La Gazette de la grande ile

Air Madagascar – Financer la réparation des A340 : C’est comme verser de l’eau dans du sable

Publié le 27 septembre 2021

Le président a réservé, non à la population malgache mais à Paris aux patrons français du Medef, la primeur de l’annonce de l’ouverture des frontières malgaches vers début octobre. Quelques jours après son retour, un conseil des ministres exceptionnel a levé précipitamment début septembre l’état d’urgence sanitaire la veille de l’inauguration du stade Barea, évitant ainsi d’essuyer des critiques quant à un grand rassemblement populaire prévu à cette occasion.

Le 24 septembre 2021, la note 137 ACM/DGE suspend l’application des accords aériens bilatéraux, obligeant les compagnies aériennes à ne plus pouvoir programmer de vols réguliers.

Dans quelques jours débutera le mois d’octobre et les opérateurs ne savent toujours pas à quelle “sauce ils vont être mangés”. Tout ceci n’est que l’image d’une improvisation permanente sans leadership,  ni aucune vision à long terme.

Que par exemple au début de la pandémie, le gouvernement ait été pris de court et ait dû se référer à la Loi n°91-011 du 18 juillet 1991 relative aux situations d’exception, cela se comprenait. En revanche, ne pas avoir depuis présenté de projet de loi plus adaptée à la situation administrative et sanitaire actuelle et se contenter de reporter toutes les quinzaines l’application d’une vieille Loi qui fait référence au conseil suprême de la révolution relève tout simplement d’une mauvaise gouvernance pour ne pas dire autre chose. Comment veut-on que les différents agents économiques puissent évoluer sainement s’ils ne peuvent se projeter au-delà de la quinzaine ?

La semaine dernière, les syndicalistes d’Air Mad soulevaient la grande responsabilité des gouvernements successifs quant à leurs mauvais choix s’agissant des décisions stratégiques, de la flotte, des nominations des dirigeants successifs, du choix des partenaires stratégiques et les différentes crises politiques.

Cependant, faire une grève de plusieurs semaines pendant une haute saison, période où toutes les compagnies aériennes du monde entier se refont une santé, c’est scier la branche sur laquelle on est assis ! Les grévistes d’Air Mad ont certes gagné, puisque leurs revendications ont été satisfaites. Néanmoins, les finances de la société en furent réduites au plus bas et afin de ne pas bloquer tout le secteur, l’Etat avait pris la décision de filialiser la partie handling et de créer MGH. Cette vache à lait a depuis cessé d’alimenter directement la maison-mère et enlevait au personnel un de leurs leviers de pression. Le début du démantèlement d’Air Mad a commencé ce jour. Les meneurs de cette grève portent une très grande responsabilité et pourtant la compagnie les a encore réintégrés au sein du personnel.

Ensuite, avoir priorisé pendant cette pandémie  le paiement des salaires au détriment de la maintenance de l’outil de production sans lequel il n’y a aucun revenu est juste un comportement suicidaire du personnel.

Maintenant, ces syndicalistes réclament le soutien de l’Etat pour financer les coûts de réparation et de maintenance des avions, en particulier les A340 sans lesquels adieu effectivement aux GP sur Paris, ces billets à prix réduits réservés aux familles du personnel. Suggérer une telle solution à un moment où le baril de pétrole frôle les 80 US Dollars met en évidence l’incompétence de ces syndicalistes. A ce niveau de prix, le carburant représente sur des vols long courrier près de 50% du prix du billet pour un avion aussi vorace en kérosène que ces vieux quadriréacteurs, sans parler des coûts de maintenance très élevés pour un appareil qu’Airbus a cessé de produire depuis longtemps. Cela ne fera que creuser le déficit de la compagnie et serait comme verser de l’eau dans du sable. Ces syndicalistes n’ont apparemment rien appris des erreurs du passé. Einstein n’a-t-il pas dit “La folie consiste à refaire toujours la même chose,  mais en espérant un résultat différent”.

De surcroît, toutes les compagnies ont renégocié les loyers des avions dès le début de la pandémie alors que le personnel d’Airmad s’est contenté de regarder s’accumuler les arriérés.

Quant aux responsabilités de l’Etat, elles sont également énormes. Tout d’abord, avoir nommé pendant la transition après le départ de Lufthansa Consulting des responsables dont les actions ont amené à l’inscription de Madagascar dans la liste noire de l’Union Européenne de 2011 à 2016, a coûté très cher à la compagnie.

Ensuite l’acquisition à des conditions peu économiques en 2012 de vieux A340 d’Air France pendant la transition a été suivie du remplacement des B737-300 par des B737-800 plus lourd. Air Mad a dû ainsi cesser les vols très rentables Antsiranana/ Réunion. Rappelons également l’épisode des ATR72-600 qui ont dû être immobilisés pour y installer des équipements radios adéquats afin de leur permettre de faire des vols sur la Réunion, avec les coûts supplémentaires y afférents.

Laisser Air Mad sans pilote depuis fin 2019 et la laisser sous la houlette de Mme Rinah Rakotomanga qui n’a cessé de jouer à l’apprenti sorcier sans balise aucune, la DG par intérim n’ayant malheureusement aucune expérience de l’aérien.

Pour ce qui concerne les ATR72 loués auprès de la compagnie Elix, les contrats de location sont assortis de la garantie du Trésor, on ne comprend donc pas pourquoi les dirigeants de la compagnie n’ont pas fait valoir ce point pour ne pas voir ces avions cloués au sol. Mais les employés le savaient-ils au moins ? En tout cas, le DG de l’époque qui est toujours dans la compagnie le savait.  L’actuelle ministre des Finances administrateur d’Air Madagascar le savait également, puisque c’était précisé dans un des annexes de la Loi des Finances Rectificative.

Heureusement, Air Austral n’a pas pris la même décision de clouer au sol les deux ATR loués auprès d’elle malgré des arriérés de paiement de plusieurs millions de dollars. Hélas, un de ces 2 ATR ne vole toujours pas,  faute d’avoir été réparé par les services techniques d’Air Mad, même si Tsaradia a déjà avancé l’argent qui aurait plutôt servi à payer les employés d’Air Mad, semble-t-il.

Qui  faut-il alors blâmer ? On s’aperçoit que c’est tout le secteur qui est sinistré : Air Mad ne vole pas. Air Mad ne paie pas et fait souffrir Ravinala, ACM, Adema, MGH et Sofitrans. Ravinala ne paie pas Adema. Pas de DG ni à Air Mad, ni à Tsaradia, ni à l’ACM ! Aucune date précise de réouverture des frontières jusqu’ici ! Toujours le même pilotage à vue et du bricolage ! C’est à se demander s’il ne faudrait pas prolonger les lignes de téléphériques jusqu’à Taolagnaro et Antsiranana pour ne pas isoler ces villes, alors que la saison cyclonique approche à grands pas ?

En tout cas, la descente d’Air Mad aux enfers a commencé pendant la transition. La boucle serait-elle bouclée, maintenant que le Président Rajoelina est revenu aux manettes du pays ? A chacun de nous d’analyser, de réfléchir et d’y répondre !

Nous investiguons maintenant sur le choix d’Air Austral comme partenaire stratégique et cela fera l’objet d’un de nos prochains articles.

La Gazette

 

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