partie.

MN et PN

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