La Gazette de la grande ile

ITG : dénonciations absurdes par les églises

Publié le 26 octobre 2021

La proposition de loi sur l’Interruption Thérapeutique de Grossesse (ITG) présentée par la députée indépendante Masy Goulamaly fait débat.

D’un côté, les partisans à l’ITG soutiennent que celle-ci diffère de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). En ce qui concerne une IVG, une femme stoppe une grossesse qu’elle ne le désire pas ou qu’elle ne le souhaite plus pour mille raisons personnelles (viol, séparation avec le conjoint, mise au chômage…). Dans le cas d’une ITG, la décision de ne pas poursuivre la grossesse résulte d’une décision judiciaire et d’un avis médical (malformation du fœtus, incapacité mentale ou mise en danger de la mère…), d’où l’adjectif thérapeutique.

D’un autre côté, les détracteurs de l’ITG considèrent qu’il s’agit d’une IVG déguisée qui ne dit pas son nom. Ils s’insurgent contre la légalisation d’une pratique barbare qui porte atteinte à la vie, laquelle est sacrée. L’ECAR (Eglise Catholique) et la FJKM (Eglise Protestante) sont en première ligne pour protéger et revendiquer le droit à la vie.

N’en déplaise aux hommes d’église, il convient de soutenir l’initiative courageuse et lucide de la députée Masy Goulamaly pour quatre raisons. Tout d’abord, la distinction entre IVG et ITG est très claire. Il faut faire confiance à la relation entre la patiente et son médecin, d’autant plus que l’ITG exige une décision judiciaire préalable. Ensuite, Madagascar ne peut pas faire la promotion de l’égalité entre l’homme et la femme, tout en empêchant celle-ci de disposer librement de son corps. Les opposants à l’ITG nagent dans une contradiction flagrante. Aucune femme n’avorte de gaieté de cœur. En outre, les églises n’ont pas à s’immiscer dans les affaires relevant de la sphère privée. Elles doivent respecter le principe de laïcité inscrit à l’article 2 de la Constitution. Enfin, les églises n’ont pas le monopole de la morale. Elles devraient commencer par condamner les prêtres et les pasteurs qui se livrent en toute impunité à des actes pédophiles sur des mineurs.

En vérité, les chefs religieux visent deux objectifs. En premier lieu, l’Eglise Catholique a besoin de redorer son image après l’implication d’Odon Razakonolona dans le récent complot contre plusieurs hautes personnalités. En second lieu, à l’approche des élections présidentielles, l’Eglise Catholique et l’Eglise Protestante veulent revenir sur le devant de la scène pour démontrer qu’elles pèsent toujours sur la vie politique.

Phil de Fer

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