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Jirama : La Transition et ses effets boomerang sur le gouvernement actuel

Publié le 25 octobre 2021

Pendant la révolution socialiste, certains mois, les salaires des fonctionnaires étaient financés par les bons du trésor souscrits par la Jirama à l’aide de son excédent de trésorerie. C’était aux temps de la splendeur de la Jirama avec des ingénieurs de haut niveau, la construction des barrages de Namorona et d’Andekaleka.

Vint ensuite l’éphémère transition de M. Norbert Lala Ratsirahonana qui a fait sien le processus de désengagement de l’Etat des secteurs productifs imposés par la Banque mondiale et le FMI. Malgré cela, la forte résistance des syndicalistes de la Jirama a permis à l’Etat de différer la privatisation de la Jirama.

A son arrivée au pouvoir, Ravalomanana a lancé un appel d’offres international pour un contrat de gestion au lieu d’une privatisation de la Jirama. Sa francophobie manifeste l’a amené à choisir, au détriment du Français EDF pourtant mieux disant au regard des termes du cahier des charges, la firme allemande Lahmeyer International. Même si cette dernière était empêtrée dans une sombre affaire de corruption au Lesotho. Les rémunérations astronomiques du DG canadien avaient fini par écœurer les cadres malgaches et les meilleurs d’entre eux n’ont eu aucune difficulté à trouver des postes beaucoup mieux rémunérés à l’international ou dans des sociétés privées.

Nommé en 2009 Ministre de l’énergie pendant la transition, M. Jean Rodolphe Ramanantsoa annonçait la décision du conseil des ministres d’avril 2009 de baisser de 10% les tarifs de la Jirama. Il disait alors que “On a de la marge pour aller jusqu’à moins 20%, mais il faut tenir compte de certaines prévisions. D’autant plus que la Jirama disposait d’un fonds de réserve de 85 milliards d’ariary”. Selon ses prévisions, une baisse des tarifs sera rapidement compensée par une hausse de la consommation grâce à la reprise des branchements de nouveaux clients.

Cependant dès mars 2012, le gouvernement de la transition est rattrapé par les réalités et a dû ravaler son populisme, reprendre pieds sur terre et prenait la décision de relever de 18% le tarif de ceux consommant plus de 25KWH. C’était le début de la descente aux enfers de la Jirama, dont elle a grand-peine à se relever jusqu’ici.

Le recours à des contrats léonins avec des partenaires privés pour investir dans le montage de centrales thermiques à coûts d’exploitation élevés obligeait la Jirama à revendre l’électricité à un prix inférieur à celui auquel elle achète à ces opérateurs privés.   Ce qui a fini par déséquilibrer totalement la trésorerie de la Jirama, nécessitant une subvention massive de l’Etat (580 millions de dollars de 2008 à 2018 selon un rapport de la BAD).

C’est durant cette période de transition que de grosses magouilles ont eu lieu et de grosses fortunes se sont faites, aboutissant à la condamnation par la justice de quelques lampions.

L’audit de ces contrats abusifs a amené la Banque Mondiale à recommander leur renégociation.

En 2012, la société Verizone a proposé la mise en place d’une centrale à charbon à Toamasina ainsi que la construction d’une ligne d’interconnexion avec Antananarivo. Le dossier est malheureusement resté dans les placards de la transition.

Ambatovy utilise pour son site de Moramanga une centrale au gas-oil. Elle a proposé un partenariat à la Jirama, la réalisation à sa propre charge des travaux et la maintenance d’une ligne de transport à partir de leur centrale à charbon de Toamasina. La Jirama pouvait utiliser cette ligne pour l’interconnexion des réseaux d’Antananarivo et de Toamasina. Ce projet qui a du sens n’a jamais reçu non plus de réponse positive de la Jirama.

Par ailleurs, la Banque Mondiale recommandait un nouveau système de tarification appelé OPTIMA qui apportait un changement radical au système de tarification en vigueur. En janvier 2021, Rajoelina poussé par son populisme habituel  rejetait publiquement “En tant que président de la République, mon rôle est de défendre l’intérêt de la population”, disait-il.  Il interpellait alors le DG Vonjy Andriamanga en lui enjoignant de rectifier dans les 48 heures les factures exorbitantes dues à ce nouveau système de tarification OPTIMA.

