La Gazette de la grande ile

Melaky : Une région riche à valoriser

Publié le 12 octobre 2020

Le Ministère des Transports, du Tourisme et de la Météorologie est bien trop grand pour Joël Randriamandrato. S’agissant du tourisme, il se focalise sur Nosy-Be, au lieu de faire la promotion de toutes les régions de Madagascar. Prenons le cas de la région insuffisamment valorisée du Melaky, située dans la province de Mahajanga.

Le Parc National Tsingy de Bemaraha et les réserves spéciales de Maningoza et de Bemarivo sont d’extraordinaires réservoirs touristiques qui ne demandent qu’à être exploités. Du fait de l’inexistence de routes bitumées, la région Melaky est quasiment enclavée. Heureusement que l’Etat a décidé d’intervenir d’une part, en réhabilitant certains tronçons de l’axe RN1 bis reliant Maintirano, Morafenobe et Tsiroanomandidy et d’autre part, en construisant un aéroport à Bekopaka, dont la gestion sera assurée par l’Adema.

La richesse du Melaky ne réside pas uniquement dans la splendeur de ses sites touristiques. Cette région est également riche en hydrocarbures. On y trouve les gisements d’huile lourde de Tsimiroro (réserves déjà prouvées récupérables de 1,5 milliards de barils) et des sables bitumineux de Bemolanga (réserves prouvées de 21 milliards de baril récupérables).

La société Madagascar Oil a déjà extrait et stocké sur le site de Tsimiroro 22.000 tonnes d’huile lourde, dont plus de 1.000 tonnes appartiennent à l’Etat malgache, du fait de la législation prévoyant un partage de la production.

Des essais concluants ont été menés avec le constructeur Wartsila pour l’utilisation de cette huile lourde dans les centrales de la Jirama, d’autant plus que son taux de souffre est très bas et inférieur à 0,3% et usera moins ces centrales.

Le 16 février 2019, le Président Andry Rajoelina avait annoncé à Addis- Abeba, lors de son entrevue avec la BAD, que la Jirama sera autorisée à importer directement ses besoins en carburant de façon à réduire de 30% le prix de l’électricité. C’est sans compter sur la résistance des opérateurs pétroliers qui veulent garder leur mainmise sur leur chasse gardée. Pourtant, ce que ces derniers perdraient éventuellement, sera récupéré au niveau de la distribution intérieure qui dépend de la logistique pétrolière. Pour l’instant, c’est le statu quo.

En attendant, l’Etat malgache pourrait commencer par céder les 1.000 tonnes de sa part de production d’huile lourde à la Jirama. Cette solution permettra une diminution des subventions allouées à la Jirama et une réduction de la pression subie par l’Ariary, en raison de la baisse de la valeur des exportations due à l’arrêt d’Ambatovy. Mieux encore, l’Etat malgache pourrait demander à Madagascar Oil de lui céder 70% des 22.000 tonnes d’huile lourde déjà extraits en les lui remboursant sur sa part de production future. Cela représenterait  environ 5 millions de dollars au cours actuel.

En 2022 (si la décision d’aller de l’avant est prise en 2020), la production annuelle atteindrait environ 36 millions de barils, dont 30% serviront à l’exploitation et les 70% restants à la vente, soit  plus de 1 milliard de dollars au prix actuel. En 2034, on produirait près de 43 millions de barils, qui généreraient 1,2 milliard de dollars. De surcroît, depuis début 2020 afin de limiter la pollution marine, une nouvelle règlementation internationale impose l’utilisation de carburant dont le taux de souffre ne dépasse pas 0,5%. Cela place l’huile lourde de Tsimiroro dans une configuration intéressante.

Pendant la campagne électorale, Andry Rajoelina avait dit à juste titre qu’en comptant uniquement sur les bailleurs de fonds traditionnels, Madagascar ne se développera jamais. En 2015, le FMI avait estimé qu’une partie de 600 millions de barils (24 milliards de dollars au cours actuel) de ces réserves pourrait servir de garanties pour un emprunt sur le marché financier international, le taux d’endettement de 35% de Madagascar étant encore très bas.

Avec la crise actuelle, il paraît évident que c’est la voie à prendre. On s’explique difficilement la décision de laisser moisir sur site la part de production de l’Etat et de ne pas développer rapidement ce projet. Le Président Andry Rajoelina ne peut évidemment pas être au courant de tout. C’est à cela que servent les ministres, les gouverneurs et les conseillers aux différents échelons de l’administration. Il est dommage que la région Melaky soit l’une des six à ne pas encore avoir de gouverneur. Pourtant, ce ne sont pas les compétences humaines qui manquent à Madagascar.

MN et Phil de Fer

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