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Transport aérien – Partenariat UU : Comment Air Austral s’est retrouvé partenaire stratégique d’Air Mad ?

Publié le 30 septembre 2021

La longue grève d’Air Mad de 2015 en pleine haute saison avait laissé en rade à Madagascar plus d’un millier de passagers réunionnais, sans assistance et sans possibilité de rentrer à la Réunion, alors que c’était la rentrée scolaire à la Réunion. Air Austral avait proposé son aide et a déployé quelques vols en B777 pour leur rapatriement.

Sollicitée par la suite par le nouveau PCA d’Air Mad pour une coopération lors d’une rencontre à Tanà entre les dirigeants des deux compagnies, Air Austral a remis quelques jours plus tard une proposition écrite du contenu possible de cette coopération. Il n’y a eu jamais, semble-t-il, de réponse à la proposition.  Et Air Austral aurait appris la décision d’Air Mad de lancer un appel d’offres pour la recherche d’un partenaire stratégique par l’interview du PCA sur les ondes de RFI.

L’ayant interprété comme une fin de non-recevoir à sa proposition, Air Austral lance alors le projet Mad Express une compagnie aérienne malgache pour des vols domestiques en partenariat avec des opérateurs locaux. Le projet était bouclé, son business plan validé par un cabinet spécialisé et le financement totalement assuré. Il a été présenté à l’ACM et au ministère des transports, concomitamment à un projet d’Airlink portant le même objet.

C’est alors que le PCA d’Air Mad adressait une lettre au Ministre des transports dont la partie suivante : “Nous sommes conscients que le marché domestique de Madagascar peut présenter un attrait indéniable pour des groupes tels qu’Airlink ou Air Austral. L’étude effectuée par l’expert de la Banque Mondiale souligne à cet égard que le réseau domestique de MD est le seul réseau profitable sur lequel MD peut générer une liquidité substantielle. Nous sommes persuadés toutefois que tout transporteur nouveau comptant opérer à Madagascar ne portera son intérêt que sur les routes les plus rentables, ce qui aboutirait à un écrémage du marché. Ceci ne fera qu’accélérer la disparition de MD, car rendra l’opportunité d’investissement dans la société peu attractive et la mobilisation des financements nécessaires au redressement de MD quasiment impossible”.

Les projets d’Air Austral et d’Airlink ont donc été retoqués par le gouvernement.

Air Austral n’a pas répondu à l’appel à manifestations d’intérêt lancé par MD contrairement à une trentaine de compagnies, pensant que le nouveau PCA d’Air Mad ne souhaitait plus travailler avec elle.

Le cabinet financé par la Banque Mondiale qui a préparé l’appel d’offres pour la recherche d’un partenaire stratégique avait approché Air Austral et semblait surpris qu’elle n’ait pas répondu à l’appel à manifestation d’intérêt.  Air Austral leur avait répondu qu’il ne disposait pas de trésorerie suffisante pour le redressement d’Air Mad. Malgré cela, la participation d’Air Austral a été expressément demandée avec la promesse d’aider Air Austral à en boucler son financement dans le cas où son projet industriel était retenu.

Des trois offres finalement reçues, celle de Kenya Airways était tout de suite éliminée, car elle n’aurait mentionné que quelques domaines de coopération possible. Restaient les offres d’Air Austral et d’Ethiopian Airlines. Afin d’écarter les pressions éventuelles, les deux offres ont été mises en concurrence et étudiées aux Etats-Unis. Finalement, l’offre d’ET était écartée car elle aurait prévu l’arrêt des vols long-courriers, ceux-ci devant assurés par un transit via leur hub d’Addis Abeba. De surcroît, un dégraissage de 50% du personnel était demandé.

Le projet d’UU prévoyait expressément la filialisation des vols intérieurs, le règlement immédiat par le Trésor des arriérés, ainsi que l’arrêt de toute autorisation par le Gouvernement de nouvelles dessertes internationales pendant les trois ans que nécessitait le redressement d’Air Mad.

Comme promis, l’expert de la Banque Mondiale a présenté la SFI afin d’aider Air Austral à boucler le financement du projet. Cependant, au bout de trois mois de travail commun, la SFI s’est brusquement désistée sans dire pourquoi. C’est ainsi qu’Air Austral a dû se tourner vers des partenaires malgaches, deux banques françaises et l’AFD, avec la garantie de la Région La Réunion actionnaire principal d’Air Austral.

Telle est donc l’historique de l’entrée d’Air Austral dans le capital d’Air Madagascar, résumé de nos diverses investigations. Nous avons demandé les avis de certains employés du groupe Air Mad qui ont vécu cette intermède Air Austral et cela fera partie d’un article ultérieur.

La Gazette

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