La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE / De quoi demain  sera-t-il fait? Au pays des dérogations.

Publié le 30 novembre 2020

On n’a pas  besoin  d’une  boule  de  cristal,  de  consulter une diseuse de  bonne aventure, de se payer le  service  d’une  cartomancienne ou  de n’importe  quel  Dada Rabe pour  connaître ce  que l’avenir  réserve à  nous tous. Il suffit d’un coup  d’œil  sans  complaisance sur le rétroviseur de l’Histoire avec un  «H»  de notre pays et de jeter des  coups  d’œil lucide sur un passé très  révélateur des  réalités quotidiennes dans le cadre des  conjonctures politiques successives. Depuis  cette série d’alternances au pouvoir basée sur des conjectures  souvent extraconstitutionnelles, Madagascar a connu ce  que  Jeannot Ramambazafy, ce témoin prolixe de la vie  de la  nation considérait  comme une  «descente aux enfers». Après les  dramatiques  épisodes  qui  avaient  suivi la  chute de Philibert Tsiranana, il  a fallu l’ère d’une Révolution Socialiste pour  que le pays se  calme sous l’autorité des militants en uniformes alliés à un front de partis politiques d’envergure nationale. Le régime avait promis un progrès économique et culturel rapide. Après une longévité politicienne de plus de  20 ans avec pour réaliser ses objectifs, le sens de la souveraineté nationale, la démocratisation du Pouvoir et du Savoir. Ce  régime connaîtra les secousses du vent de la  fin  de la guerre  froide et sera obligé de  céder le pouvoir au Pr. Albert Zafy qui  ne  fera pas  long  feu pour permettre le retour de l’Amiral Didier Ratsiraka. Un complot institutionnel soutenu par des  officiers félons et militaires réservistes installe Marc Ravalomanana par autoproclamation en 2002.

D’une  dérogation à l’autre, aux exigences civiques à propos  de l’alternance  au pouvoir, après une présidence qui  favorise l’entreprise Tiko, dont il était PDG, «en bénéficiant des exonérations douanières se chiffrant à plusieurs centaines de milliards de fmg », l’homme d’Imerikasinina s’installe au pouvoir. Ce, grâce à la «bienveillance» de Norbert Lala Ratsirahonana, alors Premier Ministre. Une fois porté par le peuple

à la présidence, Marc Ravalomanana est pratiquement sauvé. Il ne devra plus rien payer des 330 milliards fmg et ses affaires reprendront de plus belle jusqu’à devenir un empire. Il aura vite fait de faire disparaître le dossier fiscal de son entreprise (impôts impayés de 197.920.396.632 fmg et procès-verbal du 09 Novembre 2001 pour fausses déclarations, minorations, défaut de déclaration et non-paiement de droits et taxes, et ventes sans factures). Car il avait nommé, en tant que Dg des impôts, Jonah Randriambololona, alors conseiller fiscal de Tiko et déjà au départ pour la retraite (…) Pendant «près de 7 ans, Marc Ravalomanana s’obstine à détruire le tissu économique malgache à son seul profit et au profit de multinationales et autres sociétés étrangères qui n’ont rien de philanthropiques pour un sou…» Mettant à profit le vent  d’une privatisation  vicieuse et des ingérences  désastreuses pour le pays  d’un Partenariat Public Privé, Marc  Ravalomanana passera  sa présence à la  tête de l’Etat à favoriser les  combines condamnables avec les partenaires  étrangers pour achever les  cannibalisations  des sociétés d’Etat au profit de  ses intérêts personnels et de la prospérité de son  empire industriel. Suite à la  fuite  honteuse  en  Afrique  du  Sud de ce  filou qui «n’avait aucune prédisposition pour devenir un homme d’État. Un homme de pouvoir, peut-être, mais pas un homme d’État », l’entracte d’un  régime  de  Transition  à qui l’ingérence partisane d’une  certaine communauté n’a pas permis de parachever le  changement préconisé par la  Révolution  Orange d’Andry  Rajoelina, les interventions  d’une médiation douteuse conduite en 2018 à l’arrivée au pouvoir d’un autre spécialiste de la mauvaise gouvernance et du favoritisme monnayé en faveur des coquins de  courtisans opportunistes ainsi  que des étrangers et des corrupteurs locaux d’une oligarchie d’une cupidité proverbiale. Période déplorable de ce pays  qui prendra  fin  heureusement par une démission forcée préalable à  une  défaite  électorale inoubliable. Le  retour  triomphal d’Andry  Rajoelina après le  verdict  des urnes  en 2019 marquera le  début de la  fin  d’un chapelet de  dérives étatiques désastreuses pour les habitants. Une disposition  à apporter le  renouveau dans la  conduite  des  affaires  de l’Etat  a été le premier signe d’une détermination  du courage politique de la  nouvelle équipe au pouvoir, même si l’élan  a  été freiné par l’invasion  de  cet ennemi invisible : le Covid-19. Pas  du  tout matraqué par cette intrusion sanitaire, le pouvait  fait  face et  arrive malgré tout à  bloquer la progression  du mal  au point  de mériter la reconnaissance mondiale du  succès de la lutte contre la pandémie avec les  efforts  conjugués des  dirigeants, des  scientifiques et des forces  de l’ordre. Malgré la menace  toujours persistante  du risque  d’une nouvelle vague, les autorités attendent de pied ferme  en maintenant les mesures de protection. Les  seuls  réels problèmes du  régime  actuel  sont  d’une part les héritages des  années de privatisation mal  enclenchée à cause  de la corruption d’Horace  Constant et  des  initiateurs à l’époque qui ont pratiquement  bradé les  banques BTM, BFV,BNI , les sociétés  d’Etat SOMACODIS, ROSO, SICE, SOLIMA, la  Raffinerie Pétrolière de Toamasina et tant d’autres…Mais les  vraies plaies restent  et  demeurent les  gestions  de JIRAMA et  d’AIRMAD auxquelles Marc Ravalomanana avait laissé des partenaires étrangers barboter dans les  caisses  sans aucun  contrôle. Viennent  ensuite les  séquelles des  intrusions des sociétés étrangères que les partenaires techniques institutionnels (Banque Mondiale, FMI,  BEI  et autres) avaient imposées  dans  des  conditions préjudiciables aux intérêts  de Madagascar. Le plus  grave pour le régime  est la présence  au  sein  du  gouvernement de quelques ministres  qui, au lieu d’aider  sincèrement le  Chef  de l’Etat  et le Premier

ministre à  faire  face aux défis de l’Emergence du  Développement souhaitée par le peuple, se livrent à  des  activités qui  sont le  contraire des buts recherchés à  savoir un  affairisme  effréné au  détriment du Trésor Public, du  Fisc,  de  nos  richesses minières, pétrolières et halieutiques. Etat  de  chose qui pose problème et  risque  à la  longue  de porter atteinte au  bon  renom et à la  crédibilité même  de  tout le  système, si jamais, en haut lieu on  tarde à  redresser la  situation.

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