La Gazette de la grande ile

Ravinala Airports : Nouveau visage de la colonisation

Publié le 18 novembre 2021

“J’ai 67 ans et j’ai fait toute ma carrière à Paris. Je suis rentré à Madagascar il y a 5 ans pour servir le pays”, disait le ministre étranger aux affaires en septembre dernier.Servir le pays (pas mon pays !), une fois poussé à la retraite dans l’autre pays ! Il s’est dit loyal à l’égard du pays où il travaille (la France une quarantaine d’années, et Madagascar 5 ans !) même s’il ne nous semble d’abord loyal qu’envers ses propres intérêts du moment. Il fut un temps où il faisait une cour assidue auprès de « cravates bleues » du HVM, puis beaucoup de lobbyings en faveur d’entreprises privées se vendant et vantant ses connexions à travers son cabinet de communication prince « Patrick Rajoelina International Network & Communication ».

La nouvelle Constitution de 2010, à la rédaction de laquelle il a participé, a supprimé l’anglais comme langue officielle et ne mentionnait plus que le malgache et le français, et soulignait déjà son penchant (naturel) pour la France. Comment cependant comprendre ses petites annonces pour le recrutement d’ambassadeurs, dans lesquelles il n’exige pas parmi les qualités requises la pratique du malgache qui est une des deux langues officielles, mais plutôt de l’anglais en plus du français ? Une insulte et rien que du mépris !

En tout cas, depuis sa nomination comme ministre étranger aux affaires, le rapprochement avec la France saute aux yeux : d’abord la visite du président Rajoelina à l’Elysée, suivie de la rencontre des entrepreneurs francophones et du patronat français du Medef. Depuis, embauche du cabinet français Rothschild & Co au sein duquel avait travaillé Macron qui le lui a peut-être suggéré. Signature du contrat pour le barrage de Sahofika qui végétait sur place depuis trois ans. L’édition du 16 novembre 2021 d’Africa Intelligence annonce la fin des hostilités avec Ravinala Airports et la négociation d’un compromis initié en juin 2021. On n’en connaît pas les détails, mais le peu révélé par Africa Intelligence interpelle.

Seule MGH détient actuellement un agrément de l’ACM pour le handling, alors que Ravinala Airports prétend accaparer le maniement des passerelles qui fait partie de l’activité handling. Jusqu’à quand l’ACM tolérera-t-elle cette entorse à la réglementation ?

Un traitement particulier serait réservé à la dette d’Air Madagascar, alors que cette dernière fait l’objet d’une procédure collective d’apurement du passif. Dans ce cas, il y a obligatoirement un traitement égalitaire de tous les créanciers d’Airmad.

Enfin, on ne parle pas de la baisse des taxes qui sont trop élevées et rendent la destination Madagascar non compétitives face à la Réunion ou à Maurice. Garder les taxes à ce niveau aura pendant 28 ans des impacts sur la cherté des tarifs du transport aérien, d’autant plus que Ravinala persiste à ne pas les facturer en ariary, contrairement à la législation.Une entorse de plus à la réglementation ! Et la perte de souveraineté durerait 28 ans.

En résumé, nouvelle lune de miel avec la France ! Est-ce une simple coïncidence avec l’arrivée de notre ministre étranger aux affaires ? Il a bien parlé de diplomatie économique et de patriotisme. Il est bien patriote, mais tant pis pour vous si vous avez compris patriotisme au profit de Madagascar !

Quant aux petits commerçants malgaches qui ont trimé bon an mal an plus d’une quarantaine d’années en zone sous douane, nous ne voulons pas être complices de Ravinala qui les compte comme quantité négligeable et les évince sans autre forme de procès, ni aucune indemnisation, au profit de nantis étrangers nouveaux venus !

Mais vous Monsieur le Président, même si vous portez le même nom que ce ministre, même si on dit que vous avez également la double nationalité comme lui, vous avez toujours travaillé à Madagascar, vous parlez malgache, vous êtes monté par la force du poignet comme ces commerçants, vous connaissez ce qu’ils vivent actuellement. Qui va défendre ces petits David contre ce Goliath ? S’il vous plaît M. Le Président, aidez-les à préserver le peu de moyens de subsistance qu’ils ont réussi si durement à construire.La conférence des évêques ne vous a-t-il pas adressé un message, à vous les autorités de ce pays, vous priant de chercher continuellement les moyens de fournir du travail durable et rémunérateur à la population ? Et votre discours lors de la visite papale : “Je ressens et j’ai vu la souffrance de mes concitoyens, je les ai entendus et je les ai écoutés. Cela m’a fendu le cœur ; cela a secoué mon âme. Et je leur ai promis que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils croient à nouveau au destin de Madagascar ; qu’ils soient fiers de leur terre et de ce qu’ils sont. Je vais tout faire pour offrir un meilleur avenir aux Malagasy qui, depuis tant d’années, ont souffert de la pauvreté, de l’injustice, de la partialité et de l’abandon. Telle sera ma tâche, telle est ma mission. Et devant vous, Saint Père, avec humilité et déférence, je renouvelle ce serment.”

Les Malagasy n’ont personne sur qui compter autre que vous M. Le Président. Ne suivez pas aveuglément les conseils de votre homonyme.

Le caractère stratégique de nos deux premières portes d’entrée aérienne n’est plus à démontrer, vu les derniers événements sur les diverses exportations (illicites ou illégales) de nos richesses qui y transitent. Sans parler du vol et sécurité, concernant les trafics éventuels d’armes. Malheureusement, à cause de la francophonie, Madagascar a renoncé à sa souveraineté sur ces aéroports en annulant les contrats de coopération Adema/Chinois qui laissaient à Adema le contrôle de ces aéroports. Les intérêts supérieurs de la Nation exigeraient, selon nous, la reprise du contrôle de la gestion de ces aéroports, voire leur renationalisation pure et simple.

La Gazette

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