La Gazette de la grande ile

Gouvernance : Sauvegarder notre patrimoine stratégique

Publié le 22 novembre 2021

Le parc de Tsimbazaza a défrayé la chronique. Malgré le démenti de la ministre Elia Béatrice Assoumacou, les échanges de messages entre elle et M. Manon Rivet du groupe AXIAN montrent clairement la volonté de la ministre de céder la gestion de ce parc à ce groupe. Il a fallu l’engagement du secrétaire général de ce ministère d’annuler ce projet pour faire cesser la grève du personnel.

Tout le travail préalable était prémâché par ce groupe privé et devait imposer à l’Etat l’adoption d’un décret portant reconnaissance d’utilité publique de la fondation AXIAN (dont le dossier complet est déjà au niveau de la primature). Cette fondation est probablement étrangère pour exiger que le cas éventuel de litige soit réglé par un arbitrage international au CCI de Paris et non à Madagascar. Le projet devait impliquer également le ministère de l’environnement et la présidence.

Cette affaire ne fait que confirmer la pénétration du pouvoir politique par les milieux d’affaires, notamment les Karanas.

Le groupe Axian avait réussi à placer son ancienne directrice de communication comme directrice de cabinet du président Rajoelina. Le groupe Filatex n’est plus en reste et arrive en force, venant de réussir à placer à la présidence deux ex-collaboratrices, son ancienne directrice commerciale et des relations publiques Mercédès Ratsirahonana comme directrice en charge des Evénements de la République, ensuite son ancienne directrice de la communication Mme Anne-Muriel Rahaingonjatovo, comme Directrice en charge de la coopération économique. Comment travaillera-t-elle avec l’autre Murielle, Ramanamirija conseillère spéciale en charge des relations internationales ? Mme Bango Andriamasinoro était secrétaire exécutif de la plateforme de la société civile HINA, Alliance de la société civile de Madagascar pour le renforcement de la nutrition. Il n’est pas surprenant qu’elle vienne donc renforcer l’équipe du « Champion de la nutrition de l’union Africaine ». Elle est chargée de la coordination des promesses présidentielles et on ne sait pas trop la répartition des tâches avec Judith Benango, coordonnatrice des promesses présidentielles. Travaillera-t-elle sous la houlette de M. Augustin Andriamananoro, directeur général des projets présidentiels ?

La dernière nommée et non des moindres Michèle Ratsivalaka n’est plus à présenter, et elle sera en charge des relations cultuelles et communautaires. Elle est l’épouse de feu le Général Gilbert Ranaivo Ratsivalaka, ancien élève de l’Ecole spéciale militaire de Saint Cyr. Il était titulaire d’un doctorat d’Etat Lettres, Arts et Sciences humaines. Elle a collaboré avec son mari pour l’écriture de plusieurs ouvrages sur l’histoire de Madagascar. Elle contribuera certainement à éviter les nombreuses erreurs commises par le président Rajoelina dues à sa méconnaissance de l’histoire de Madagascar.

Peut-être même parviendra-t-elle à faire renoncer le président à son projet téléphérique ?

Un de nos confrères connu sous le nom de VANF a rappelé qu’il y a un lac dans le parc de Tsimbazaza dont la création remonte à l’époque royale et que la dernière cérémonie de levée d’un deuil dans la famille régnante « tampi-masoandro » eut lieu le 5 janvier 1889. La maison de Rasanjy abritait d’ailleurs la bibliothèque léguée par les Grandidier. Le jardin botanique a été créé le 19 août 1925 par le gouverneur général Marcel Olivier.

Ce bout de l’histoire, sans doute méconnu par la ministre, ne peut que renforcer le refus de voir confiée la gestion de ce parc historiquement stratégique à une institution privée étrangère.

Tout comme la gestion des aéroports de Nosy Be et d’Ivato qui sont des aéroports stratégiques, notamment sur le plan économique et de la sécurité. En confier la gestion à une société étrangère est une perte de souveraineté.  Adema n’est pas le seul à avoir été évincé de ces deux aéroports, tous les autres opérateurs malgaches également dont la société Sofitrans au profit des sociétés Dufry et Pimodata appartenant à des étrangers. Les opérateurs malgaches possédant des magasins sous douane avaient envoyé le 14 août 2019 une lettre de supplique au Président pour les défendre face à Ravinala. C’est un héritage laissé par le gouvernement de Rajaonarimampianina, obligeant le Président Rajoelina à prendre le temps pour faire le ménage. Nous comprenons maintenant le report de l’ouverture de ce nouveau terminal d’Ivato.

“A la présidence, les amazones mènent la danse”, titrait la Gazette du 30 décembre 2019. Et cela vient de s’accélérer avec la nomination simultanée de ces 4 nouvelles directrices à la présidence.

D’autres nominations nous semblent urgentes : le ministre des mines, certains postes d’ambassadeurs comme celui à l’ONU, les DG de la Jirama, d’Air Madagascar, de l’ACM, des assurances Ny Havana. Et pourquoi pas d’autres membres de la gent féminine pour ces postes ? En tout cas, nous espérons que le gouvernement prendra incessamment les mesures pour y pourvoir, et pas à la vitesse des trains de Madarail.

La Gazette

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