La Gazette de la grande ile

Les profits inavouables : Et la malédiction de l’Androy

Publié le 06 mai 2021

La sécheresse  dans le  Grand  Sud  de Madagascar a toujours  été le  refrain de tous  (dirigeants  successifs, pays  amis  et  partenaires techniques et financiers). Depuis  des lustres, tout le monde  se  contente de  s’apitoyer et  de  se lamenter  sur le  sort  des malheureux  habitants  de cette  région frappée par  des  famines  cycliques.

Les médias  du monde  entier  se  gargarisent  sur le  sort  actuel de quelques 1,5 millions de personnes,  soit la moitié de la population de  ce pays. Sur le plan institutionnel, en matière monétaire surtout,  ces  âmes  charitables et sensibles  focalisent l’opinion internationale sur «le besoin  d’assistance alimentaire  d’urgence. » Et comme par hasard, «l’évaluation conduite ces  trois  dernières années par le Programme Alimentaire Mondial et le Ministère malgache  de l’Agriculture » s’accorde pour montrer que 60% des pertes  sur les récoltes pour  ce mois  d’avril, comparées à la moyenne des  cinq  dernières  années, seraient à l’origine d’un désastre. Les mauvaises  récoltes et «les précipitations quasi inexistantes de novembre  à janvier » pour eux,  seraient à «la  base de la  crise alimentaire persistante » de cette  région. C’est comme si la  cause principale des malheurs de l’Androy ne dépendrait que du calendrier agricole aggravé par les  aléas  climatiques ambiants. Le  «cercle vicieux du  défrichement »  que les médias mettent  toujours au premier plan, cache inévitablement la  forêt des oublis catastrophiques pour l’aménagement du  territoire, les habitants, la production  vivrière et l’élevage (qui  a  échappé de justesse à l’attaque de  coccinelles). Jusqu’ici, aucun des intervenants dans la lutte contre la famine, n’avait encore avancé des  raisons qui ne tiennent pas du  tout compte ou ne veulent pas du  tout mettre  en  évidence des problèmes bassement de politique intérieure sous la pression de  nos  relations  diplomatiques.

Avant l’indépendance, les intérêts des investissements des  colons (cultures du  sisal, exploitations du mica  et des pierres précieuses) étaient dominants. Personne ne cherchait  vraiment à  développer les populations  agro-pastorales. L’administration  coloniale favorisait plutôt les  exodes des habitants du Sud vers les zones agricoles du Nord de l’île. A partir des  années 60, malgré les  réticences des partis politiques soucieux et conscients d’une amélioration du niveau de vie des habitants dans le  territoire au  sud  du Tropique de  Capricorne en  général  et l’évolution structurelle de toute la  région est devenue une priorité constante. Des partisans d’un restructuration  agricole à partir du mythique  barrage de Beapingaratsy et des  cours d’eaux se  sont  heurtés aux doubles luttes  d’influence des anciens colons producteurs  de sisals, des nouveaux pilleurs des  grandes compagnies minières  et les trafiquants des richesses minières. Au lieu  des  souhaits  de  tout un peuple libéré  des méfaits  de la  sécheresse, aujourd’hui  encore, tout l’Androy risque  de vivre  encore  et toujours dans la malédiction des inestimables richesses de son sous-sol, sans espoir de  jouir  d’une production  agricole  pourtant  faisable. Jusqu’à quand ? Tout  dépend de la prise de l’Antandroy (le peuple des plantes épineuses)…

Noël Razafilahy

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