La Gazette de la grande ile

Conscient Zafitody : Quand université rime avec surdité et absurdité

Publié le 22 février 2021

Certains enseignants-chercheurs devraient rester dans leur domaine de compétence, au lieu de prétendre à des fonctions pour lesquelles ils ne sont pas à la hauteur. C’est hélas le constat que l’on peut faire au sujet de Conscient Zafitody, agronome de formation et Président de l’Université de Barikadimy à Toamasina (du moins plus pour longtemps). Il est à l’origine de la grogne estudiantine qui s’est achevée avec la mort regrettable du jeune Johnélie Jacques Michel. Ce n’est pas Conscient Zafitody, bien entendu, qui a tiré le coup de feu mortel, mais c’est lui qui a commis une faute professionnelle grave, laquelle a poussé à bout les étudiants de l’Université de Barikadimy. Profondément irrités, ces derniers ont initié un affrontement qui a été fatal pour l’un d’eux.

En sa qualité d’organe exécutif et ordonnateur du budget de l’Université de Toamasina, pourquoi Conscient Zafitody n’a-t-il pas procédé au règlement des bourses alors que le transfert de fonds a été effectué par l’Etat en juillet 2020 ? Comment a-t-il pu croire un seul instant que ce non-paiement ne se verrait pas et que le Conseil d’Etablissement consentirait à cette carence ? Pourquoi a-t-il été sourd aux relances du Ministère de tutelle ?

Dans cette affaire, il faut bien distinguer les infractions pénales en présence. D’un côté, il y a l’homicide. Etant donné qu’il y a eu mort d’homme, le Ministère Public s’est saisi d’office. Il est légitime et certain que la famille du défunt va porter plainte, si ce n’est pas déjà fait. Les étudiants et les gendarmes concernés pourront également porter plainte pour coups et blessures volontaires. D’un autre côté, il y a le détournement de deniers publics qui va conduire la Direction de la Législation et du Contentieux à porter plainte contre Conscient Zafitody et ses complices.

Si Conscient Zafitody a opéré une rétention des fonds destinés aux bourses, pour des raisons politiques, dans le but de susciter la colère des étudiants, il pourra être poursuivi pour « manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves, à provoquer la haine du Gouvernement malgache ». S’il a utilisé les fonds, directement ou par personne interposée, il sera poursuivi pour « soustractions ou détournements de deniers publics. » Dans les deux cas, il s’agit de crimes prévus et réprimés par le Code Pénal. Une première enquête a été diligentée sur la gestion des bourses. Il faut espérer qu’elle sera suivie des enquêtes approfondies de l’Inspection Générale de l’Etat et du Bureau Indépendant anti-corruption.

Au niveau disciplinaire, il faut s’attendre à une probable suspension de Conscient Zafitody de sa fonction, puis éventuellement à une abrogation de son décret de nomination, avant son terme pour faute grave. Un comité intérimaire sera alors mis en place, en attendant l’élection du nouveau Président de l’Université de Toamasina. Conscient Zafitody sera épinglé pour sa mauvaise gouvernance. Ce n’est pas parce que l’Université de Toamasina est un établissement public jouissant de l’autonomie financière que Conscient Zafitody peut disposer des fonds selon son bon vouloir. Il est dans l’obligation de se soumettre d’une part, au contrôle légale et règlementaire régissant les établissements publics, d’autre part, aux audits financiers diligentés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et le Ministère de l’Economie et des Finances et d’autre part, au contrôle du Commissaire aux Comptes.

Même si les bourses seront incessamment distribuées aux étudiants, le mal est fait. Conscient Zafitody doit être conscient que les infractions pénales sont consommées et qu’il devra donc assumer les sanctions disciplinaires et pénales de ses actes. Conscient Zafitody est la honte à la fois de la Conférence des Présidents d’Université et des intellectuels progressistes attachés aux valeurs morales. Inconscient et irresponsable, il a commis une faute absurde dans un des temples du savoir. Ennemi de l’éthique et de la bonne gouvernance, il s’est engraissé en affamant les étudiants boursiers.

Les poursuites disciplinaires et pénales qui seront engagées contre Conscient Zafitody relèvent du droit commun mais il est fort probablement que lui et ses partisans amèneront à tort le scandale sur le terrain politique. Dans tous les cas, après avoir fait rimer université avec surdité, absurdité, cupidité et stupidité, Conscient Zafitody aura toutes les peines du monde pour se disculper. En bon agronome, il est sans doute temps qu’il aille « cultiver son jardin » (Voltaire), c’est-à-dire rendre le monde meilleur, ailleurs qu’à l’Université.

Phil de Fer et Ranary

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