La Gazette de la grande ile

DOSSIER / Madagascar : Il y a 121 ans à travers un Journal officiel tous azimuts

Publié le 17 mars 2021

Au milieu de l’actuelle atmosphère de fous politocards en furie qui ne songent qu’à saborder pour mieux couler leur propre pays, en oubliant qu’ils mourront tous demain sans voir ni vivre le vrai développement, je vous emmène  dans un voyage dans le temps ancien. Ce, avec des extraits du Journal officiel de Madagascar et Dépendances du 17 mars 1900. A l’époque, le J.O.M.D était vendu 15 centimes de franc français et on y trouvait vraiment de tout. Voici quelques extraits pris çà et là dans l’édition d’il y a 121 ans exactement, ce 17 mars 2021.

Selon le chercheur canadien Gwyn Campbell, dans une étude de 1991, la population de Madagascar, en 1818, avoisinait les 2 millions et, en 1900, il n’y avait guère plus de 2,5 millions d’individus sur l’île. Cependant, l’effectif de la population variait beaucoup au gré des crises de subsistances ou des épidémies.

Saviez-vous qu’à cette époque de la colonisation française (1896-1959), Vohémar (actuelle Iharana situé dans la région SAVA) était une province ? Le personnel des fonctionnaires et agents indigènes était composé comme suit : en haut de l’échelle, des gouverneurs (« Manantany ») divisés en 3classes ; puis des sous-gouverneurs (« Lefitra ») divisés en 5classes ; suivis d’officiers-adjoints (« Fahatelo ») divisés en 2 classes et, enfin, des secrétaires (« Mpanoratra ») divisés en 4 classes. L’Etat français se chargeait de leurs rémunérations respectives, allant de 2.400 francs (« Manantany » 1è classe) à 200 francs (« Mpanoratra » 4è classe).

Dans la rubrique « Nécrologie » non officielle, on y apprend, que « Melle Rosaas a été emportée d’une dothienenterie à l’âge de vingt-six ans ». La dothienenteria, du grec dothiên, -ênos, furoncle, et enteron, intestin, était le nom qu’on utilisait à l’époque pour désigner la fièvre typhoïde. Il s’agit d’une maladie bactérienne qui se transmet par l’ingestion d’eau et d’aliments contaminés ou par contact direct avec une personne infectée. Mais qui était Melle Rosaas ? Il s’agissait d’une des deux filles du pasteur missionnaire norvégien Torkild Guttormsen Rosaas (1841-1913) qui, avec l’autre pasteur norvégien, Borgen (premier résidant étranger installé dans la région), a co-fondé la ville d’Antsirabe en 1872. Eh oui, très peu de nos contemporains malagasy le savent. Comme peu aussi savent que les thermes ont été ouverts en 1917.

AVIS. « La fête annuelle des enfants, qui a été instituée par le Général Gallieni, aura lieu ler avril [1900]. Le Général et Madame Pennequin invitent à la fête enfantine, qui sera donnée au Gouvernement Général (Antaninarenina Antananarivo) à 3 heures de l’après-midi, tous les enfants européens et créoles ». Exit tous les enfants malagasy au nom du temps béni des colonies…

Mais après le départ de Joseph Gallieni, le cercle des enfants invités s’est élargi et l’évènement a pris une connotation politique. Ci-après, des extraits du texte de Faranirina V. Rajaonah, intitulé « La fête des enfants à Antananarivo au temps de la colonisation (1899-1959) », inclus dans l’ouvrage «Fêtes urbaines en Afrique » de 352 pages (éditions Khartala 1999).

« (…) Comme toute célébration officielle, la fête des enfants à Madagascar se charge d’une importante connotation politique. Il s’agit pour l’administration coloniale de divertir les sujets, de récompenser les parents d’une abondante main-d’œuvre potentielle, d’embrigader la jeunesse tout en félicitant les meilleurs élèves et de rappeler au « peuple-enfant » malgache la tutelle de la France mère-chérie (Ndlr : « Lafrantsa Reny Malala »). Ces aspects fondamentaux de la fête n’ont jamais changé, malgré ses métamorphoses, en particulier son évolution vers une fête des écoles, et malgré le faste plus ou moins grandiose des cérémonies, selon la période. Quoi qu’il en soit, ce fut toujours à Antananarivo que la fête a revêtu le plus d’éclat. Les diverses séquences d’une manifestation qui mobilise aussi les villages des alentours s’inscrivent dans des espaces d’une capitale que l’administration a tenu à investir ou à restructurer. Ainsi, la fête, offerte aux Malgaches, donne l’occasion de mettre en valeur les nouveaux lieux du pouvoir et les réussites urbanistiques. Le gouvernement de Léon Cayla (1930-1939) qui voit l’aménagement, au cœur d’Antananarivo, d’une grande perspective ponctuée par une série de symboles de la présence française, reste, dans la mémoire collective et dans la réalité, la belle époque de la fête des enfants, célébration des parents à la nombreuse progéniture bien portante et du parent par excellence qu’est le Gouverneur général. Effectivement, à la différence du quatorze juillet, cette manifestation est plus en l’honneur du chef de la colonie que de la France. A la différence également du quatorze juillet, elle n’a pas fait l’objet de la part des Malgaches d’une appropriation dans des célébrations privées. La fête des enfants a surtout signifié pour les adultes une obligation : faire en sorte que, via leurs enfants, leur circonscription administrative soit dignement représentée dans le défilé qui met en compétition les cantons. Au lendemain de la fête, seuls les excellents élèves vivent encore dans l’euphorie d’un exceptionnel après-midi passé au « paradis des enfants sages », les jardins de la résidence du Gouverneur général, puis du Haut-Commissaire (…) ».

Dans le chapitre « Faits divers », ce Journal officiel d’il y a 121 ans nous informe que : le tribunal correctionnel de Tananarive a, dans son audience du 11 mars, prononcé les condamnations suivantes :

Ranaivo de Tsimialonjafy et Ratsiakorako d’Ambaniala, trois mois de prison chacun pour escroquerie (« Fisolokiana ») ; Rainitsimba d’Ankadinandriana, 40 jours de prison pour abus de confiance (« Fivadiam-pitokisana ») ; Rainidraozy d’Ambohijatovo, deux ans de prison pour vol (« Halatra »). Des délits vieux comme le monde en somme.

Mais ce qui est le plus frappant, qui m’ont vraiment frappé, ce sont des publicités en fin d’édition ce journal « officiel ». Ainsi de « l’eau de Mahatsinjo » de M. P. Cavrel, vendue en dame-jeanne de 18 litres ou en bouteille cachetée, censée être «tonique, digestive et reconstituante ». Ou bien, « Byrrh », le plus ancien apéritif à base de « vin rouge généreux » et de « quinquina ». Ou encore le « Kina-Perrier » tonique apéritif « anti-fiévreux ». Ils devraient être efficaces contre l’actuel Covid-19 alors ! Non ?

Eh oui, amis lectrices et lecteurs : de tous temps, il faut de tout pour faire un monde qui tournera toujours avec ou sans nous. Pourquoi toujours vouloir se mettre martel en tête et de toujours chercher à s’auto-détruire ? La fin du monde, c’est lorsque vous serez une vedette de la rubrique « Nécrologie ». Point final à jamais lorsque votre tour viendra. Et il viendra sans crier gare.

Jeannot Ramambazafy

Lire aussi