La Directrice des opérations de la Banque mondiale pour les Comores, Madagascar, Maurice et le Mozambique s’est alors fendu d’un blog “Le tarif OPTIMA, un premier pas nécessaire et urgent vers une tarification plus juste et soutenable”. Et elle “d’expliquer comment la nouvelle structure tarifaire, si appliquée, va contribuer à redresser l’équilibre financier et opérationnel de la Jirama, améliorer la qualité des services de fourniture de l’électricité, rétablir l’équité sociale et élargir l’accès d’un plus grand nombre de Malagasy à l’électricité” ! Les principales caractéristiques de cette tarification OPTIMA sont :

– Une baisse tarifaire pour 77% des clients de la Jirama, représentant plus de 455 000 foyers, dont 100% des clients appartenant à la classe moyenne et population vulnérables ;

– Un tarif social à travers une baisse généralisée jusqu’à 15% du prix de l’électricité pour les classes les plus défavorisées  sur tout le territoire ;

– Pour les régions, une péréquation pour garantir les mêmes tarifs sociaux et économiques partout, et une baisse allant jusqu’à 26% pour tous les foyers consommant moins de 130kWH/mois ;

– une réduction significative des subventions au profit des grands consommateurs les plus nantis de la Jirama. (C’est à se demander pour quelle frange de la population le Président roule).

“Vous convenez avec moi que le système de tarification actuel est inacceptable”, conclut-elle.

Parallèlement, elle envoyait le 16 février 2021 une lettre au Ministre de l’Economie et des Finances menaçant le gouvernement, en cas de non application de la nouvelle tarification OPTIMA, de ne pas mettre en vigueur une aide budgétaire de 75 millions de dollars et d’annuler la présentation au conseil d’administration de la Banque un programme de 400 millions de dollars pour la Gouvernance des Infrastructures et Connectivité Vitale.

Le chantage au financement a fonctionné, le nouveau système de tarification finalement appliqué et le DG Vonjy Andriamanga remercié.

Les projets de barrage Sahofika de 205MW et de Volobe de 120 MW  ont déjà été signés et complètement financés du temps de Rajaonarimampianina, n’ont pas été mis en œuvre jusqu’ici. Les ambassadeurs de France, de la République fédérale d’Allemagne et de l’Union Européenne, s’inquiétaient par une lettre du 28 juin 2021 au Premier Ministre, des retards sur ces deux importants projets hydroélectriques. Une partie des financements de ces projets proviennent de fonds de l’Union européenne et risquaient d’être perdus s’ils ne sont pas utilisés avant fin 2022.

Volobe produira annuellement 750 GWH, représentant 40% de la production électrique annuelle de la Jirama et Sahofika 1650 GWH soit plus de 80% de la production actuelle, les deux projets produisant au total 2 400 GWH.

Selon un rapport de la BAD, le prix cible de cession de l’électricité est environ de 7 centimes d’euros/KWH, et les coûts moyens  actuels de production de la Jirama de 26 centimes d’euros/KWH. Le prix de vente moyen aux clients de la Jirama de 14 centimes d’euros/KWH.

Les deux années perdues causées par les tergiversations et atermoiements -pour ne pas dire autre chose-du gouvernement actuel font perdre à la Jirama 19 centimes d’euros/KWH et auront coûté à la Jirama environ 182 millions €. Autant de subventions à ne pas allouer à la Jirama et permettant une meilleure allocation des dépenses publiques.

Lors de la célébration le 21 octobre 2021 à Anosy de la Journée Mondiale pour l’Energie, le Ministre de l’Energie a enfin semblé sous-entendre qu’une décision définitive sera incessamment prise concernant ces deux projets structurants. Fasse le ciel que ce ne soit plus lettre morte cette fois et que le Ministre garde en tête les 45 millions €, soit 52 millions de dollars qu’il fait perdre à la collectivité pour chaque année perdue à cause de l’indécision avant le début des travaux.

La Gazette

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