La Gazette de la grande ile

Chronique / Emeutes cycliques : Y en a marre !

Publié le 04 mars 2021

La masse laborieuse, même si elle vit au jour le jour et fait face à toutes sortes d’existentielles, reste et demeure convaincue que le recours à une solution insurrectionnelle n’est pas du tout la solution idéale pour un avenir radieux de Madagascar. Les turbulentes agitations médiatiques de ces derniers jours ne présagent guère rien de bon pour le bien-être de tous les Malgaches. Les seuls et éternels gagnants après ces moments de troubles ont été les enfants gâtés de toujours des dirigeants des alternances successives : les hommes d’affaires Karana. Le citoyen lambada lui croupit dans cette situation de survie à laquelle les responsables tentent par tous les moyens de remédier. Après mai 72, personne n’a pu tenir la promesse de s’occuper d’abord des «2ème classe» et des «tantsaha», ces paysans producteurs de l’arrière-pays qu’un début d’envahissement de l’importation massive des denrées alimentaires et des produits de première nécessité venant de l’étranger coinçait entre les flambées abusives des prix et les exigences de la loi de l’offre et de la demande incontournables… Dures réalités d’un panorama économique toujours en perpétuelle dégradation.

L’embellie émergente des derniers jours d’une économie socialiste de la République Démocratique à qui Tantely Andrianarivo, un génie des Finances publiques avait permis de laisser en héritage au système autoproclamé de 2002 un admirable taux de croissance avec les retombées budgétaires qui vont avec, à partir desquelles prendront naissance les bases structurelles et le boom commercial de l’empire TIKO…Un article d’époque de l’EXPRESS rappelle que «le fils de paysans a commencé sa carrière en convoyant à vélo des bidons de lait. Obstiné, courageux, il investit très jeune des créneaux inexplorés et juteux, telle la production de beurre; quitte à apaiser à coups de commissions les convoitises que suscite en haut lieu son succès. De même, l’essor de Tiko devra beaucoup au prêt providentiel accordé par la Banque mondiale à l’initiative de son représentant sur la Grande Ile, l’Argentin José Bronfman, qui jouera ensuite les conseillers auprès du jeune méritocrate. Grâce au savoir-faire et aux indications éclairées de José Bronfman, un ancien dirigeant du Bureau de la Banque Mondiale en poste à Antananarivo dans le temps, le centre de gravité des comptes de faits profitables d’un petit laitier est propulsé au sommet de l’Etat. Cet Argentin (et certains de ses successeurs aussi plus tard) fier d’avoir déclaré que «pour danser le tango, il faut toujours être deux… », était le gourou facilitateur de la prospérité de la trésorerie tous azimuts de celui qui s’est autoproclamé le 22 février 2002. Malgré son entourage fanatisé et un «attelage hétéroclite de conseillers américains, allemands, scandinaves ou sud-africains, de vétérans retors des intrigues malgaches et de prélats aux ambitions théocratiques », la suite et la fin de cette aventure faussement théocratique seront ceux de tout régime putschiste de par le monde. Les citations des passages de l’évangile de Saint Marc ne l’empêcheront pas de connaître le sort honteux d’un chef d’Etat «fonceur» trop autoritaire et la fuite pour l’exil hors de son pays embourbé dans la paupérisation envahissante.

Madagascar sort à peine des dures retombées de l’invasion de la Covid-19, voilà que les derniers jours du mois de février de cette année nouvelle apportent les sérieuses menaces d’un mouvement de protestations. Il s’agit en réalité de fréquentes campagnes de presse que des observateurs qu’on ne peut traiter de partisans de telle ou telle tendance qualifient de « tentative de coup d’Etat, d’insurrectionnel, de sédition et même de terrorisme verbal intérieur (pour le moment). Bien entendu,  les images véhiculées par une certaine presse internationale souvent intoxiquée par les continuelles allégations sans fondements des tribuns acquis à la cause des agitateurs font le tour du monde… Et le tour est joué ! Or l’objectif unique et final souhaité par un ancien  nostalgique de l’utilisation arbitraire et égoïste des prérogatives étatiques ne vise que le retour au pouvoir à n’importe quel prix. Mais si pour y arriver, il lui faudra vendre son âme aux diables des services internationaux toujours prêts à profiter au maximum des climats de troubles comme en 1972, en 1991 et en 2002, pour s’enrichir avec les précieuses ressources de cette île enviée par le reste du monde. La masse en a assez de ces moments catastrophiques et rien ne pourra convaincre les habitants de plonger de nouveau dans le drame des affrontements fratricides aussi bien chez les civils que dans les casernes. Surtout pas des meneurs et émeutiers qui, pour envoyer les gens à l’abattoir, préfèrent rester en retrait ou bien confortablement installés dans leur salon…

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