La Gazette de la grande ile

Retour des sauterelles : 100 000 ha du Bas-Mangoky ravages

Publié le 23 mars 2021

Depuis plus de trois semaines, les paysans riziculteurs des rives du fleuve Mangoky jusque dans les périmètres de Mangolovolo et de Namatoa déplorent que les nuages de sauterelles se soient abattus sur les rizières qui n’attendaient plus que la moisson. Selon des témoins oculaires qui ont pu être interrogés par nos soins, ce malheur qui dure déjà depuis plusieurs semaines, n’a fait l’objet d’aucune réaction de la part des fonctionnaires de l’agriculture en poste dans la région. Au grand étonnement de tous, les responsables contactés par les victimes de ce fléau pourtant prévisible, se contentent de se renvoyer la patate chaude en avançant comme excuse l’incapacité du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et du C.N.A. (Centre National Antiacridien) de faire face aux mesures préventives et de lutte sur le plan budgétaire. Argument visiblement fallacieux, même pour des paysans qui ne savent rien des détails et des procédures des utilisations du Budget de l’Etat, surtout que le rôle principal de l’administration dans n’importe quelle nation dans le monde a toujours été de «prévoir»…

Les simples gens ignorent tout des pratiques de l’utilisation des fonds publics pour assurer le bon fonctionnement des services que la masse populaire attend de l’Etat. Or, les négligences manifestes des responsables ministériels sont à l’origine d’une situation générale catastrophique qui ne manquera pas d’entraîner des conséquences économiques très graves et des préjudices difficilement supportables pour tous les producteurs. L’extension et la réhabilitation  du  Delta du Bas-Mangoky (d’une  étendue totale de plus de 100.000Ha)  ont été prévues «sur une période de 5 ans pour un coût total de 44,6 millions d’euros dont un prêt FAD de 16,14 millions, un prêt du Fonds d’Appui à la Transition de 24 millions d’euros et une contribution du Gouvernement de 4, 46 millions d’euros. Elles  auraient pu permettre une production annuelle additionnelle de 44 000 t de riz paddy et 2400 t de pois du cap ». Hélas, ils ont presque perdu toutes les récoltes, détruites par la voracité des criquets. Pire, dans les périmètres concernés, les témoignages des paysans prouvent qu’on les oblige à payer au noir les bidons d’insecticides destinés à tuer les sauterelles. Autrement, ces pauvres agriculteurs sont réduits à assister à des simulacres d’épandages des produits (qui ne sont que de l’eau savonneuse)… Ce n’est plus un secret pour personne qu’au niveau de l’administration centrale, les décideurs sont souvent enclins à se complaire dans les organisations de campagnes de sensibilisations coûteuses stériles… alors que les objectifs principaux consistent à maîtriser sur le terrain une lutte intensive, surtout qu’il est de notoriété publique et les organismes scientifiques le confirment, «à Madagascar, le criquet migrateur est un véritable fléau pour les cultures. La dernière invasion, en 1997-2000, n’a pu être maîtrisée qu’au prix de traitements insecticides hautement toxiques sur plus de 4 millions d’hectares. Par ailleurs, les médias rapportent également que deux essaims géants de criquets ont envahi Antananarivo dans l’après-midi du jeudi 28 août. (…). Ces deux essaims ont mis plus d’une heure à traverser le centre-ville de la capitale malgache… » C’est pour vous dire que bonne note n’a pas été prise des causes qui ont favorisé les retours cycliques de ces invasions désastreuses pour l’agriculture surtout et pour l’environnement. C’est bien beau de réaliser que «  pour lutter contre cette invasion, la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a installé trois bases mobiles, équipées d’hélicoptères et d’un avion. » L’essentiel pour la lutte antiacridienne c’est de tuer dans l’œuf les larves des criquets.

Noël Razafilahy

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