La Gazette de la grande ile

Evaluation du Premier Ministre : Tic, tac, tic, tac … Le compte à rebours est enclenché

Publié le 20 octobre 2021

Madagascar ne possède que deux bateaux de surveillance, l’un pour le large et l’autre pour les zones côtières. On peut alors comprendre qu’il y ait des pêches illicites dans les eaux malgaches entraînant des manques à gagner importants en devises pour le pays.

En revanche, il est inacceptable qu’à l’heure actuelle, des conteneurs de produits halieutiques appartenant à 7 sociétés, soient bloqués à Mahajanga, faute du fameux Certificat d’origine et de salubrité (COS) à cause de la grève de l’Autorité Sanitaire Halieutique. Cet organisme se plaint de la non-validation par le gouvernement de son budget de fonctionnement. Cette situation est grave et risque d’entraîner un embargo de la part des autorités sanitaires des pays importateurs de l’Asie, l’Union Européenne et Américaine. Non seulement au détriment des opérateurs qui ont déjà souffert du covid19, mais également des réserves en devises du pays.

Dès février 2021, les aquaculteurs et pêcheurs s’alarmaient des défaillances dans la gouvernance du secteur, notamment le budget insuffisant alloué à l’Autorité sanitaire halieutique chargé de contrôler la qualité des produits exportés.  Ils dénonçaient “un pillage organisé” des ressources marines, “des pirates invités” et “des pêches privées opaques”. Des magouilles”, facilement vérifiables à l’aide de simples recoupements entre les données au niveau du secteur de la pêche et celles sorties au niveau des douanes, montrent des incohérences flagrantes.

Alors, après le fiasco de la campagne vanille, le secteur des exportations de crevettes, de langoustes, de crabes, bref des produits halieutiques, va-t-il être également la prochaine victime des défaillances de gouvernance de l’Etat ? Après cet important secteur, on se demande avec angoisse à quel secteur sera le prochain tour.

Le Président a parlé d’évaluation des ministres et des gouverneurs. Dans ce cas précis, qui faut-il blâmer ? Le ministre chargé de la pêche ? Le ministre chargé du budget ? Le premier ministre qui est le patron des deux ou tous les trois.

Justement, ce dernier a récemment dit “Ce ne sont pas les grèves qui forceront le gouvernement à accepter le règlement des réclamations de diverses corporations. L’Etat dispose des fonds nécessaires, et il est faux de dire le contraire. L’Etat doit d’abord vérifier les vraies priorités. Nombre de revendications ne sont pas justifiées et l’Etat n’accepte plus les détournements ni les sorties d’argent illicites”.

Les salaires de ces employés du centre national de production de matériel didactique (Cnapmad) qui viennent de rejoindre la grève du PAT de l’Université d’Antananarivo ne sont-ils pas une priorité pour ce premier ministre ? Qu’il s’agisse de salaires, de bourses, d’indemnités de correction de copies d’examen etc. le premier ministre ne les classe-t-il pas dans les premières priorités, s’agissant des moyens de subsistance des intéressés ? Pourquoi le premier ministre continue-t-il d’ignorer leurs demandes légitimes entraînant un soutien actif des étudiants qui désirent pouvoir enfin étudier ? Pourquoi ne pas avoir réglé les 40 milliards d’ariary dus aux pétroliers au lieu de recourir à une réquisition de Jovena pour la livraison de carburants à la Jirama ? Puis, ne se contredit-il pas lui-même en parlant d’une part de priorités, et d’autre part en disant que l’Etat a suffisamment de quoi payer ?  Et si détournements il y a depuis plusieurs années, a-t-il pris les mesures pour les faire cesser ? Ou bien, les caisses de l’Etat seraient plutôt vides contrairement à ses affirmations ?

Nous parlions hier de son passage à Ambahita commune rurale du district de Bekily, où sévissent avec l’aval de l’actuel gouverneur de l’Androy Dr Soja Lahimaro, des exploitants miniers asiatiques qui se terrent dans une véritable forteresse. Ces étrangers utilisent des engins et pelles mécaniques pour exploiter de l’or, de la labradorite, du vanadium et du quartz rose et causent d’énormes dégâts environnementaux sans que les autorités ne semblent trouver rien à y redire. La population était déçue de l’absence d’actions correctives concrètes de la part du premier ministre qui n’a même pas pris la peine d’en parler avec elle. Peut-être a-t-il oublié qu’il assure également l’intérim du ministre des mines et a plutôt préféré les honneurs des mondanités ?

En tout cas, s’agissant du gouverneur en question, la population espère ardemment en être débarrassée lors de la prochaine évaluation des notes des gouverneurs.

Quant au premier ministre qui a survécu aux précédents changements de gouvernement, il est le seul avec Mama sôsy à avoir gardé sa place et son titre. Avec ces bourdes successives et celles de Mama sôsy avec sa dernière indélicatesse vis-à-vis de la présidente des femmes journalistes et sa désinformation au sujet de l’accident d’un véhicule du cortège présidentiel, il est peut-être temps pour le Président Rajoelina d’arrêter de jouer avec le feu, écrivions-nous hier.

Il est encore temps pour lui de se séparer de ces deux boulets en profitant de cette session parlementaire qui s’est ouverte aujourd’hui. Se séparer du premier ministre est une manière élégante de se séparer par la même occasion de Mama sôsy sans avoir à la montrer du doigt, ce qui aurait été le cas s’il se sépare de la seule Mama sôsy. Nicolas Sarkozy a gardé pendant tout son mandat son premier ministre François Fillon. Il n’a pas été réélu. L’histoire est un éternel recommencement !

Le compte à rebours est bien enclenché ! Il ne lui reste plus que deux années avant sa démission s’il compte se représenter.

“Antsibe atsipy amin’ny manam-panahy, ka raisin’ny ampy saina”, autrement dit “A bon entendeur, salut”.

La Gazette

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