La Gazette de la grande ile

Employés de la HJRA : Corporatisme malsain !

Publié le 09 octobre 2021

Face à la détention en garde à vue du professeur Auberlin Rakototiana, arrêté par la police hier à l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) à Anosy, quelques employés de cet hôpital se sont manifestés dans la cour en demandant le relâchement dudit professeur.

Pour la petite histoire, Eddy Maminirina, alias Eddy Bois de rose, a été arrêté en février 2019 pour ses affaires de trafic de bois précieux. Après maintes et maintes tentatives pour obtenir une libération provisoire, il a fini par simuler des maladies afin de bénéficier d’un traitement en dehors de la maison de force de Tsiafahy où il a été incarcéré. C’est ainsi qu’il a été pris en main par le professeur Auberlin. Depuis neuf mois, il a été « hospitalisé » à la HJRA. Sous prétexte d’opération au poumon, Eddy Bois de rose est censé être alité. Cependant, après une vérification par  les coordonnées GPS, il a été tracé chez un Kinésithérapeute à Andoharanofotsy à plusieurs kilomètres de l’hôpital.

Mercredi dernier, la police a fait une descente à la HJRA pour s’assurer qu’Eddy est dans la chambre 152 du bâtiment B du service Urologie. Il n’y était pas, et a été découvert dans la cour de l’hôpital. En même temps, un plan d ’évasion de ce dernier a été déjoué par les forces de l’ordre. Des voitures à vitres fumées ont déjà attendu le prisonnier à proximité de l’hôpital. Son médecin traitant, le professeur Auberlin, a immédiatement été soupçonné de complicité pour tentative d’évasion. Aussi, d’autres dossiers appuyant des affaires de corruption par ce médecin ont conduit à son arrestation.

Le professeur Auberlin s’occupe d’Eddy Bois de Rose et de Mbola Rajaonah. Deux des plus grands criminels de Madagascar, tous normalement incarcérés à Tsiafahy. Cependant, l’un comme l’autre, bénéficient de traitement de faveur. Eddy passe ses journées au calme à l’hôpital dans une chambre privée avec télévision, réfrigérateur et service de chambre, tandis que Mbola Rajaonah reçoit les mêmes traitements, mais à Tsiafahy dans une chambre spéciale en dehors des cellules d’emprisonnement. Notons que seuls le président de la république ou le premier ministre ou le ministre de la justice ont le pouvoir de faire bénéficier de telles faveurs. Lequel de ces trois individus est donc le protecteur de ces criminels ? On rapporte même que ces deux criminels sont parfois aperçus en boîte de nuit comme au Kudeta Anosy depuis le temps de Johnny Andriamahefarivo l’ancien ministre de la justice et le nom du général Ravalomanana Richard est citée parmi les complices.

                  Comme tous les suspects, le professeur Auberlin doit être enquêté et libéré s’il est innocent ou incarcéré dans le cas contraire. Les médecins ne sont pas au-dessus de la loi et ne doivent pas mettre en danger la vie des patients à cause d’une manifestation. La libération d’un suspect ne se fait pas à la demande, mais doit suivre toutes les procédures. La vie des patients est la priorité des médecins et la mettre en danger est une entrave au serment d’Hippocrate. Pour le professeur Auberlin, inventer une fausse maladie afin de permettre à un criminel de bénéficier d’un traitement de faveur à l’hôpital est également un crime aux yeux de la loi et une entrave au serment qu’il a fait. Ce que ces employés sont en train de faire est un corporatisme malsain, mettant en danger la vie de plusieurs centaines de patients contre la libération d’un suspect arrêté en bonne et due forme.

Dans son agenda, Eddy Bois de Rose a un rendez-vous avec l’ambassadeur de Chine à Madagascar le lundi 11 octobre prochain. Une tentative de se livrer en tant que réfugié politique d’après les observateurs. Toute cette histoire se résume en un fait. La maison de force de Tsiafahy est finalement un hôtel de luxe pour les grands criminels qui ont les moyens de payer tout un organigramme hiérarchique. On rapporte qu’actuellement, un milliard deux cent millions d’ariary ont été débloqués des comptes d’Eddy Bois de Rose. Une somme astronomique pouvant servir à monter un plan d’évasion aussi sophistiqué. En tout cas, les responsables de la prison, notamment le Directeur Général de l’Administration Pénitentiaire, sont dans le collimateur des enquêteurs sur cette affaire…

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