La Gazette de la grande ile

Aviation : “Ces coûteux Airbus qui ont plombé Air Madagascar”

Publié le 26 octobre 2021

Nous empruntons ce titre de l’article de notre confrère Le Monde paru le 30 octobre 2019, que vous pouvez consulter sur (https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/30/ces-couteux-airbus-qui-ont-plombe-air-madagascar_6017451_3212.html ).

L’épisode allemand Lufthansa consulting pour Air Madagascar et Lahmeyer International pour la Jirama a vu les meilleurs cadres des deux sociétés quitter ces compagnies. Ils n’ont d’ailleurs eu aucun mal à se reclasser à l’International ou dans le privé. La formation de la relève n’a malheureusement pas été assurée ni à la Jirama ni à Airmad. Malgré cela, la Transition a décidé de nommer à la tête d’Airmad un Malgache pour remplacer le DG allemand. Après une série d’avaries techniques qui ont entaché sa réputation et provoqué le contrôle des instances européennes de l’aviation civile, Madagascar fut placée en avril 2012 sur la liste noire de l’Union européenne et ne put en sortir que mi-juin 2016. 4 années qui ont coûté très cher à Airmad qui n’avait plus l’autorisation de voler en Europe avec des avions immatriculés à Madagascar, l’obligeant à utiliser jusqu’en 2020 des équipages étrangers avec les coûts y afférents.

Pour sortir de cette impasse, Rajoelina achète donc en 2012 pour Airmad en location-vente à Air France deux A340 d’occasion, le 1er sorti d’usine en 1998 pour 28,5 millions de dollars et le 2ème sorti en 2000 pour 38,5 millions de dollars, soit une moyenne de 33 500 dollars par avion. Ne pouvant plus vendre ce quadriréacteur A340 très énergivore face au biréacteur plus économique Boeing 777, Airbus a dû prendre en 2010 la décision d’en abandonner la production. La conséquence immédiate de cet arrêt de la production, c’est le renchérissement des coûts des pièces de rechange d’une part augmentant ainsi les frais de maintenance, et surtout la diminution drastique de la valeur résiduelle des A340 à la revente d’autre part. C’est ainsi par exemple qu’à la même période, 4 Airbus A340 d’Olympic Airways d’âge équivalent ont été cédés au broker américain Apollo Aviation pour une somme totale de 40,5 millions de dollars, soit une moyenne de 10 millions de dollars par avion. Même en supposant que les A340 d’Air France étaient mieux équipés que ceux d’Olympic Airways, cela ne pouvait selon les spécialistes justifier en aucun cas une telle différence de prix trois fois plus cher.

Nos acheteurs malgaches ont été soit des piètres négociateurs soit de vrais naïfs ! Les deux, mon Général, diront certains ! Et c’est Air Madagascar qui en paie encore le prix jusqu’à présent.

Les paiements mensuels intérêts compris s’élevaient respectivement à 350 000 dollars et à 475 000 dollars. D’une pierre, Air France fait deux coups : d’un côté elle fait d’énormes bénéfices, de l’autre elle affaiblit un concurrent.

Vous verrez dans la vidéo ci-après quelques responsables de l’acquisition de ces A340, grâce à notre confrère Jeannot Ramambazafy : https://youtu.be/FjHYVT5VmSo

Si ce contrat de location-vente devait aller à son terme, Air Madagascar aura payé à Air France près de 100 millions de dollars, intérêts compris. En appel, dans le litige Air France/ Airmad, le tribunal de commerce de Paris a recommandé le recours à un arbitrage. Espérons qu’une décision plus favorable à Airmad en sortira et lui enlèvera cette épée de Damoclès.

Telle est la coopération avec “Reny malala”, comme celle du cheval et du cavalier.

L’histoire semble être un éternel recommencement et les projets Téléphérique semblent en effet être de la même veine : endetter un peu plus Madagascar via un projet budgétivore qui n’arrivera jamais à s’auto financer. D’autant plus qu’il semblerait que ce soit la société française Transdev qui serait chargée d’en assurer l’exploitation, en prélevant bien entendu sa dîme au passage.

Quant au projet Mandraka III, des ingénieurs de la Jirama affirment que le coût de ce projet est le double de ce qu’il devrait être. D’autant plus qu’il s’agit d’un branchement en amont du barrage actuel, nécessitant relativement beaucoup moins d’investissements. Sans doute, ce projet a été décidé pour accompagner celui du téléphérique, afin d’éviter les critiques éventuelles :  Les besoins du téléphérique ne mordraient pas sur ceux des clients actuels de la Jirama qui ne cessent déjà de subir des délestages successifs.

Touchons du bois ou croisons les doigts !  Espérons que le programme Emergence sera un tel succès d’ici 2023 que les Malgaches auront suffisamment de quoi satisfaire leurs besoins primaires et que leur niveau de vie s’élèvera à un niveau leur permettant d’emprunter de temps en temps ce téléphérique. Ne serait-ce que le temps d’un weekend pour distraire les enfants ?

Malgré tout, le “Minoa fotsiny ihany” ne fonctionne plus et la population reste sceptique et semble résigné sur son sort. Jusqu’à quand ?

La Gazette

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