La Gazette de la grande ile

Les impacts négatifs du seuil déversoir mis en place par la société minière QMM à Tolagnaro (Fort-Dauphin) en 2009 sur la vie des riverains (Interview Janvier 2018)

Publié le 23 août 2021

Au moment où la société a parlé de mettre en place ce seuil déversoir, aucun de nous n’a accepté. Nous avons été très étonnés lorsque QMM a décidé de commencer à parler de ce seuil déversoir. La population s’est demandé quel fokonolona a donné son accord par une signature pour la construction de ce seuil déversoir.

Le constat est que ce projet entraîne de la souffrance. Lorsqu’il n’y avait pas encore de seuil déversoir, le minimum que nous gagnons était de 60.000 Ariary. Nous étions vraiment très bien. Actuellement, nous gagnons à peine 5.000 Ar quand nous allons pêcher, alors que la vie devient plus chère et nos revenus ne suffisent pas. Nous souffrons, nous souffrons vraiment, car QMM ne se soucie pas de nous. A partir de maintenant, nous allons agir, nous concerter avec QMM car c’est elle qui a installé ce seuil déversoir.

Les conséquences du problème concernent nos vies. Auparavant, notre vie était tranquille et sereine. Maintenant nous sommes fatigués, nous sommes vraiment fatigués. Nous nous demandons donc ce que la société QMM, source de ce seuil déversoir, fera pour nous. Jusqu’à ce jour, on ne voit aucune solution apportée par QMM. A partir de maintenant, nous allons discuter avec eux, car le seul déversoir de QMM a beaucoup d’impacts sur notre vie.

L’eau qui vient de l’extraction minière, de la drague, touche l’eau que nous buvons. N’étant ni un médecin, ni un expert sur l’eau, je ne pourrai pas en expliquer les conséquences, mais les deux eaux se touchent. Nous nous sommes plaints auprès de la commune et en 2014 a été construit un point d’eau (pompe) où nous cherchons de l’eau en plus de cette eau plus abondante.

Concernant notre niveau de vie, nous nous sommes plaints, car les gens ressentent beaucoup de souffrance. Ils souffrent et ont dit : « il vaut mieux que nous créions une association nous-mêmes, cela nous permettra peut-être d’échanger et d’exprimer nos revendications auprès de QMM. » C’est pour cela que nous avons créé cette association.

Donc moi je compare.

Si nous nous plaignons, c’est que nous nous sentons victimes. La société QMM devrait le savoir puisqu’elle a érigé ce seuil déversoir. Nous attendons toujours jusqu’à présent sans que QMM n’agisse. Et donc nous allons avancer, il faut que nous avancions. Cela fait longtemps que nous souffrons, et nous devrons discuter  sur les points dont nous allons parler avec QMM. C’est la société qui a posé ce seuil déversoir, et c’est elle que nous connaissons.

Citoyen de Manakana

Depuis que QMM a mis en place le seuil déversoir, nous souffrons, nous sommes entrés en crise et cela continue jusqu’à maintenant. Ce que nous réclamons, c’est que QMM regarde de près nos revendications, car la population souffre vraiment ici à Manakana, à Andrakaraka et à Lanirano, et dans les environs du seuil déversoir.

Citoyenne de Manakana

Les enfants d’ici sont toujours malades. Il n’y a pas de médecin ici, il faut aller à Fort-dauphin. Après 3 évanouissements, on a fini par aller à Fort-Dauphin. Mon enfant a perdu connaissance là-bas au sud de Manakana et on l’a emmené à Fort-Dauphin. On voulait l’emmener en taxi, mais il n’y avait pas de taxi. C’est cette eau qui le rend malade. Cet enfant que j’ai élevé, aura 20 ans en cette année 2018. Jusqu’à l’âge de 10 ans, il n’a jamais été malade. Depuis que le seuil déversoir a été installé, les enfants deviennent malades et ne guérissent pas malgré les soins. Le mien a de la fièvre et est vraiment malade. C’est la grâce de Dieu qui permet au fokonolona d’ici de vivre depuis que ce seuil déversoir existe. C’est Dieu qui nous soutient. Le bonheur n’existe pas.

