La Gazette de la grande ile

Fête de l’indépendance : souveraineté !

Publié le 24 juin 2021

Madagascar a actuellement ses institutions et les attributs de la souveraineté comme le drapeau, l’hymne national, l’armée et sa propre monnaie.

La souveraineté peut se définir comme la détention d’un pouvoir absolu (dont tous dépendent) et inconditionné (qui ne dépend de qui  que ce soit).

La Une de notre numéro du 29 novembre  2019 (http://www.lagazette-dgi.com/?p=36593 ) titrait “Les Malgaches réduits à travailler pour les Vazaha”. Nous tirions la sonnette d’alarme sur cette situation explosive. Il est plus que temps pour le Président Rajoelina de rectifier le tir, d’avoir l’humilité  d’accepter que la pandémie est une déflagration qui est en train de changer profondément la face du monde. Il doit être réaliste et renoncer à tout ou partie du PEM et de redéfinir les nouvelles priorités.

Parmi celles-ci figure  la reprise en mains des secteurs stratégiques, notamment :

– le riz et le circuit des PPN

– l’énergie

– la communication

– les banques

– le transport international

L’Etat a fait un premier pas en créant le SPA (State Procurement of Madagascar) pour s’occuper des PPN et du carburant. Les résultats ne sont malheureusement pas au rendez-vous, le management d’une telle société devant être confié à des gens compétents rompus au négoce international et connaissant le circuit de distribution locale.

Pour le carburant, au-delà des importations, la maîtrise du secteur logistique est cruciale. Une mauvaise programmation peut être catastrophique et provoquer des émeutes populaires. L’Etat doit prendre la majorité du capital de la logistique pétrolière.

Privilégier l’utilisation des ressources locales semble une telle évidence qu’on s’étonne que la Jirama n’ait pas jusqu’ici eu recours à l’huile lourde de Tsimiroro dont les performances sont plus que compétitives tant techniquement que financièrement  par rapport aux importations.

Internet est devenu un outil incontournable, et pas seulement à cause  de l’état des infrastructures routières et de l’étendue du territoire.

L’Etat ne doit pas laisser aux mains d’une société privée la maîtrise du réseau national de fibre optique. Les coûts de communication doivent être accessibles au plus grand nombre et il n’y a que l’Etat qui puisse en avoir les moyens.

L’Etat est actionnaire à près de 30% dans chacune des banques  BOA, BNI et BFV mais n’y joue que le rôle de sleeping partner. Pour accompagner les investisseurs mauriciens, SBM (State Bank of Mauritius) et la MCB (Mauritius Commercial Bank) sont à Madagascar. L’Etat malgache devrait avoir une institution financière pour accompagner les entrepreneurs malgaches.

Mieux gérer les participations de l’Etat devrait être une des priorités. Pouvons-nous mettre en place un embryon de fonds souverain, en commençant par centraliser les moyens financiers de la Sonapar,  la Cnaps, la caisse d’épargne, les assurances Aro et Ny Havana, et le port de Tamatave ?

L’Etat a bien fait de reprendre le contrôle du groupe Air Madagascar. Pour y arriver, la participation d’Air Austral dans le capital d’Air Madagascar a été échangée au nominal contre la participation de la Cnaps dans le capital d’Air Austral. Au vu de la situation nette de ces deux compagnies aériennes, cet échange est clairement au détriment de la partie malgache et a montré le manque de compétence des négociateurs malgaches.

Là, on touche au choix des décideurs dont la ligne directrice devrait être “the right man at the right place”. Et comme a dit Kennedy “L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs”. Et ce n’est pas la procédure actuelle d’appel à candidature suivi d’une évaluation par un cabinet qui est garant du bon choix. Encore heureux que le choix des ministres ne suive pas ce protocole.

A défaut du retour des îles éparses, Madagascar devrait recouvrer sa souveraineté sur la gestion de ses deux premières portes d’entrée Ivato et Nosy Be, en reprenant la majorité du capital de Ravinala Airports.

Il doit revoir le business model adapté au secteur aérien comme l’a fait Ethiopian Airlines qui gère non seulement le transport aérien, mais également toutes les activités connexes comme les aéroports, le catering, le duty free shops, le handling….

L’urgence est dans un premier temps de sécuriser Tsaradia : sans les vols domestiques, il est impossible de relancer le secteur tourisme. D’ailleurs, comme l’a écrit un ancien PCA de MD, le réseau intérieur est le seul qui gagne de l’argent. Réintégrer Tsaradia au sein d’Air Madagascar, comme le veulent certains, ne résodra pas les problmes de MD . Mais aboutira certainement à tuer Tsaradia et à compromettre la relance du secteur tourisme. Et si l’on veut restructurer le groupe MD, cela devrait plutôt se faire autour de Tsaradia qui pourrait redéployer ultérieurement des vols internationaux.

Cette analyse rapide devrait évidemment être complétée par une revue complète de ce qui revêt un caractère stratégique.

La Gazette

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