La Gazette de la grande ile

Ravinala Airports : La tentation hégémonique

Publié le 17 novembre 2020

En 1975, l’Etat Malgache change d’orientation politique et privilégie la maîtrise des secteurs clefs. C’est l’époque des nationalisations. La gestion des aéroports (133 aérodromes dont 29 pistes bitumées) est reprise à l’ASECNA et confiée au Ministère en charge des Transports. En 1990, l’Etat créé l’ADEMA (Aéroports de Madagascar) qui assure la gestion des 12 principaux aéroports. Voulant professionnaliser ce secteur, l’Etat noue un partenariat stratégique avec ADP (Aéroports de Paris qui est une société anonyme détenue aujourd’hui à 50% par l’Etat français) dans le but de favoriser l’obtention de financements pour les investissements nécessaires. A cet effet, ADEMA obtient une concession de 15 ans. ADP qui détient alors 34% du capital d’ADEMA assure la gestion. Malheureusement, un audit révèle par la suite la défaillance d’ADP quant à l’amélioration des capacités de gestion d’Adema. A sa demande, ADP sort du capital d’ADEMA en 2005 et l’Etat malgache rachète les actions d’ADP.

En 2015, Madagascar s’apprête à accueillir l’Assemblée Générale de la Francophone. Le Gouvernement malgache signe un mémorandum accordant pour 25 ans une concession des aéroports d’Antananarivo-Ivato et de Nosy Be-Fascene au consortium AFEEC/ADEMA en contrepartie des travaux qui comprenaient le déplacement de la base militaire d’Ivato à la charge de l’AFEEC. Bien qu’irrévocable, ce mémorandum a été ignoré. Un simulacre d’appel d’offres est lancé avec interdiction au consortium AFFC/ADEMA d’y participer. La concession est attribuée pour 28 ans à la société Ravinala Airports (née du consortium ADP International, Bouygues Bâtiment International, Meridiam et Colas), suite à une entente entachée de corruption avec le régime de Hery Rajaonarimampianina, conclue au détriment l’Etat malgache qui, à ce jour, ne détient aucune action dans le capital social de Ravinala Airports.

Cette situation est d’autant plus choquante qu’en 2007, le gouvernement japonais a octroyé 130 millions USD, dans le cadre du TICAD IV, pour le projet d’aménagement et d’extension de l’aéroport d’Ivato. Dès la reprise de la gestion des aéroports d’Ivato et Nosy Be par Ravinalala Airports, les taxes payables par les passagers ont été quadruplées sans qu’aucune amélioration significative n’ait été apportée aux installations. Ces taxes servent à préfinancer les travaux.

Par la suite, Ravinala Airoports évince tous les opérateurs historiques qui travaillaient dans ces aéroports. Ravinala Airports récupère les activités de vente hors taxes de Sofitrans ainsi que quelques sociétés malgaches opérant dans la zone sous douane d’Ivato. Ces activités sont confiées à un consortium de sociétés malgaches contrôlées par des étrangers et la société suisse Dufry connue pour des scandales de corruption dans des pays d’Afrique, dont récemment à l’île Maurice. Ravinala Airports ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Elle a fait en sorte que le salon business (lounge) d’Air Madagascar, géré par sa filiale MGH, ne soit pas renouvelé. Air Madagascar, qui est pourtant dans son propre pays, ne disposera donc plus d’un lounge à Ivato. Elle devra utiliser un salon commun dont la gestion a été confiée à la société turque TAV filiale d’ADP. C’est une honte ! Le maniement des passerelles du nouveau terminal est une prestation de handling qui devrait normalement être du ressort de MGH, seule société de handling agréé par l’ACM. Pourtant, Ravinala Airports veut également s’accaparer cette activité. La soif d’expansion de Ravinalala Airport est sans fin puisqu’elle entend récupérer la gestion de certains aéroports assurée par l’ADEMA. Selon le dernier numéro du magazine Africa Intelligence, Ravinala Airports essaie également de manœuvrer pour obtenir l’éviction de la société CSPI Madagascar de l’activité de sureté aéroportuaire. Les appétits de Ravinalala Airports n’ont donc pas de limites. Si ça continue Ravinala Airports va dominer tout le secteur aéroportuaire et donc tout l’espace aérien. Cependant, le Président Andry Rajoelina est soucieux des intérêts malgaches. Sa volonté affichée de retrouver notre souveraineté économique passe par le contrôle total des deux premières portes d’entrée et de sortie de Madagascar, à savoir les aéroports d’Ivato et Nosy Be. Dans le contexte mondial d’interventionnisme et de protectionnisme, les autorités malgaches doivent prendre leurs responsabilités en prenant le contrôle de Ravinala Airports et plus tard, la reprise en main des autres secteurs stratégiques de l’économie.

MN et PN

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