La Gazette de la grande ile

Gouvernance à Madagascar : Covid et Economie

Publié le 19 novembre 2021

“Si tu avances, Grand-père meurt, si tu recules, Grand-mère meurt ?”, traduction libre de : “Handroso maty raibe, hihemotra maty renibe”, une double contrainte qui s’impose ces deux dernières années aux décideurs politiques du monde entier en ces temps de pandémie de la covid 19. Faut-il privilégier l’économie au détriment de la santé publique, ou l’inverse ?

En mars 2020, la décision tardive de fermer les frontières avec l’arrivée de nombreux Chinois pour la construction du stade Barea a rapidement introduit le virus de la covid19 à Madagascar. Et ce n’est que récemment que, l’aéroport d’Ivato a de nouveau été ouvert aux vols internationaux en provenance de la France, la Réunion et Maurice, à raison de 2 vols hebdomadaires par compagnie. Les vols charters en provenance de Milan/Rome vers Nosy Be sont également autorisés.

Le gouvernement est entre le marteau et l’enclume et essaie de ménager la chèvre et le chou, mais les décisions devraient tout de même refléter une certaine cohérence.

Madagascar ne classe pas les pays en vert, orange ou rouge selon certains critères ? Il ne semble pas non plus classer les passagers en fonction des vaccins reçus, si bien que les décisions semblent pifométriques. Bref, ouvrir le seul aéroport d’Ivato aux vols venant de Paris, de la Réunion, de Maurice, et celui de Nosy Be aux vols charters venant de Milan ou de Rome, semble plutôt relever de la fantaisie et de l’empirisme.

Puis, pourquoi ouvrir l’aéroport de Nosy Be aux vols charters en provenance de l’Italie, et pas aux vols en provenance de la Réunion ou d’Addis Abeba ? Pourquoi limiter à 2 par semaine les vols à Tana en provenance de La Réunion et de Maurice, alors que 4 vols hebdomadaires par gros porteurs proviennent de Paris ?

La dégradation actuelle des situations sanitaires à la Réunion et à Maurice a amené les autorités de ces pays à prendre des mesures plus restrictives. Allons-nous encore tarder une fois de plus, comme en mars 2020, à prendre les mesures adéquates ?

Par ailleurs, on a allégé la charge de travail du ministre Joël Randriamandranto lors du dernier remaniement en le rétrogradant et en lui retirant le département des transports et de la météorologie, mais il ne semble toujours pas à la hauteur de ce que les opérateurs sont en droit d’attendre d’un ministre du tourisme. Quant au ministre des transports, c’est la catastrophe. Il a fallu les récriminations des passagers et des hôteliers avant qu’il comprenne qu’il vaut mieux laisser à ces derniers le soin d’organiser les navettes aéroports/hôtels. Décider de gaspiller 5 millions de dollars pour retaper un A340 en guise de plan de redressement d’Airmad ! Quelle folie de vouloir répéter les mêmes erreurs et espérer des résultats différents, aurait dit Einstein. A sa décharge, il n’est pas du niveau intellectuel de ce physicien renommé malgré ses faux diplômes.

Quelles perspectives offrent ces deux ministres aux opérateurs touristiques et aux aéroports internationaux d’Antsiranana, Mahajanga, Sainte Marie, Toamasina, Toliary et Taolagnaro, ou aux voyageurs en provenance des hubs d’Addis Abeba, de Nairobi ou de Johannesbourg ? Les aéroports de province se sentent lésés par rapport à Tana, d’autant plus que Tsaradia ne dispose plus que d’un seul ATR au lieu de six du temps du partenariat avec Air Austral. Et les vols intérieurs semblent le cadet des soucis du conseil d’administration qui n’a d’œil que pour les vols Paris-Tana  pour lesquels on engloutit de l’argent pour louer un B787. Des vols qu’on n’arrive pas à remplir malgré des prix bradés à 860€ l’aller-retour. Ainsi, le vol Tana/Paris parti ce matin n’avait à bord que 61 passagers !

Evidemment, cette réduction des vols sur les aéroports de province rejaillit sur ADEMA et ne fait qu’empirer sa situation financière déjà catastrophique.

Mercredi dernier, c’était le branle-bas de combat à l’aéroport d’Ivato : on a déménagé des fauteuils et des mobiliers du terminal actuel au nouveau terminal qui devait être inauguré jeudi en oubliant qu’un vol d’Air France atterrissait mercredi soir. Finalement, pas d’inauguration et retour à la case départ à l’ancien terminal, sans aucune explication ! Pas de manara-penitra, mais beaucoup d’improvisations ! Toujours de l’improvisation !

Et toujours pas de DG titulaire à l’ACM, alors que les 2 derniers conseils des ministres ont procédé à plusieurs dizaines de nominations !  A croire que le travail de DG de l’ACM ne revêt aucune importance ou urgence. Même pas d’appels à candidature !

C’est jeudi que le tribunal de commerce a eu à se prononcer sur la procédure collective d’apurement des dettes d’Airmad. Nous aurons l’occasion d’en reparler lorsque nous aurons de plus amples informations.

En revanche, nous apprenons avec fierté la nomination du Dr Niaina Rakotosami-

manana comme Country Ambassador de la société américaine de microbiologie pour Madagascar. Également l’élection de Mme Monique Andreas Esoavelomasoandro au comité des sages du Comesa. Enfin, la nomination du professeur Raymond Ranjeva comme premier président de l’académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques. Toutes les félicitations de la Gazette à ces personnalités qui n’ont pas eu à répondre à un appel à candidatures.

A notre avis, le professeur Raymond Ranjeva n’aurait pas démérité si le président Rajoelina le choisit comme Ambassadeur à l’ONU en tant que lointain et digne successeur du très renommé Blaise Rabetafika. Ce professeur est un de ceux qui connaissent le mieux le dossier des îles éparses. Il avait fait partie de l’équipe malgache qui a renégocié en 1973 les accords de coopération avec la France, et a été juge à la Cour Internationale de Justice de la Haye. Hélas, il ne répondra jamais aux petites annonces de notre ministre étrange des affaires.

Toujours sur le plan diplomatique, le Président Rajoelina est spécialement convié au Sommet de Tokyo sur la Nutrition en tant que champion de la nutrition de l’Union Africaine. Il aura certainement l’occasion de rattraper cette fois-ci le fameux “La malnutrition est un droit fondamental”.

La Gazette

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