La Gazette de la grande ile

Sentinelle : Corruption quand tu nous tiens !

Publié le 20 octobre 2020

La corruption, c’est offrir une contrepartie  matérielle ou numéraire indue à une personne chargée d’une tâche précise dans le but d’activer sa célérité,  ou carrément transgresser une procédure institutionnelle dûment établie. Cet état de fait mal jugé par les Occidentaux est dans un pays comme le nôtre, un mode de survie en voie de banalisation dans toutes les transactions. Cependant, nous devons distinguer 2 niveaux dans la  corruption, à savoir la petite qui s’apparente à un pourboire, et la grande qui produit carrément un enrichissement illicite.

Quand on parle de corruptions, il s’agit de celles faites dans le milieu administratif, sans occulter celles commises dans l’exercice de ses fonctions. Les abus de position dominante par qui de droit, offrent tellement d’opportunités pour s’enrichir illicitement. En ce qui concerne la réalité journalière d’une vie  d’agent de l’Etat, il nous faut nous rendre compte que le salaire de ce dernier dans la fonction publique ne peut plus lui permettre de vivre dans la décence qu’exige son statut social. En énumérant ici les charges inhérentes à cela : le loyer, l’alimentation, l’eau et l’éclairage, les écolages d’au moins 2 enfants, les frais de transports, il est clair que les rentrées d’argent de la famille ne suffiront plus sans l’apport de sources autres que le salaire honnêtement perçu.  Alors de cela découlent pratiques de survie comme la petite corruption qui équilibre tant bien que mal le budget familial.

Quand le chef de l’Etat a promis de lutter contre ce fléau, est-ce qu’il sait  au moins que c’est tout l’appareil administratif qui est gangrené par ce fléau ?  Au niveau le plus haut des sphères étatiques, une pratique désormais coutumière est l’émission de per diem (indemnité reçue par jour d’un missionnaire de l’Etat) par des ordonnateurs connaissant les difficultés de leurs agents,  leur inventant des missions de groupe par-ci et par-là nonobstant le fait que ces actions sont des pratiques corruptives. Et on ne parle plus du zéro budgeting (NB exercice dans lequel on justifie qu’on a totalement utilisé à bon escient le financement octroyé à un département ou autres) qui permet de réobtenir pour la loi des finances de l’année qui suit, un montant au moins égal à celui de l’exercice précédent.

Pour la justification de ce dernier, on voit apparaître surtout en fin d’année budgétaire, la réalisation de séminaires, colloques ou ateliers permettant de dilapider en toute bonne conscience  l’argent public. Sur ces faits, la communauté internationale qui prône cette lutte contre la corruption, doit réviser et recadrer ses suggestions car il y corruption et corruption de haut vol. La première est, comme nous l’avons dit, une sorte de pourboire. Mais la seconde est un pillage, une prédation  en bonne et due forme de l’Etat  pour l’intérêt ou le profit d’un individu ou d’un groupe et doit  recevoir la  sanction la plus dure que cela mérite.

Sans qu’il y ait une révolution sanglante engendrée par la frustration et le marasme d’une vie qui n’en est plus une, on peut saluer ici la performance des Malgaches dans leur survie journalière. Que ceux qui jugent nos compatriotes, ceux qui sont incapables d’empathie et qui se contentent de les culpabiliser sans tenir compte de la réalité dans laquelle ils vivent, prennent leur place. On leur lance le défi de tenir un mois avec 40 euros. Avec cette somme, ils doivent payer pour cela leur loyer, leur déplacement, leur nourriture, les écolages de leurs enfants, leurs eau et électricité et autres…En survivant seulement dans ce contexte qui est la vie de la presque totalité de nos concitoyens, on peut leur donner le droit de les juger et d’enfin leur jeter la pierre sanctionnant leur culpabilité.

Toutes ces pratiques corruptives à caractère humaniste, du  plus haut au plus bas de l’échelle sociale, mis à part l’enrichissement illicite d’un corrupteur de haut vol, reflètent une certaine réalité qui est l’insuffisance flagrante des salaires  permettant de mener une vie décente. Si le président de la république veut éradiquer ce fléau, il lui faut au moins doubler le salaire de tout un chacun, et en même temps juguler l’inflation. C’est seulement à ce prix que cette pratique dénoncée de par le monde peut être sanctionnée à Madagascar.

En s’érigeant contre la corruption dans tous ses états, c’est-à-dire à tous les niveaux, le pari sur l’éradication de ce fléau sociétal du président va être le combat de DAVID contre GOLIATH ! On ne pourra que lui souhaiter BONNE CHANCE.

Max Randriantefy

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