La Gazette de la grande ile

Exercice du pouvoir : Gouvernance et Corruption pendant la Transition 2009-2013

Publié le 02 octobre 2021

Tel est le titre d’une étude du FMI rédigé le 16 juin 2017, que l’on peut consulter sur le site https://fr.readkong.com/page/r-publique-de-madagascar-document-sur-les-questions-1120098 .

“Les indicateurs de gouvernance se sont nettement dégradés pendant la période de transition 2009-13. Alors qu’il y a 10 ans ils étaient en général au même niveau que ceux des pays à revenu intermédiaire de l’Afrique subsaharienne (ASS), ils ont régressé et rejoint la moyenne des pays fragiles de l’ASS…La période de transition de cinq ans qui a suivi le coup d’Etat militaire de 2009 a été caractérisée par un affaissement institutionnel généralisé, une aggravation de la corruption et le développement de trafics illicites”.

Mais qu’entend-on exactement par gouvernance d’un Etat ?

La gouvernance désigne l’action et la manière de gouverner, d’exercer le pouvoir au sein d’un Etat. La bonne gouvernance est liée aux processus et résultats politiques et institutionnels nécessaires pour atteindre les objectifs de développement. Elle repose sur quatre principes fondamentaux : Responsabilité, Transparence, Etat de droit, Participation.

Il ne suffit pas d’avoir énoncé les 13 Velirano, mais avec la gouvernance médiocre actuelle, il ne faut plus se voiler la face, il y a très peu de chances de les voir réalisés. Quelques exemples de cette mauvaise gouvernance :

Madagascar milite pour la restitution des îles éparses et le Président Rajoelina vient à juste titre de se tourner vers l’ONU. Et pourtant, depuis bientôt 3 ans nous n’avons même pas de représentant permanent auprès de l’ONU ni aux Etats Unis ni à Genève qui pourrait faire le lobbying nécessaire et faire avancer ce dossier.

Le poste de DG du Trésor a été vacant et sans intérimaire pendant 3 semaines, bloquant de fait tous les paiements autres que les salaires.

Il fut une époque où le président fut qualifié de “Mampiesona”, mais là c’est carrément “Mampandry adrisa sy mampatory”.

Mme Rinah Rakotomanga a été épinglée dans l’affaire SMMC par l’Inspection Générale de l’Etat, qui dépend de la Présidence. A ce jour, aucune poursuite n’a été diligentée et elle a été plutôt récompensée par un poste plus lucratif à notre ambassade de Paris.

Le tourisme est un secteur important de notre économie. Air Madagascar, Tsaradia, l’ACM, des acteurs incontournables n’ont toujours pas de DG. Il a fallu deux ans et demi pour qu’on s’aperçoive de l’incompétence du ministre Joël Randriamandranto au sujet duquel notre journal n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme. Mais au moins, mieux vaut tard que jamais !

Quant à l’affaire mama sôsy, il faudra sans doute attendre que les poules aient des dents !

On décide de construire deux lignes de téléphérique sans aucune étude de marché ni d’opportunité. La moindre des choses aurait été d’en discuter au niveau de la Commune Urbaine d’Antananarivo  (CUA), à défaut du Parlement. Certes, l’une des lignes va desservir les quartiers résidentiels d’Ambatobe, Analamahitsy, Ivandry et Alarobia et facilitera le déplacement des élèves du lycée français dont les parents n’auront aucune difficulté à s’acquitter de 4000 ariary pour acheter un ticket. Au mieux, cela diminuera légèrement les embouteillages,  mais ne résoudra aucunement les problèmes de circulation de la majorité des Tananariviens.

Pour en revenir au rapport du FMI, cette dégradation de la gouvernance provient de l’interaction d’un système politique miné par la corruption, l’absence de légitimité, l’importance de l’économie informelle, le manque d’indépendance judiciaire, des institutions faibles et sous-financées.

Quant à la corruption, le FMI a essayé de la classifier en trois grandes catégories :

-La petite corruption :

 les gens la considèrent comme un aspect habituel des rapports avec l’administration, la police, la gendarmerie et la justice. La grande majorité de la population a la conviction que certains fonctionnaires sont corrompus. Cette forme de corruption a toujours existé dans le pays.

-La corruption (politique) de grande envergure :

Le système politique est basé sur le clientélisme et l’existence de réseaux informels. Les partis servent à maintenir au pouvoir des personnes influentes en accordant des faveurs. Certains membres du personnel politique détournent des fonds publics ou inventent des formalités qui permettent d’avantager telle ou telle personne…

-Trafics :

 À Madagascar, la faiblesse de l’État ainsi que l’existence d’une façade maritime étendue et mal surveillée exposent à toutes sortes de trafics. Le recul de l’État de droit a favorisé l’abattage illicite d’arbres et le trafic d’essences rares ainsi que la contrebande de minerais, de pierres précieuses et d’éléments protégés de la flore et de la faune, par exemple les tortues. En outre, selon certaines informations, des hommes, des femmes et des enfants seraient victimes de trafics et de travail forcé. (US Department of State, 2016).

La corruption entame la confiance des citoyens à l’égard des institutions publiques et un Etat perçu comme corrompu est plus susceptible d’être considéré comme illégitime au bout d’un certain temps, ce qui compromet la stabilité politique. Les problèmes posés par cette corruption et le manque de concurrence sont aggravés par les doutes à propos de l’impartialité du système judiciaire.

Nous n’avons transcrit que quelques points saillants de ce rapport et nous encourageons le lecteur, les membres des différentes institutions, les responsables politiques et les hauts fonctionnaires à consulter cette étude qui est plus que jamais d’actualité.

La lutte pour le développement doit commencer par l’amélioration de la gouvernance et la vraie lutte contre la corruption. Sinon, ce ne sera que du « werawera » et comme pédaler dans la semoule !

La Gazette

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