La Gazette de la grande ile

Chronique d’un coup d’Etat manqué : Paul le faux fou et le vrai Judas

Publié le 30 juillet 2021

Selon plusieurs observateurs, Paul Rafanoharana a laissé beaucoup trop de traces compromettantes par e-mail et impliqué trop de personnes pour être crédible. Il a accompli un travail préparatoire bâclé de bras cassé, ce qui fait que son complot était voué à l’échec d’avance. Sur la base de ce constat d’amateurisme, Paul Rafanoharana serait un affabulateur, voire un grand malade mental. La réalité n’est pas aussi simple. Paul Rafanoharana est un personnage ambivalent. Il présente bien et s’exprime parfaitement. Instruit et cultivé, il est un fort en thèmes. Ses connaissances en économie et en géopolitique sont indiscutables et désarçonnent parfois ses interlocuteurs. En même temps, Paul Rafanoharana est un marginal. Il vit quasiment dans un taudis. Il ne verse pas la pension alimentaire à son ex-femme. Idéaliste sans le sou, il emprunte à droite et à gauche des sommes d’argent qu’il est incapable de rembourser, excellant ainsi dans l’art de l’escroquerie intellectuelle et de l’escroquerie tout court. Et puis surtout, il n’arrive pas à se défaire de sa personnalité narcissique qui dissimule mal son enfance malheureuse en raison de son statut d’enfant adopté, d’où son second nom Maillot.

Après sa carrière dans la gendarmerie française, Paul Rafanoharana aurait pu, à son arrivée à Madagascar, faire du consulting de haut niveau ou alors travailler dans la haute administration ou dans de grandes entreprises commerciales ou industrielles. Mais non. Il n’a pas souhaité gravir les échelons. S’estimant au-dessus de tout et de tous, Paul Rafanoharana se met alors à rêver d’un destin national et à aspirer au pouvoir suprême. Il souhaite sauver la nation. Il veut donc devenir Président de la République mais comme il est lucide sur le fait qu’il ne sera jamais élu au suffrage universel, il compte être nommé à la plus haute fonction possible. C’est pourquoi, il répand la rumeur selon laquelle il figure en bonne position sur la liste des personnes susceptibles de succéder à Christian Ntsay. Il est appuyé dans sa démarche par différents réseaux d’influence, en vain. Mauvais joueur et mauvais perdant, il ne supporte pas d’être ignoré. Conscient qu’il n’occupera pas le fauteuil tant convoité de Mahazoarivo, il se radicalise et déverse alors un torrent de critiques contre le Président Andry Rajoelina. Il se voit calife à la place du calife. Pour cela, il participe à un complot qui est supposé le faire passer de l’ombre à la lumière. Manque de pot, après son quart d’heure de gloire, il risque de passer le restant de ses jours à l’ombre. Pour l’instant, il est dans une extrême solitude et ne voit pas d’issue de secours. Il est en train d’expérimenter la profondeur du vrai monde mais plus celui qu’il rêvait.

Et c’est là qu’est le trou dans la raquette. C’est ici que la prétendue intelligence supérieure de Paul Rafanoharana atteint sa limite. Mégalomane, il croyait détenir la méthode pour organiser et réussir un coup d’Etat d’un coup de baguette magique. Il a donc réuni des promesses de financement, ameuté des mercenaires français et fédéré quelques généraux malgaches. Sur la base de ces éléments, il a convaincu les autorités françaises de le suivre dans sa mission presque impossible. Trop contente qu’un charlot frustré joue au kamikaze et ouvre la voie de la déstabilisation à Madagascar, la France est en embuscade, bien décidée à participer au changement de régime, avec ou sans Paul Rafanoharana.

Pour le moment, l’enquête soulève plus de questions qu’elle n’offre de réponses, lesquelles ne sauraient tarder à venir. En prenant du recul face à cette opération suicide de Paul Rafanoharana, où toutes les hypothèses sont possibles, on est en droit de s’interroger s’il n’a pas servi de Cheval de Troie pour que la France puisse infiltrer les hautes sphères du pouvoir malgache. Et si son sacrifice faisait partie du plan machiavélique de l’ancienne puissance coloniale? Et si l’arrestation de Paul Rafanoharana, de Philippe Marc François et de plusieurs généraux malgaches n’était que le premier épisode d’un coup d’Etat orchestré en deux ou trois temps par la France ? Et s’il s’agissait d’un premier ballon-sonde destiné à tester la capacité des forces de l’ordre malgaches à protéger le Président Andry Rajoelina ? Et si le but de la manœuvre était de rendre celui-ci paranoïaque au point qu’il s’isole et ne fasse confiance en personne ? En tout cas, le Président Andry Rajoelina reste optimiste parce qu’il est plus que jamais soutenu par les forces de l’ordre, par sa famille, par ses partisans et par la majorité de la population.

Pour conclure, on retiendra trois faits sur Paul Rafanoharana. Primo, c’est un faux fou. Ses défenseurs ne pourront pas plaider la démence et donc son irresponsabilité pénale. Sa capacité de discernement est intacte même s’il n’est pas bien dans sa tête. Secundo, c’est une marionnette entre les mains de la France. Cela saute aux yeux mais il a lui-même manipulé de nombreuses personnalités civiles et militaires qu’il va entraîner dans sa chute. Tertio, c’est un vrai Judas qui a trahi Madagascar et qui pour cela, mérite la déchéance de sa nationalité malgache. Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Judas, rongé par le remords, finit par se pendre. L’apôtre Paul ne connaît pas une fin plus heureuse. Condamné à mort pour subversion, il est décapité.

Ranary et PN

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