La Gazette de la grande ile

Stop aux werawera et aux maquettes ! : Revenons aux fondamentaux

Publié le 12 octobre 2021

Une maquette de plus ! La ville de Fianarantsoa “dormirait” et il s’agirait de la réveiller en réalisant le projet “Pôle urbain” (Fianara Masoandro ?) qui serait appelé à devenir l’épicentre de la capitale de la région Matsiatra Ambony. Après le coliseum d’Antsonjombe construit pendant la Transition, celui d’Anatirova  délaissé en chantier, voilà celui de Fianarantsoa est prévu accueillir des évènements culturels selon le président. Hélas pour les thuriféraires du pouvoir, les maquettes, les Miami, les Tanamasoandro, les stades, prisons, fasan’ny maherifo manara-penitra ne font plus rêver personne ! La population voit se dégrader de jour en jour son niveau de vie et ne s’en laisse plus conter.

La sécheresse dans l’Androy ne date pas d’hier. En revanche, qu’il n’y ait pas suffisamment d’eau dans la capitale, cela ne s’est jamais vu effectivement depuis 60 ans.

Les kapoaka ou sacs de charbon manara-penitra pour essayer d’influer sur les prix ? Cela ne fait même plus sourire personne, sinon de rire jaune ! Et pendant qu’on oblige les petits charbonniers malgaches à rogner sur leur marge, les gros importateurs de gaz peuvent augmenter allègrement leurs prix de 16%.

On tirait sur Tiko qui ne payait pas de taxes sur l’huile brute importée, mais reconnaissons qu’à l’époque, les huiles Tiko restaient au moins à la portée des petites bourses. Actuellement, c’est une société de Tamatave qui détient le monopole tout en ne payant pas de taxes, et le prix de l’huile devient inabordable.

La SPM, émanation de l’Etat, importe des dizaines de milliers de tonnes de riz non plus pendant la période de soudure, mais en pleine saison de récolte du riz local et concurrence de fait les riziculteurs locaux. Est-ce bien raisonnable ? A qui profiterait ce “crime” ?

L’eau, le riz, le charbon, le gaz, l’huile, nous arrêtons là, car nous pensons que ces PPN sont parmi les plus importants dans la satisfaction de besoins physiologiques, base de la pyramide de Maslow. Et c’est le premier devoir des gouvernants de prendre en priorité les mesures destinées à permettre à toute la population de manger à leur faim, de ne pas mourir de soif, de pouvoir se soigner. Tout ceci, avant même les besoins de sécurité.

Un de nos articles d’hier a demandé où sont les conseillers du président pour l’empêcher de tenir des propos insensés ou d’assister à des évènements insignifiants qui ne requièrent pas sa présence comme l’accueil à Ivato de vaches laitières. Seraient-ce les conseillers qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’on attend d’eux, ou est-ce le président qui ne les écoute pas ? Dans les deux cas, cela relève de la responsabilité du président. Ainsi, dire au sujet du riz qui est tout de même la première culture vivrière du pays, que la population ne peut attendre du riz qui ne va pousser que dans deux ans pour en justifier l’importation ! Ou que si un entrepreneur peut construire 10 bâtiments par an, 100 en construiront 10 000 ! Ou que Tsiranana était président dans les années 1980 ! Nul conseiller n’y pourra rien, hélas.

Néanmoins, tant que la culture de l’impunité persistera, rien ne changera. Par exemple, la situation de la Jirama est telle que l’Etat a dû recourir la semaine dernière à la réquisition de la Jovena pour la fourniture de carburant. Son DG a été interpellé publiquement par le président lors de l’application du nouveau tarif Optima. Et la semaine dernière, le ministre de tutelle l’interpelle pour annuler la nomination hors procédure d’une DGA. Envers et contre tout, ce DG est toujours en place !

Une douzaine de ministres nouvellement nommés n’ont toujours pas fait leur déclaration de patrimoine. Pourquoi le feraient-ils, alors qu’aucune sanction n’est prévue selon l’étude du FMI “Gouvernance et corruption pendant la Transition” ? Quand bien même ils le feraient, aucun contrôle n’est fait par le Bianco. Et quelle sanction serait prévue en cas de fausse déclaration ?

Tout comme pour l’être humain, la 1ère base de la pyramide de Maslow est la satisfaction des besoins physiologiques. Pour la gouvernance du pays, revenons d’abord aux fondamentaux. Avant de réaliser de nouveaux projets, essayons de prévoir tout ce dont l’administration a besoin pour bien fonctionner, pour maintenir les investissements antérieurs comme les routes.

Quand le président “offre” une voiture (ambulance, camion poubelle etc…), que ce ne soit pas un cadeau empoisonné et qu’on prévoit également tous les frais de fonctionnement (carburant, entretien, chauffeur etc..) au moins pour la 1ère année.

Que le budget pour le paiement des salaires de tous les employés de la fonction publique, des bourses, et des travaux relatifs à tous les projets de l’Etat soit bien prévu et qu’on n’ait pas à faire la grève pour réclamer son dû ! Tout ceci n’est pas une nouvelle trouvaille d’un cerveau génial, c’est ce qu’on appelle les dépenses obligatoires dans un budget. Il est vrai que faire cela n’est pas aussi spectaculaire que réaliser un téléphérique, cependant cela contribuera non seulement à détendre l’atmosphère sociopolitique, mais surtout à crédibiliser l’administration et le régime.

Pour terminer cet article, philosophons un peu :

Certes, il n’est pas facile de trouver le “right man in the right place” ou l’homme qu’il faut et au bon endroit, et l’erreur est humaine mais “perseverarediabolicum” ou persévérer dans l’erreur est diabolique.

A la décharge des dirigeants actuels, “Izay vanona tsy vonona, ary izay vonona tsy vanona” qu’on pourrait traduire par “les compétents ne sont pas motivés, et les motivés incompétents”.

La Gazette

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