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Affaire SMMC Rinah Rakotomanga et lanceurs d’alerte : A quand la fin de l’impunité ?

Publié le 17 novembre 2021

Ravo Nambinina Ramasomanana a dénoncé des abus et faits de corruption perpétrés au ministère de la Santé publique, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Il a même déposé plainte auprès du Pôle anticorruption pour faux, usage de faux et détournement de deniers publics. La réaction de l’Etat fut de se constituer partie civile contre lui et de le poursuivre pour atteinte à la sécurité publique, incitation à de troubles graves, provocation à la haine envers le gouvernement, incitation à enfreindre les lois. L’audience qui a duré 30 minutes s’est tenue lundi et a été très suivie par la presse et les organisations de défense des droits de l’homme. Le représentant de l’Etat, interrogé par l’avocat de l’accusé, reconnaît que l’Etat n’a pas encore diligenté d’enquêtes pour vérifier ces allégations, mais qu’il va le faire ! En revanche, Transparency International a étayé lesdites dénonciations après avoir mené ses propres investigations dont les résultats ont été publiés sur le site : https://malina.mg/fr/article/centre-de-transplantation-renale Verdict attendu dans 2 semaines.

Le monde à l’envers, diriez-vous ? L’Etat, victime de détournements de deniers publics, au lieu de poursuivre les vrais responsables de ces magouilles, poursuit plutôt celui qui les a dénoncées. De quoi intimider et décourager les lanceurs d’alerte ! Selon les organisations de la société civile (OSC), ce harcèlement par l’Etat est loin d’être un cas isolé. Elles rappellent ainsi le cas du militant écologiste Raleva qui a manifesté avec la population locale pour protester contre les activités aurifères d’une société chinoise à Mananjary ou celui de Clovis Razafimalala militant contre le trafic illégal de bois de rose. Ce dernier a reçu en 2018 le prix allemand de défenseur de l’environnement pour l’Afrique et a été condamné à 5 ans de prison avec sursis après avoir passé dix mois en détention préventive. Ravo Ramasomanana, lui, risque également jusqu’à 5 ans de prison.

A quand la fin de l’impunité ? Notamment à l’encontre de ceux qui tirent profit de leur position pour se faire attribuer par l’Etat ou ses sociétés, des avantages illicites, comme notamment dans ce qu’on appelle l’affaire SMMC Rinah ?

Les faits :

Malgré des pressions en « haute sphère », l’IGE (Inspection Générale de l’Etat) a mené auprès de la SMMC (Société de Manutention de Marchandise Conventionnelle) des contrôles sur trois marchés publics d’un montant de plus d’1 milliard ariary. Le chargé d’études et de suivi-contrôle de travaux a reçu comme instruction du DAF (Directeur administratif et financier) de remettre le dossier d’appel d’offres de ces trois marchés et de les attribuer à la société MITEA, à qui il appartient de trouver d’autres candidats servant de concurrents. Il semblerait que ce soit une pratique courante de ce DAF.

Dans le cas de ces trois marchés, il a été vérifié que deux entreprises ont bien été utilisées en guise de “KALY” ? Il s’agit d’une manœuvre frauduleuse, en complicité avec l’attributaire désigné du marché. Elle consiste à présenter des dossiers fictifs de soumission de deux ou plusieurs prestataires pour faire croire que la procédure de mise en concurrence a été respectée.

Le DG de MITEA, M. Rakotolahy Hentesoa Fabrice, n’a pas répondu à deux convocations de l’IGE. C’est Mme Rinah Rakotomanga, directrice de la communication de la présidence, qui s’est présentée à l’IGE et a affirmé et confirmé par procès-verbal être la propriétaire de la société MITEA. Elle a promis d’apporter des éclaircissements sur cette affaire, mais elle ne s’est plus jamais manifestée.

Concernant ces trois marchés, l’IGE a toutes les preuves de faux et usage de faux sur la constitution de dossiers fictifs de candidature de deux entreprises qui ont servi de candidats fictifs à ces marchés.

Vous pouvez télécharger le rapport de l’IGE n°1006-TVX/DGIGE/SCL du 1er avril 2021 (et ce n’est pas un poisson d’avril !) sur : https://ti1ca.com/0e1w48tl-SMMC-RINAH-SMMC-RINAH.pdf.html .

Tout d’abord, il convient de féliciter l’IGE pour avoir osé passer outre les pressions des « hautes sphères » et mis au grand jour ces magouilles.

“Pour redorer le blason de la justice : Imbiki Herilaza ne rigole pas” titrait la Gazette du 29 octobre 2021. Lors de sa rencontre avec les membres de l’association « Justice et Paix », ce Ministre a dit vouloir accélérer les affaires judiciaires et la mise en place de l’Etat de droit qui tarde.

Continuant ses visites sur le terrain, il est à Toamasina et a commencé par une visite de la prison.

Il aura certainement à cœur de profiter de son passage pour faire avancer ce qu’on appelle l’affaire « SMMC Rinah ». D’autant plus qu’il avait été nommé en octobre 2019, Président du conseil d’administration de SMMC, même s’il a probablement dû démissionner de ce poste entre temps.

Dans un Etat de droit, pas d’impunité ni de deux poids deux mesures. Ouverture rapide d’enquêtes et poursuite des vrais coupables ! Les contribuables à travers l’Etat actionnaire unique de la SMMC, sont la 1ère victime de ces magouilles et La Gazette ose espérer ne pas avoir à subir le sort réservé jusqu’ici aux lanceurs d’alerte. Mais si tel est le cas, la « Vérité imprimée » y fera face.

La Gazette

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