La Gazette de la grande ile

COP 26 – Demande d’aide : Agir avant de quémander

Publié le 09 novembre 2021

Lors de son discours à la COP 26, le président Rajoelina a plaidé pour l’utilisation de réchauds à base de bioéthanol et de biogaz pour équiper 5 millions de ménages, à la place du charbon de bois afin de préserver la forêt malgache. Dans ce cadre, le besoin de financement de Madagascar pour la production et la vulgarisation du bioéthanol et du biogaz s’élèverait à 100 millions de dollars.

Le président n’a pas détaillé comment ces ménages, en particulier ceux qui vivent dans les campagnes, trouveraient l’argent pour acheter l’alcool. Certes, en mars 2019, la première dame a bien posé à Ambilobe la première pierre de l’usine de production d’éthanol et inauguré un point de vente d’éthanol et de réchauds. « Et si l’éthanol n’était que bobard », écrivions-nous dans notre numéro du 08 juillet 2021, car jusqu’à présent, ce projet censé démarrer en décembre 2019, semble promis aux oubliettes comme la plupart des promesses vides de Rajoelina.

Africa Intelligence a soulevé la semaine dernière : “Rajoelina en quête de financements pour les œuvres de la première dame”. Quel mélange du genre exposé au monde entier ! Rajoelina essaierait de profiter de cette COP26 pour relancer les activités de sa femme Mialy qui avait été élue en février 2019 présidente du PAESFA (Pan African Ethanol Stoves and Fuel Alliance) : une association panafricaine qui lutte pour la préservation de l’environnement et l’usage du biogaz et de l’éthanol en Afrique.

Tout comme il l’a fait lors du lancement du CVO où il a milité pour la culture de l’artemisia qui serait plus rentable que le riz selon ses propos, puisque selon lui il faut deux années pour produire du riz ! A la place du riz et d’autres productions locales, il a d’ailleurs promis l’arrivée de vingt bateaux. Il faut reconnaître qu’il n’a pas donné de délai et que son mandat ne se terminera que dans deux ans. Espérons que ce ne soit pas encore un autre “Andraso eo i Paoly” (traduction libre : “et mon œil, ou quand les poules auront des dents”).

Un seul mot, un seul geste, la volonté suivie d’actions changera les choses.

Quel beau discours du président ! Depuis quelques jours, les pics de pollution se multiplient à Antananarivo et un nouveau record de la pollution de l’air vient d’être enregistré vendredi dernier avec un taux de particules fines 9 fois supérieur aux normes OMS.

Quand l’ONE va-t-il enfin prendre des mesures à l’encontre de l’usine J.R.Métaux MG Sarlu,  juste en face d’Analamanga Park ? Cette unité n’arrête pas de polluer l’atmosphère, les cours d’eau environnants et cause des maladies aux poumons de la population du village. D’ailleurs, le ministère du travail ferait également bien de contrôler la régularité des travailleurs de cette usine.

Quelles actions après avoir parlé de l’idée d’utiliser de drones pour semer des graines ? Cela va-t-il encore rester simplement au stade de bonnes intentions ? La délégation malgache a-t-elle seulement profité de son passage au Royaume Uni pour avancer dans ce projet ? Un ancien ingénieur de la NASA, Lauren Fletcher, lutte contre la déforestation avec ses drones bombardiers de graines dans sa startup Biocarbon Engineering basée du côté d’Oxford. Il a déjà mené des tests réussis en Birmanie et en Australie (https://dendra.io/ ). Une présentation a été faite lors de la COP 26.Y assister aurait certainement été instructif. Et on aurait pu essayer de trouver le financement d’un test grandeur nature de cet ensemencement par drones. Là, on se serait adressé d’ailleurs à un vrai cerveau !

D’autre part, pourquoi ne commençons-nous toujours pas les barrages de Volobe et de Sahofika ? Rappelons que ces deux barrages sont censés produire annuellement 2400 millions de KWH, et que selon une étude de la BAD, la Jirama perd 19 centimes d’euros par KWH. Le manque à gagner annuel pour la Jirama est donc de 456 millions d’euros ou 527 millions de dollars. Les deux années de retard ont déjà coûté au pays plus d’un milliard de dollars.Nous implorons le gouvernement “d’avoir la volonté suivie d’actions” et de prendre enfin les mesures nécessaires au démarrage immédiat de la construction de ces barrages. Nous n’avons que trop tardé et chaque jour qui passe coûte au pays 1,4 millions de dollars. Cette non-décision du gouvernement est vraiment incompréhensible, à moins que d’autres intérêts supérieurs nous échappent.

Enfin, Ambatovy a besoin de 80 MW pour faire fonctionner son unité de lixiviation à Toamasina. Ils utilisent une centrale thermique fonctionnant au charbon, équipée de 3 chaudières. Cette centrale à charbon la plus polluante de tous les types de centrale est gérée par la société sud-coréenne KEPCO  et a une capacité totale de 120 MW, d’où un excédent de production de 40 MW qui pourrait être utilisé pour les besoins de Tamatave à un coût moindre que l’énergie produite par la Jirama, en attendant l’interconnexion avec Andekaleka. Tamatave souffre déjà de la pollution par la centrale à Charbon. Qu’elle puisse au moins bénéficier d’une énergie moins coûteuse. Puis l’Etat devrait faire payer par Ambatovy une taxe pollution, au moins équivalente au prix du CO² qu’ils génèrent.

Comme nous parlons de Tamatave, le député Roland Ratsiraka a lancé hier une alerte, concernant la construction en cours d’un pipeline devant acheminer de l’huile du port de Tamatave au site de l’huilerie HITA. Construction, semble-t-il, qui n’aurait reçu ni l’autorisation de la mairie, ni une évaluation positive de ses impacts environnementaux. L’ONE et la mairie devraient s’y pencher très rapidement.

La Gazette

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