La Gazette de la grande ile

Erreurs de gouvernance : J’ai fait un rêve

Publié le 18 octobre 2021

Le gouvernement ne peut plus continuer comme si de rien n’était, comme si les énormes erreurs de gouvernance n’avaient pas aggravé la crise engendrée par le covid19, ou même comme si cette pandémie n’avait jamais existé. Les Velirano, énoncés bien avant cette crise, ne répondent plus aux préoccupations même les plus élémentaires de la population. Il est plus que temps que le gouvernement le reconnaisse sans ambages et redéfinisse les nouvelles priorités.

Lors des propagandes de la dernière élection présidentielle, le candidat n°13 a dit que tous les financements étaient déjà bouclés et n’attendaient plus que son élection pour leur déblocage. Force est cependant de constater qu’il n’en était rien. Ces promesses n’ont engagé que les électeurs qui y ont naïvement cru ! Cette pandémie n’a-t-elle pas été un “don de Dieu” qui a permis le déblocage de financements des bailleurs de fonds traditionnels comme la Banque Mondiale et le FMI, pourtant dédaignés par le candidat n°13 lors de son face-à-face avec le candidat n°25 ? Le Président ne l’a-t-il d’ailleurs pas reconnu à l’aéroport à son retour de Washington, en voulant même s’agenouiller après avoir reçu du FMI les 332 millions de dollars ? Cette manne tombée du ciel qui permettra enfin de faire quelque chose ces deux prochaines années à venir, revivifiant son espoir d’être réélu.

Déjà, pour certains projets, il a fallu effectivement taper dans la caisse de certaines sociétés d’Etat. Ainsi par exemple, le port de Tamatave, dont le président du conseil d’administration est le secrétaire général de la présidence, finance le projet présidentiel Miami. Notons au passage que le délai d’exécution prévu pour ce projet est de 5 mois, et le début des travaux, le 27 novembre 2020.  Presqu’une année plus tard, les travaux ne semblent pas près d’être réceptionnés.

Fin 2019, le gouvernement a pris la décision de reprendre à Air Austral le contrôle de la gestion d’Air Madagascar. Décision louable vu le caractère stratégique de cette compagnie à cause de notre insularité, tout comme Ravinala Airports. Mais en avoir pris le contrôle sans avoir pendant plus de 18 mois pris les mesures pour en faire un outil au service de l’économie malgache, c’est vraiment incompréhensible ! La crise du secteur du transport aérien était prévisible et visible. Toutes les compagnies aériennes comme South African Airways, Alitalia ou Air Mauritius, ont profité de cette crise pour se restructurer. Des gouvernements de pays capitalistes sont venus au secours de leurs compagnies aériennes. Pourquoi le gouvernement malgache ne s’est-il réveillé que maintenant pour prendre des mesures concernant Air Madagascar ? Sans doute parce que redresser cette compagnie nécessite des fonds importants, alors que les caisses de l’Etat sont vides, écrivions-nous dans un article précédent. Heureusement que l’allocation spéciale de DTS est déjà à la Banque Centrale, dixit le président. Il semblerait qu’on va louer des avions en ACMI (équipages compris donc) pour faire des vols vers Paris et la Réunion, et qu’on va réparer les A340. Nous osons espérer qu’il n’en sera rien, car ce financement du FMI serait du “Tantely antanam-boka”. Einstein n’a-t-il pas dit “La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent”.

Nous reprenons ici les propos de la conseillère municipale Hilda Hasinjo Ravelonahina, interviewée par Laetitia Bezain correspondante de RFI : «Il y a de plus en plus de bidonvilles, de mendiants, de personnes qui n’arrivent pas à mettre de côté au cas où ils seraient malades. Il y a des parents qui envoient leurs enfants faire la manche. À côté de cela, l’accès à l’eau potable et à l’électricité est encore problématique pour de nombreux ménages. On ne peut qu’être désolé et bouleversé par cette situation », dit-elle. Poursuivant : « Je ne fais pas partie de la classe aisée et je comprends très bien la situation. C’est pour ça que dans ma position actuelle de conseillère municipale, j’essaie de me battre pour plus de justice sociale, pour que la commune accorde plus de budget pour réduire cette misère et qu’elle se ressente un peu dans les foyers tananariviens. L’État donne beaucoup trop d’argent pour investir dans des infrastructures qui ne sont pas prioritaires. Par exemple, à Antananarivo, nous avons utilisé deux milliards d’ariary pour la création d’un jardin botanique en centre-ville alors que cette somme-là est l’équivalent du budget de fonctionnement de toute une région. »

Vous pouvez lire la totalité de l’article de RFI “Madagascar : Au bidonville La Réunion Kely, on vend des ordures pour survivre” sur le site https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211017-madagascar-au-bidonville-la-r%C3%A9union-kely-on-vend-des-ordures-pour-survivre

La mise en place du fonds de premiers soins d’urgence dans les centres de santé est un 1er pas dans le bon sens et nous en félicitons le président. Nous espérons seulement que ce ne sera pas un simple feu de paille et que les futures Lois des Finances verront inscrits les budgets pour ce fonds. La prochaine session parlementaire est une occasion pour le gouvernement de discuter des vraies priorités avec les représentants de la population. Jusqu’à renoncer à des projets comme le téléphérique, même si le financement est déjà acquis.

 Nous faisons notre, le discours du pasteur Martin Luther King  “J’ai fait un rêve”, et espérons que ce gouvernement saura corriger sa trajectoire pour le bien de la population.

La Gazette

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