Citoyenne 2 de Manakana

Les enfants actuellement ne sont pas bien. De notre temps, tous se portaient bien, étaient dynamiques et en forme. Maintenant ce n’est plus le cas, à cause de ce que nous souffrons avec cette eau. On a envoyé les enfants à l’école, maintenant ils ont tous arrêté. Où va-t-on trouver l’argent pour l’écolage (frais de scolarité) ? Quand ils rentrent à la maison, ils n’ont rien à manger. Nous souffrons vraiment.

Depuis 2009, QMM a mis en place des actions de développement. Ici, un élevage d’anguilles. Moi-même j’ai fait partie des conseillers pour ce projet d’élevage d’anguilles à l’époque. Pour ces actions de développement, la société minière a envoyé des gens, une entreprise qui s’appelle Manoha, le responsable s’appelait Zo. Il est venu nous voir et a dit que nous allions faire du développement, que nous allions élever des anguilles. Lui gérait l’argent remis par QMM, et nous dirigeait pour les activités. Il a embauché et payé des gens qui ont creusé la mare artificielle (dobo). Nous, nous n’avons pas reçu d’argent pour ce travail. Environ une quarantaine d’anguilles ont été mises dans la mare. Cinq jours après, toutes les anguilles étaient mortes. Je n’ai pas de connaissances techniques, mais à ma connaissance, c’est dans les cours d’eau qu’on élève les anguilles, mais pas dans une mare. Et donc dès qu’on les a mises dans la mare au fond en ciment, elles sont mortes.

Citoyenne d’Andrakaraka

La forêt s’est beaucoup réduite. Les raisons ne sont pas liées à nos activités, mais à QMM. Les ressources forestières que nous avions utilisées, nous ne sommes plus autorisés à nous en servir. Nous sommes limités dans nos activités et vivons sous pression. Des projets initiés par QMM ont été réalisés car ils étaient censés nous faire vivre mieux. Il y avait la mare artificielle (dobo), l’élevage de porcs, l’élevage de poulets. Pour tout cela, je suis sûr que des montants très importants ont été déboursés par QMM. Mais l’argent ne nous a pas été remis directement. On nous a amadoués avec un tas de bricoles insignifiantes. Les cochons ont été tués par le ramoleta, vous connaissez ? (la peste porcine). Les poulets étaient des poules pondeuses, on nous a donné des poulets d’une espèce malgache et j’ai fait parmi les premières à en bénéficier. Mais en fait, ces poulets devaient déjà être malades et en quittant le lieu d’où ils venaient, ils sont morts. Et donc nous avons continué à vivre mal du peu que nous avions déjà. Ce qui nous fait le plus mal, c’est que si QMM savait que le seuil déversoir allait nous ruiner, la société devrait continuer à nous donner des compensations. Car actuellement, nous sommes vraiment dans la misère. Si auparavant, elle donnait de l’argent pour la compensation, ils appelaient cela des indemnisations, plus tard ils ont changé et déclaré : « vous ne toucherez plus d’argent, désormais ce sera du «travail contre argent ». Mais jusqu’à aujourd’hui, ce travail contre argent n’est toujours pas venu. On a changé pour le HIMO (haute intensité de main d’œuvre), on l’a eu une fois par an, mais est-ce que cela suffit pour nourrir des humains ? La vie devient plus difficile, c’est à peine si la somme gagnée en HIMO permet d’acheter du sel. Une personne gagne 40.000 Ariary. Le prix du sel serait de 40.000 Ar pendant une année ? Alors nous vous demandons, à vous les hauts dirigeants, de trouver une solution à nos problèmes, car nous sommes vraiment en difficulté. L’eau, surtout, est un problème. Y a-t-il un peu d’eau là pour servir de preuve ? Il y a des dépôts au fond quand on l’a fait bouillir. Comment voulez-vous qu’on vive avec cela ?

