La Gazette de la grande ile

L’Etat complice de QMM ? : Empoisonnement de la population

Publié le 04 novembre 2021

Notre livraison du 20 août 2021 parlait de la «Convention d’établissement » régissant la QMM, signée le 12 février 1998 pour une durée de 25 ans, et expirant donc en 2023. Elle dérogeait à des textes législatifs et réglementaires en vigueur et octroyait à QMM de nombreux avantages. L’Etat Malgache possède 20% du capital de QMM et a dit vouloir procéder à un audit des comptes de QMM.

Le conseil des ministres du 10 février 2021 a décidé la mise en place d’un groupe de discussions QMM/Etat Malagasy, en vue de définir notamment le régime fiscal et douanier applicable à QMM à partir de 2023, lequel à notre avis devrait maintenant rentrer dans le régime du droit commun.

QMM rejette des eaux usées contenant de l’uranium, du plomb, du cadmium et de l’aluminium dans les lacs et rivières où les populations locales pêchent et prennent de l’eau pour leurs besoins quotidiens. En avril 2021, le rapport du Dr Emmerman confirmait que l’eau rejetée par QMM contient à certains endroits plus de 40 fois pour le plomb et 50 fois pour l’uranium, des limites autorisées par l’OMS pour l’eau potable. Ce rapport soulignait également que QMM enfreint la règlementation malgache en rejetant des eaux dont les niveaux de cadmium et d’aluminium dépassent les limites légales. Selon ce rapport, les comportements de QMM démontrent clairement qu’ils sont parfaitement conscients de ces problèmes, comme l’ont souligné plusieurs organisations de la société civile.http://www.andrewleestrust.org/blog/wp-content/uploads/2021/05/ALT-UK-Evaluation-of-QMM-_Wastewater_Discharge_by-Dr-S-Emerman-2021.pdf

Le 30 octobre 2021, des associations de communautés des villages autour de QMM ont manifesté. Ils réclamaient à QMM des compensations suite à cette pollution et à la destruction de leurs sources de revenus et ont bloqué des camions de QMM. Deux meneurs ont été arrêtés et placés en garde à vue.

Le médecin envoyé par la famille pour constater l’état de ces deux meneurs n’a pas reçu l’autorisation de les voir et ils n’ont pas non plus été autorisés à aller à l’hôpital.

Le matin du 2 novembre, les deux détenus devaient être présentés au parquet de Fort-Dauphin. Les responsables leur ont fait effectuer le trajet entre la gendarmerie et le tribunal dans une des rues les plus fréquentées de la ville, à pied, menottés ensemble et encadrés par des gendarmes comme des criminels. Les passants se sont arrêtés pour les regarder. Ceux qui tenaient à garder une preuve de cet acte d’humiliation, ont vu leurs appareils photos et Smartphones confisqués par les forces de l’ordre. Néanmoins, quelques personnes qui ont fait preuve de discrétion, ont réussi à prendre des photos et vidéos. Heureusement, ils ont bénéficié de la liberté provisoire en attendant une audience du tribunal à la fin novembre.

Selon le Dr Emmerman, il y a une asymétrie de pouvoir entre QMM et les communautés villageoises, laquelle n’est pas compensée par les autorités locales trop corrompues. Ce que ces arrestations confirment.

L’Etat ne devrait-il pas plutôt être derrière la population et défendre ses intérêts face à QMM ? En tout cas, avant toute négociation, l’Etat devrait imposer préalablement à QMM de trouver une solution durable à cette pollution, ainsi qu’une compensation pour les communautés villageoises concernées.

Il en est de même pour le projet Base Tuléar. Il faudrait voir la source de l’eau utilisée ainsi que le rejet des eaux usées. Combien de millions de mètres cubes d’eau seront utilisés et comment les compenser compte tenu de la rareté de l’eau dans cette région ?

L’Etat devrait soutenir les lanceurs d’alerte et non les décourager en les faisant arrêter et en les mettant en garde à vue. Ne nous trompons pas d’adversaires et demandons-nous qui est le vrai ennemi du peuple ? Les élections sont proches et QMM ne vote pas !

 Quant à l’audit mené par l’Etat, il devrait se concentrer sur les prix de cession de l’ilménite par rapport au prix international.

La Gazette

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