La Gazette de la grande ile

Edito : Deux poids, deux mesures !

Publié le 25 juin 2021

La tendance de la justice malgache vers le mandat de dépôt systématique fait encore couler beaucoup d’encre. La surpopulation carcérale continue d’animer l’indignation des défenseurs des droits de l’homme. Une surpopulation carcérale qui ne permet plus de garantir les droits et besoins fondamentaux de l’être humain, des droits qui ne peuvent être enlevés même aux détenus.

Mais ce qui indigne le plus c’est que les jugements ne sont pas toujours les même au niveau des juridictions. Si seulement cette mesure était appliquée sans distinction et dans les mêmes conditions à tous les citoyens ! Pour cause, devant la justice malgache, un véritable gouffre sépare en ce moment les pauvres et les riches, les hauts politiciens et les simples citoyens mais également les étrangers et les nationaux. L’image de la justice demeure encore ternie par les maux comme la corruption et le népotisme. Des maux de notre justice qui ne garantisent plus les principes fondamentaux comme l’égalité de tous devant la justice et le principe de l’Etat de droit impliquant que tout le monde doit se soumettre à la loi, sans distinction.

Le cas dernièrement de l’affaire du DG de l’ACM (Aviation civile de Madagascar), Tovo Ramaholimihaso, impliqué dans l’affaire d’exportation illicite des 73,5kg d’or en Afrique du Sud en est une bonne illustration. Après avoir été déféré au Pôle anti-corruption, il a été placé sous mandat de dépôt le 28 mai dernier. Mais comme l’avait rapporté notre confrère le 16 juin, ce dernier a bizarrement bénéficié d’une main d’œuvre pénale (MOP) chez le ministre du transport. Une mesure qui ne peut être donnée qu’aux condamnés et non aux personnes placées sous mandat de dépôt. Les dernières rumeurs disent même que l’ex-DG de l’ACM n’est plus sur le sol malgache. Pour les personnes suspectées de corruption et d’abus de fonction qui croupissent en prison, de telles prérogatives en faveur de cette personnalité s’avèrent indignes.

D’un côté, entre le simple citoyen et les hauts politiciens, un gouffre béant les sépare. La Haute Cour de Justice, une juridiction censés juger les hauts politiciens n’a jamais prononcé, ne serait-ce qu’une seule condamnation jusqu’à ce jour. Des ministres impliqués dans des gros dossiers ont ainsi réussi à glisser entre les mains de la justice en raison de cette « immunité de juridiction » pendant que leurs complices croupissent en prison en attendant le jugement.

On ne peut s’empêcher de citer une fable de La Fontaine qui devra trouver son sens dans la situation actuelle « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

Ranaivo

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