La Gazette de la grande ile

Reportage de Gail Borgia : La réalité qui dérange

Publié le 23 juin 2021

Il n’y a absolument rien de mal à ce que Madagascar dispose enfin d’un stade de foot où toutes les normes sont respectées, où on retrouve toutes les normes requises d’un stade digne de ce nom. Et c’est le cas du stade Barea à Mahamasina  Il n’y a absolument rien de mal que tous les fokontany de Madagascar soient dotés d’écoles primaires publiques aux normes c’est-à-dire avec les enseignants qualifiés,  avec les matériels didactiques complets et aux normes. Et ce n’est pas le cas de ces écoles inaugurées et qui ne sont donc pas aux normes ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas suffisamment d’enseignants qualifiés. Il n’y a absolument rien de mal à ce que Madagascar dispose de vraies gares routières aux normes ou d’aéroport international aux normes, à condition qu’ils soient utilisés pour ne citer que la gare routière d’Ambohimanambola. Ce qui intéresse les gens ce n’est pas qui a fait telle infrastructure car ce n’est jamais ni Andry Rajoelina,  ni Hery Rajaonarimampianina, ni Marc Ravalomanana qui a fait quelque chose,  ce sont “nos impôts” qui ont permis la construction de toutes ces infrastructures ou des emprunts que l’Etat a fait et que nos enfants et arrières petits-enfants devront encore payer. Si par egocentrisme les dirigeants veulent tout peindre en bleu ou en orange, c’est leur problème,  les gens ne sont pas tous dupes et savent qu’il n’y a pas 1 Ariary de ces “sucrés du peuple” (mamim-bahoaka!) dedans.

Mais derrière toutes ces choses qui sont clinquantes il y a des réalités qui dérangent, ce que l’on ne nous montre pas, ce qui est le quotidien de nos compatriotes,  leur vécu.  La journaliste Gail Borgia va sur le terrain,  là où les hauts responsables étatiques ne vont pas, ces endroits qu’ils survolent en hélicoptère,  ces endroits qu’ils ont rayé de leur liste sauf au moment des élections.  Ces endroits classés “zone rouge” sur tous les plans. Gail Borgia fait ses reportages et nous montre ce qu’elle y a vu. Elle n’est pas Président de la République,  ni chef d’institution,  ni exécutif,  ni partenaires techniques et financiers pour aller apporter des solutions ou exécuter la politique de l’Etat,  si tant est qu’il y en ait dans ces Régions.  Gail Borgia nous montre la réalité qui nous interpelle,  la réalité qui nous fait mal dans notre petit confort quotidien, la réalité cruelle qui nous fait nous dire qu’il y a des situations véritablement inhumaines que vivent nos compatriotes et qui nous permet d’analyser aussi à notre niveau l’opportunité ou l’opportunité de la politique de l’Etat,  des interventions étatiques.  Cela ne fait pas de nous, de ceux qui sont interpellés,  des ennemis de l’Etat,  des opposants. Cela fait de ceux qui sont interpellés de simples citoyens qui auraient aimé faire quelque chose mais qui n’ont aucune confiance en ces associations désormais teintées de politique, en ces appels aux dons non transparents et surtout cela fait dire aux  simples citoyens qu’il faut que ces situations se sachent, qu’il faut des solutions pérennes et ces simples citoyens se rendent compte à quel point le “m’as tu vu” et les “inaugurations” et autres “spectacles” sont simplement indécents quand quelque part dans ce pays, des gens en sont réduits à manger du cuir sec et dur ! Et ce n’est qu’une partie de l’iceberg car il est certain que dans d’autres Régions de Madagascar la pauvreté est tout aussi criante. Ceux qui critiquent Gail Borgia, et particulièrement quand ils sont dans le législatif ou dans l’exécutif devraient avoir honte “shame on you!”. Il ne sert à rien de passer son temps à faire l’autruche et ne pas évoquer ces réalités,  ne pas interpeller l’exécutif sur ces situations inhumaines que vivent nos compatriotes. C’est à cela que servent ces députés. Qu’ils remercient le Président de la République qui sait où utiliser nos impôts,  les députés ont raison mais qu’ils taisent le quotidien des personnes dans leurs circonscriptions électorales ils sont à condamner et devraient avoir honte d’être aussi grassement payés au milieu de cet océan de misère dans lequel

se trouvent leurs propres compatriotes. Que l’exécutif agisse suivant le plan de travail annuel et suivant l’argent décaissé, c’est tout à fait normal. Mais que ferait un ministre qui ne va pas sur le terrain et reste dans son bureau,  qui n’est pas interpellé par les députés de ces circonscriptions, qui ne reçoit pas les informations de certains autres responsables ministériels dont le souci est de conserver une place de directeur et autres et qui ne remontent pas les informations? Les reportages de Gail Borgia décrivent la réalité et elle fait son job. Elle n’a pas à passer son temps à faire des reportages qui ne vont pas au fond des choses pour nous montrer ce que nous savons déjà.  Que telle infrastructure a été faite et inaugurée. Ce que les citoyens veulent savoir ce sont les dessous de ces infrastructures,  ce que les citoyens ont le droit de savoir c’est ce que les dirigeants nous cachent ou peut-être ce que ces dirigeants ignorent aussi.  Cette réalité dérange. Voir des enfants manger des criquets comme unique repas, voir des restants de cuir de zébus utilisés par des coordonniers et voir cela dans la bouche de nos propres compatriotes nous interpelle et devraient interpeller ceux qui dirigent le pays. Quand cela sera compris que les journalistes font des investigations et informent,  que les députés parlent au nom de la population de leurs circonscriptions électorales et devraient eux mêmes présenter ces photos à l’appui, que l’exécutif comprenne qu’il sert le pays et sert toute la population de ce pays et qu’il n’y a pas à se gargariser car c’est aussi leur job,  les choses iront mieux. En attendant une des réalités de notre pays en juin 2021 ce sont des gens qui pour se nourrir (même si cela ne les nourrit pas) font cuire des restes de cuir dur que des coordonniers avaient utilisés pour faire des chaussures. A t on oublié nos engagements prévus dans les textes relatifs aux droits humains que l’alimentation est un droit fondamental ? Ne trouve-t-on pas inhumain, indigne que des Malgaches ou “Malagasy” (si c’est cela qui importe le plus) mangent de la peau de zébu séchée tandis que d’autres vont festoyer au caviar, saumon, foie gras, oie, sesika pour l’asaramanitra? En quoi et pourquoi critiquer Gail Borgia pour son travail? Nous disons “Félicitations !” à Gail Borgia qui excelle dans son travail. Good Job!

Claude Rakelé

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