La Gazette de la grande ile

Courrier des lecteurs : Vers une mort programmée de l’Université d’Antananarivo

Publié le 09 octobre 2021

Enseignante chercheure à la retraite, j’ai connu l’Université “Charles de Gaulle”, puis l’Université de “Madagascar”, et je m’émeus aujourd’hui du sort de l’Université “d’Antananarivo”, issue de la politique de décentralisation prônée dans le Livre Rouge et mise en oeuvre par les régimes qui se sont succédés.

Pourquoi s’apitoyer sur l’Université publique d’Antananarivo ? Pour au moins deux raisons :

Primo, on constate un traitement discriminatoire entre les Universités publiques.

– Contrairement aux cinq autres Universités, l’Université d’Antananarivo,  sans doute trop proche du pouvoir central, ne dispose pas de la même latitude d’action que les Universités des provinces. Si ces dernières ont pu affirmer au fil des années une plus grande autonomie de gestion, en s’affranchissant de la présence d’un Agent Comptable, il n’en est pas de même pour l’Université d’Antananarivo, qui est tenue de respecter les consignes imposées par l’Agence Comptable.

– Contrairement aux cinq autres Universités,  les crédits octroyés à l’Université d’Antananarivo,  sont débloqués avec parcimonie et retard. Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’année universitaire est inaugurée par une grève du personnel administratif et technique.  On ne s’étonnera pas non plus lorsque les enseignants vacataires issus du monde professionnel, feront preuve d’abstention et n’apporteront plus leur concours,  pour non paiement de leurs heures d’enseignement et ceci depuis plusieurs années.

Secundo, l’Université d’Antananarivo est confrontée à la concurrence “féroce” des instituts et universités privées,  qui sont majoritairement, implantés dans la Capitale.

Dans un proche avenir, les bancs de l’Université publique risquent d’être désertés par les étudiants lassés des grèves à répétition et pourquoi pas, par les enseignants notamment vacataires lassés de faire du bénévolat dans le service public et qui préféreront migrer vers le secteur privé.  On ne leur en voudra pas ! D’ailleurs, si l’on en croit la campagne publicitaire autour de ces institutions privées, ce qui fait leur renommée est la présence des universitaires dans leur corps enseignant.

Résultat des courses,  on est sans doute en train  de programmer la mort de l’Université publique, du moins dans la capitale ! Et c’est peut-être délibéré ! Après tout pourquoi pas? On s’achemine vers un enseignement supérieur privé,  payant bien entendu et “exit” le service public, soucieux de promouvoir l’égalité d’accès à l’enseignement “supérieur”, moteur dit-on du développement d’un pays.

Que chacun prenne ses responsabilités ici et pour le futur !

Pr R. Pascal

Analamahitsy

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