Citoyen d’Andrakaraka

Concernant les habitants d’Andrakaraka, on peut dire d’une manière générale que ce ne sont pas des gens pauvres, mais des gens qu’on a appauvris. La vie des gens à Andrakaraka avait sa dignité lorsque cette société QMM est arrivée. Elle était parfaite comme la vie de tout le monde. On mangeait comme tout le monde. Mais lorsque ce seuil déversoir a été installé, Messieurs-Dames, ce sont des dizaines d’espèces de poissons qui faisaient vivre les habitants de cet endroit, qui ont été bloqués loin dans la mer, et certains ont migré. La forêt dont on vivait auparavant, en plus ressources halieutiques, a complètement disparu. Il  n’y a plus rien à en espérer pour vivre. Tout ce qui permettait aux habitants d’Andrakaraka de vivre est devenu interdit, je ne fais que confirmer ce que les autres ont déjà dit. Il n’y a plus rien qui permette aux gens de vivre librement, tout est rempli de restrictions. Si on va dans la forêt, on n’a pas de droit, quand on se dirige vers l’eau, il y a des restrictions, même pour cette eau, ils ont payé des gardes. Alors, la dernière chose que je voudrais vous dire. « Nous vous supplions, nous vous demandons s’il vous plaît, de nous considérer, nous les habitants d’Andrakaraka, en tant qu’êtres humains. Quand nous regardons ce qu’est devenue notre vie avec toutes les contraintes qui existent maintenant, nous pensons qu’on nous expulse d’ici de manière indirecte. Ce qui se passe est une expulsion indirecte. Je l’ai déjà dit, il ne s’agit pas d’une population pauvre, mais d’une population qu’on a appauvrie. Celui qui nous a appauvris, c’est l’Etat. Quelles que soient nos plaintes, si nous plaignons, il y a une menace proférée contre le président, c’est cela que nous vivons ici. Quant à la société minière, les autres en ont parlé. C’est cela que nous vivons ici. Il n’y a rien de propre. Si on parle de l’eau,…, mais eux ne boivent pas cette eau. Ils ont leur eau. Même les habitants de Fort-Dauphin n’ont pas le droit de boire l’eau de la QMM.

Citoyenne 2 d’Andrakaraka

C’est peut-être la grâce de Dieu qui nous a permis de trouver cette association que nous avons créée, qui va trouver des gens qui vont nous soutenir et nous aider. Cela fait trop longtemps, ces 10 ans pendant lesquels on nous a fait souffrir. L’arrivée de QMM a été un malheur pour nous. Le principal responsable pour nous est QMM, à cause de ce seuil déversoir. Et même si un jour on enlève ce seuil déversoir, notre vie ne pourra plus redevenir ce qu’elle était avant, avec l’eau qui nous faisait vivre. Les poissons qui nous permettaient de gagner notre vie ne reviendront pas.

Citoyenne d’Amparihy

Dans mon cas, mes enfants vont à l’école, les frais de scolarité ne sont pas tous payés à cause de l’insuffisance de poissons. Et il n’y a pas de travail. Au moment de la rentrée scolaire, nous rencontrons de grands problèmes car les frais de scolarité sont de 400.000 FMG (environ 12 euros en Février 2018) pour chaque enfant au collège d’Enseignement Général), ceux qui en ont 3 ou 4 à scolariser rencontrent de vraies difficultés. C’est la même chose pour les enfants qui sont à l’EPP (Ecole primaire publique). Pour la rentrée, il faut payer 100.000 FMG par enfant (environ 3 euros en Février 2018). C’est parce que nous avons des problèmes que nous exprimons des doléances. Sans compter le loyer.

Par ailleurs, nos enfants à la naissance ont automatiquement des problèmes aux yeux impossibles à soigner. Nous l’avons noté depuis la mise en place de la société QMM. Mon enfant par exemple, a environ 6 mois, on l’a déjà emmené consulter un médecin trois fois, mais pas moyen de guérir ses yeux. Ce n’est pas seulement le mien, tous les enfants ont ce problème à la naissance.

Citoyen 2 d’Andrakaraka

Nous les habitants des 3 villages, Andrakaraka, Manakana, Andanirano, avions une association dénommée SIMIRA, mais nous n’avions pas vu l’intérêt qu’elle nous a apporté. Actuellement, emportés par le désespoir, nous avons créé une nouvelle association, nous les pêcheurs d’Andrakaraka, Manakana et Andanirano, l’association s’appelle F.P.E. C’est cette association que nous allons mettre en avant pour revendiquer nos droits. Je pense que les faits relatés par la population sont suffisamment nombreux. La situation est maintenant transparente. Voilà ce que nous voulions transmettre.

Merci

 

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