La Gazette de la grande ile

Blanchiment des capitaux : les  grands noms des intouchables

Publié le 10 avril 2021

Il est prévu par l’Ordonnance n°2019-015 relative au recouvrement des avoirs illicites que les «biens et avantages patrimoniaux de toute nature tirés des détournements de biens et de deniers publics, d’infractions de corruption, de blanchiment de capitaux » feront l’objet de mesures destinées à permettre à l’Etat de s’approprier des sommes concernées. Un organisme portant le nom d’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites  devait être mis en place, malheureusement jusqu’ à ce jour, aucun texte sur l’application de cette ordonnance n’a été pris.

Oubli ou négligence calculée pour donner encore pendant on ne sait combien de temps libre cours à toutes les activités illégales prohibées. Les responsables étatiques et les institutions concernées devront sans tarder remédier à cette lacune très grave dans la lutte contre les crimes et délits financiers. Si les trafics illicites des bois de rose avaient permis aux parrains alliés à des décideurs étatiques de devenir des milliardaires, c’est parce qu’ils ont bénéficié de l’absence d’une législation appropriée depuis l’époque où Marc Ravalomanana avait inauguré et participé à ces commerces interdits, en s’alliant avec le soutien et la participation des mafias chinois sous la coordination d’un certain Wu Zeng Ping. La Banque d’Investissement Chinois de Madagascar (BICM) est actuellement rayée de la liste de la profession bancaire. Avec l’aide d’un ressortissant sino-malgache résident «dont le nom ne figure nulle part » dans les dossiers de poursuite, les mobilisations de fonds locaux récupérés ensuite à Hong-Kong ou en Chine continentale ont permis toutes les activités liées à l’exportation des bois de rose vers les importateurs chinois.

Selon des statistiques recueillies par les médias, les recettes obtenues par des milliers de tonnes de bois de rose en contrebande serviraient aux achats dans les régions d’Analanjirofo et de Sava. Avec le non-rapatriement des devises et l’origine douteuse des fonds pour l’achat, la boucle est bouclée, sans que les services de répression et les juges s’en mêlent. La corruption est passée par les parquets et cours des tribunaux qui ne peuvent condamner que les pauvres dockers et les boucs émissaires. Parmi les grands noms de cette liste figurent une certaine Noeline, Labe, Roger et Eugène, Eddy Maminirina (alias Eddy Bois de rose, Labiny, Victorien dit Toto et d’autres « qui ne sont pas des menus fretins » dans le secteur de la prohibition. Les Thunam, et les Arlan, «les pionniers dans ce commerce qui ne respecte aucune loi, avaient amassé des milliards et des milliards d’Ariary à partir des paiements en dollars encaissés suite à des embarquements de plusieurs milliers de tonnes de ces produits interdits ». Ces personnes sont déjà poursuivies. A ce jour, seul Eddy Bois de rose a été condamné. Et pour cause. Et encore…

Liste des opérateurs qui devront intéresser les enquêteurs de SAMIFIN, sauf délai de prescription :

  • Angelin Befototo à Antalaha. 7 conteneurs « exportés », soit 1.400.000$ de bénéfices.
  • Victor Be à Sambava. Il tient l’hôtel Victoria et collecte le bois de rose pour Jeannot Ranjanoro.
  • Victor, de Sambava où il tient l’hôtel Bel Air.
  • Maurice Paula à Antalaha où il tient l’hôtel Ocean Momo et collecte le bois de rose pour le compte de Roger Thunam.
  • Jacky Manambola, d’Antalaha « relayeur ».
  • Claudia Bezokiny, à Sambava collecte le bois de rose pour Roger Thunam.
  • Germaine Fenozanany d’Antalaha où elle tient l’hôtel Melrose, belle-sœur de Ranjanoro. Elle collecte le bois de rose pour le compte de dernier.
  • Abdouramane, de Sambava. Il a collecté le bois de rose pour Thunam. Présumé dangereux, il a été arrêté et devrait (le conditionnel est de rigueur actuellement) se trouver en prison.
  • Rachid Patel d’Antalaha • Eric Foeng d’Antalaha. • Jao Hasy d’Antalaha, ex-agent du Département des Eaux et Forêt. (Années 2004-2006).
  • Jean Galbert Betsiaroana à Antalaha. Il prétend qu’il a « nettoyé » la forêt de Sahamalaza, et que les arbres de bois précieux ont été arrachés par un cyclone.
  • Claude Bezokiny, également à Antalaha, 33 conteneurs « exportés », soit 9.800.000 $. Propriétaire gérant de l’hôtel Palissandre.
  • Patricia Soa (Lo Seing), d’Antalaha, 42 conteneurs « exportés », soit 8.400.000 $ de bénéfice. Elle est la sœur de Jeannot Ranjanoro
  • Thierry Body, ’Antalaha, 38 conteneurs « exportés », soit 7.600.000 $ de bénéfices.>>>>> C’est lui qui a été pris en flagrant délit le dimanche 17 février 2013 à Antalaha.
  • Ramialison Arland, habitant d’Antalaha, 28 conteneurs « exportés », soit 5.600.000 $ de bénéfices.
  • Michel Malohely, d’Antalaha, 21 conteneurs « exportés », soit 4.200.000 $ de bénéfices.
  • Martin Bamatana, habitant d’Antalaha. 17 conteneurs « exportés », soit 3.400.000 $ de bénéfices.
  • Chan Lane d’Antalaha, 30 conteneurs « exportés », soit 9.400.000 $ de bénéfices.
  • Grégoire Ndahiny d’Antalaha. soit 1 600 000 $ de bénéfices. »

Noël Razafilahy

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