La Gazette de la grande ile

Confinement et fermeture des frontières : Des forces de l’ordre en font un business

Publié le 11 mai 2021

Pour enfreindre la loi au pays du « moramora » (facilité), il suffit de payer. Madagascar est réputé pour la corruption à tous les niveaux. Selon Transparency International, le pays se trouve au 149ème rang sur 180 pays.

Depuis deux semaines, le confinement total a été décrété dans la région d’Analamanga le samedi et le dimanche. C’est la mesure supplémentaire afin de renforcer la lutte contre la propagation du coronavirus. Pour faire respecter ce confinement, des agents des forces de l’ordre sont déployés dans la capitale et ses périphéries. Malgré leur nombre et leur éparpillement, force est de constater que le confinement n’est aucunement respecté. Les gens sortent sans raison et certains arrivent même à passer de région en région.

Durant le week-end dernier, nous avons recueilli quelques témoignages des gens ayant réussi à voyager ou à exercer leur métier non « essentiel » durant le confinement. Un vendeur de voitures d’occasion à Ambodivona affirme que «  le samedi 24 avril dernier, nous nous sommes rendus à Antsirabe pour assister à un mariage. Nous avons quitté la capitale le jeudi 22 avril. Les passages aux barrages sanitaire ont déjà été planifiés à l’avance et je connais quelqu’un de haut placé au sein de la gendarmerie qui m’a donné tous les tuyaux. Aussi, j’ai passé à travers les barrages sanitaires d’Antananarivo à Antsirabe sans problème, à l’aller comme au retour le dimanche 25 avril. ». La preuve que ces barrages sanitaires sont une véritable passoire. Dans l’application de la fermeture des frontières entre les régions, les coopératives de transport national sont suspendues. Cependant, les gens ont adopté la méthode du transbordement en voyageant à travers des coopératives régionales. De ce fait, ils arrivent toujours à passer de région en région. « Pour aller d’Ambatondrazaka à Antananarivo, il suffit de voyager d’Ambatondrazaka à Amboasary, ensuite d’Amboasary à Moramanga, puis de Moramanga à Manjakandriana et finalement de Manjakandriana à Antananarivo. Quelquefois nous sommes interceptés par des agents des forces de l’ordre au niveau de Marozevo ou d’Anjiro, mais il suffit de les payer pour pouvoir passer », affirme un commerçant faisant régulièrement ce parcours. Dans cette même optique de transbordement, certaines personnes choisissent de marcher pour passer à travers les barrages. Ce système de voyage par étape fonctionne sur toutes les routes nationales et les voyageurs de la RN1 (Tsiroanomandidy) , RN7 (Tuléar, Ihosy, Fianarantsoa, Antsirabe), RN4 (Maevatanàna, Ambondromamy, Majunga) arrivent sans problème à Antananarivo.

Pour ce qui est de la capitale, le respect du confinement repose sur l’intégrité des agents des forces de l’ordre. En effet, ce sont ces derniers qui circulent dans les rues et les ruelles afin de montrer aux gens les gestes à adopter. Un commerçant de boissons alcoolisées du côté des 67ha affirme que « le confinement est l’occasion pour beaucoup de gens de se défouler. Certains mangent, d’autres jouent au ballon dans la rue et d’autres boivent. Chez moi, beaucoup de gens consomment de l’alcool sur place. Ma porte reste entrouverte et les habitués savent qu’il suffit d’entrer. Je connais quelques agents de police qui font la ronde dans le quartier et qui boivent de temps en temps avec nous tout en évitant que d’autres agents ne sachent ce qui se trame chez moi. ».

Vis-à-vis de sa situation, chaque groupe d’individus a su trouver le moyen de soudoyer un ou plusieurs agents des forces de l’ordre afin d’enfreindre la loi. L’Etat a beau décréter des lois et fermer autant qu’il peut les frontières, le Malgache trouvera toujours le moyen de contourner ces barrages.

Recueillis par T. B

Lire aussi