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Economie à Madagascar : Après les Karana et les Vazaha,  place aux Mauriciens ?

Publié le 13 octobre 2021

Un article de Lakroa, hebdomadaire catholique ayant eu son heure de gloire du temps du père Ralibera, titrait “Les Malgaches réduits à trimer pour les Vazaha” (http://www.lakroa.mg/item-1955_articles_economie_18-ho-mpiasa-mpanompo-vazaha-eto-madagasikara-isika-malagasy.html).

Le journaliste posait la question de savoir qui dirigeront réellement Madagascar d’ici quelque temps, au rythme auquel les étrangers font main basse sur tout le secteur économique.

Les binationaux Karana, dont certains sont consuls honoraires, contrôlent la majeure partie de l’économie. Regardez par exemple la photo des importateurs de riz qui se sont réunis chez le Ministre Edgar Razafindravahy, lui-même gros importateur auparavant, il n’y avait que des Karana.  Avant,  ce Ministre produisait de la farine de blé à la Kobama. Maintenant, c’est un Karana qui importe du blé à Tamatave sans payer de taxe, et à notre connaissance la Kobama a dû fermer.

Après les Karana, les Mauriciens sont en train de creuser petit à petit leur trou. Et nos gouvernants actuels n’y sont pas étrangers.

Le président Rajoelina n’a-t-il pas assuré le lancement du KFC Madagascar, société contrôlée par des Mauriciens, en ayant été leur 1er client ? Quand en même temps, Maurice y a refusé l’installation de Gastro Pizza, sans aucune protestation, ni aide du gouvernement malgache.

Il y a quelques jours, la société mauricienne KOLOS annonce l’importation de 43 000 tonnes de ciment et la construction ultérieure d’une hypothétique cimenterie. On ne sait où.

Regardez les grandes sociétés travaillant à Madagascar. La plupart passe par une société mère immatriculée à Maurice comme la société Telma ou bien d’autres encore.

Tout comme le GEL (Groupement des Exportateurs de Litchis) vend en Europe nos litchis par l’intermédiaire d’une société mauricienne dont nous ne voyons aucunement l’utilité. Sinon peut-être pour servir des commissions en devises à certains opérateurs.

Nous espérons que Madame La Ministre des Finances y mettra bon ordre. Tout comme certaines sociétés immatriculées à Maurice qui obtiennent des avantages fiscaux défavorisant leurs concurrents malgaches ayant les mêmes activités.

Madagascar est le cinquième marché pour l’industrie manufacturière mauricienne. Selon le rapport de Statistics Mauritius sur les échanges commerciaux mauriciens en 2018, les exportations vers Madagascar ont été de Rs 4,1 milliards (381 milliards Ariary). Madagascar est l’un des trois pays de la SADC avec lequel Maurice a généré un surplus l’année dernière, soit un montant de 216 milliards Ariary en se basant sur les données de Statistics Mauritius.

Alors que l’Etat malgache ne contrôle plus aucune banque, l’Etat mauricien est présent à travers la banque SBM. La State Bank of Mauritius et la Mauritius Commercial Bank accompagnent les opérateurs mauriciens à Madagascar.

En 2019, au cours d’une visite d’Etat à Maurice, le président Rajoelina avait signé des protocoles d’accord et annoncé l’implantation d’un site industriel de 600 ha à Moramanga, dont 80 ha réservés à des entreprises textiles mauriciennes. Malgré les critiques, il avait affirmé son intention de ne pas reculer et s’est défendu de vendre Madagascar. Pour lui, il s’agit simplement de créer des emplois par milliers et d’attirer les investisseurs. Oui, si ce projet est mené à terme, la très grande majorité de ces investisseurs seront des étrangers, car les locaux n’ont pas la surface leur permettant de lever des possibilités de financement. Et la majorité des emplois créés pour les Malgaches ne seront que des emplois subalternes. Et même si par hasard, des cadres malgaches sont recrutés, l’expérience montre que ceux-ci ne seront pas payés autant que leurs collègues étrangers à diplômes et expériences équivalents.

Allons-nous donc assister avec impuissance et sans réagir à cette mainmise étrangère qui tisse sa toile sur notre économie ? Et finirons-nous par devenir étrangers dans notre propre pays, car tous les leviers de décision seront aux mains des Vazaha ? Réveillons-nous. Utilisons ces 332 millions reçus récemment du FMI pour prendre le contrôle de certains secteurs stratégiques, comme le font actuellement les pays développés après cette pandémie.

La Gazette

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