La Gazette de la grande ile

Budget de fonctionnement de l’Etat : Les caisses sont vides !

Publié le 14 octobre 2021

Lors de l’inauguration du nouveau service d’urgence de l’hôpital militaire, le président Rajoelina a annoncé la gratuité des soins d’urgence dans tous les hôpitaux publics pour toutes les catégories sociales. Initiative louable, disent certains ! Simple effet d’annonces comme tant d’autres auparavant répondent des parents d’élèves !

Ceux-ci se souviennent douloureusement de l’annonce de la gratuité de l’enseignement dans les écoles publiques, loin d’être suivie dans les faits. Néanmoins, pour une fois, le Président s’est engagé à allouer un budget spécial dans un Fonds d’Urgences Sanitaires, pas comme l’allocation attribuée à chaque région de divers engins de travaux publics pour lesquels il n’y a pas eu de budget de fonctionnement suffisant. Messieurs les Gouverneurs, débrouillez-vous !

Malgré cette promesse présidentielle de budget spécial, la population fera comme St Thomas et n’y croira que quand ce sera réellement effectif. Pas seulement pendant quelque temps, mais dans la durée. Mais comment y croire lorsqu’on voit les manifestations de diverses corporations comme les PAT des universités, les boursiers, et bien d’autres. “Trop c’est trop”, ont lancé mardi dernier les quelques dizaines de manifestants venus réclamer leurs dus auprès du ministère des travaux publics, ce mardi. Des manifestants qui représentent environ 230 entreprises affirmant avoir travaillé avec le fonds routier pour la réfection et l’entretien des routes à travers toute l’île et qui pourtant n’ont pas encore été payées.

“Aucun d’entre eux  n’a encore été payé”, explique une des manifestantes, banderole à la main. Pourtant, tous les travaux ont été menés jusqu’à leur terme et des ingénieurs de contrôle du ministère ont déjà procédé à la réception technique de ces travaux”, ajoute-t-elle. Selon l’explication des contestataires, le paiement a été suspendu depuis un peu plus d’un an par l’Etat. “L’Etat a justifié la suspension des paiements prétextant qu’un audit est mené pour cause de travaux fictifs”, indique la manifestante. Elle soulève pourtant que “jusqu’à aujourd’hui, les résultats de ces audits restent inconnus”. Les manifestants indiquent aussi s’étonner de la cessation des paiements vu que la totalité de la somme n’est pas si élevée. “Au total, l’Etat nous doit environ 33 milliards d’Ariary” explique-t-elle. “Pourquoi ne pas nous payer alors que le président a affirmé qu’il y a de l’argent dans les caisses du FER ?” s’interroge notre interlocutrice.

Lors de la passation de service au ministère des Travaux Publics, le Ministre Hajo Andrianainarivelo avait souhaité à son successeur d’avoir plus de chances que lui de persuader le Président de débloquer l’argent pour le paiement de ces prestataires. Preuve que c’est le Président seul qui détient les cordons de la bourse. Et encore, là il s’agit du budget FER Fonds d’Entretien Routier alimenté par des taxes sur les produits pétroliers. Alors, pour le budget général, il faudra sans doute attendre ou bien “déshabiller Pierre pour habiller Paul” pour le werawera ou le rêve du moment. C’est ce que ce gouvernement a fait, comme le remarque un rapport du département d’Etat américain, 80% des fonds Covid ont été utilisés pour subventionner la Jirama. Ce qui n’a d’ailleurs pas suffi, puisque la Jovena a encore été réquisitionnée cette semaine pour ravitailler la Jirama en fuel.

La seule explication possible pour nous, c’est que les caisses sont vides. Les rentrées fiscales et douanières ne couvrent plus le budget de fonctionnement de l’Etat et courent derrière les nouvelles promesses présidentielles non financées.

A son arrivée à Ivato, le président a voulu s’agenouiller afin de remercier le ciel pour l’allocation spéciale de DTS de 332 millions de dollars reçue du FMI, cette manne inattendue tombée du ciel. Malheureusement, il s’est engagé à ne pas l’utiliser pour le fonctionnement.

Le président est ensuite allé à Taolagnaro pour annoncer le lancement des travaux du pipeline Efaho/Androy. Lorsqu’il a annoncé ces travaux il y a quelques mois, il semblerait donc que le gouvernement n’avait apparemment pas encore le financement et envisageait sans doute d’amputer ou de différer certains autres projets !

En vue de l’ouverture prochaine des frontières, le Président a réuni divers responsables pour se pencher enfin sur le sort d’Air Madagascar. Toutes les compagnies aériennes du monde entier ont profité du ralentissement du trafic aérien pendant cette pandémie qui a commencé en mars 2020, pour se restructurer. Juste tout près de nous, c’est ce qu’a fait par exemple Air Mauritius qui a pris des mesures douloureuses pour le personnel. A Madagascar, ce sera comme d’habitude au dernier moment et  à la va-vite. Mais on commence déjà à douter de la pertinence des mesures qui vont être prises, car le diagnostic de la maladie semble erroné. Le Président a dit que les 70 millions de dettes d’Air Mad proviennent des loyers exorbitants des ATR72. Lui a-t-on caché qu’Air Mad n’utilise pas les ATR, car c’est plutôt Tsaradia ? Et cette dernière est bénéficiaire. Il doit reconnaître que les difficultés d’Air Mad proviennent essentiellement de l’entrée de Madagascar dans la liste noire de l’Union européenne pendant cinq années et l’acquisition des deux vieux quadrimoteurs A340 pendant la transition, ces deux avions sur cale pour lesquels Air France nous réclame encore plusieurs dizaines de millions de dollars.

Nous reparlerons de l’ouverture des frontières et de la relance d’Air Madagascar.

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