La Gazette de la grande ile

Corruption à Madagascar : Capture de l’Etat par des intérêts privés

Publié le 22 novembre 2021

De 2015 à 2020, le score de Madagascar a régressé de 28 à 25 sur l’indice de perception de la corruption. Madagascar est maintenant classée157èmealors que les Seychelles sont à la 27ème place sur 187 pays avec un score de 66.

Le Bianco n’a-t-il pas les moyens de faire correctement son travail ou n’a-t-il comme utilité que de satisfaire la communauté internationale et de donner bonne conscience aux politiques ?

S’agissant par exemple de l’affaire SMMC Rinah Rakotomanga, un magistrat du PAC a affirmé avoir transmis cette affaire au Bianco le 5 mai 2021 pour ouverture d’enquête. La nomination en juin 2021, soit un mois plus tard, de cette proche du président Rajoelina du poste d’ancienne patronne de service communication de la Présidence à un poste de conseillère d’ambassade, semblait avoir pour objectif de l’exfiltrer du pays (comme tant d’autres accusés ont réussi à faire par eux-mêmes), en espérant que le temps fera oublier cette affaire embarrassante pour la présidence. Bien loin de la promesse présidentielle, comme bien d’autres promesses restées lettres mortes, de l’application de la politique de “tolérance” zéro et d’exemplarité des sanctions en la matière.

C’était sans compter sur la propension de Rinah à se montrer en public. Elle gardait au chaud son poste de vice-présidente d’Air Madagascar et elle éclipse totalement le Président d’Airmad, actuel DG de la Cnaps, avec Madagascar Airlines comme nouveau terrain de jeu.A ce sujet, des employés d’Airmad ont relevé qu’elle se targuait d’avoir réussi à marchander la location ACMI d’un B787-900 à 5 580€ l’heure de vol. Or, à l’arrivée de l’appareil à Ivato, ils ont constaté qu’il s’agit en fait d’un B787-800 plus petit, ne pouvant transporter que près de 20% en moins de passagers. Ils espèrent que les coûts de location ont suivi et sont largement inférieurs à ceux annoncés par la vice-présidente.

Le DG du Bianco a dit qu’il “ne laissera pas cette affaire SMMC Rinah se tasser”. Force est cependant de constater qu’il n’en est rien jusqu’à présent, et que Mme Rinah Rakotomanga n’est toujours pas mise en cause et se permet même de narguer l’opinion publique en se pavanant récemment à plusieurs reprises sur les écrans de télévision.

On attendait mieux de ce DG du Bianco, un ancien colonel de gendarmerie et ancien élève de l’ENA (diplômé selon l’annuaire des anciens élèves de cette école, contrairement à notre ministre étrange des affaires). Il ne lui reste plus que deux ans et demi pour assumer et prouver sa véritable indépendance, son mandat non renouvelable devant lui permettre de ne pas avoir à céder aux éventuelles pressions.

La presse faisait état dernièrement du nombre de nouveaux ministres n’ayant pas fait de déclaration de patrimoine au Bianco, comme pour montrer que les politiques ne sont pas sanctionnables.

Le rapport d’enquête et d’analyse sur l’opacité du financement politique à Madagascar conduit par Transparency International (TI) est particulièrement incisif sur ce sujet.La dernière campagne présidentielle a été marquée par des dépenses colossales évaluées à plusieurs dizaines de millions d’euros.TI s’est montré totalement impuissant quant à retracer “l’origine des fonds des partis politiques malagasy, en particulier lors des propagandes électorales qui demeure un mystère total” (Que fait la Samifin ?). En tout cas, des décisions prises par le régime actuel laissent penser, selon TI, qu’il y a un “retour d’ascenseur vis-à-vis d’entités, personnes ou entreprises privées qui ont ou auraient pu financer la dernière campagne présidentielle. Une fois le poulain élu, ces individus puissants exercent alors une mainmise croissante sur les secteurs productifs et stratégiques du pays”.

C’est ce que TI qualifie de « Capture de l’Etat par des Intérêts privés ». Autrement dit, “des entités que nous n’avons pas élues, sont en train de décider à la place des politiques que nous avons élus et de décider pour les citoyens malagasy”. Ces liens malsains entre la sphère politique et le secteur privé s’illustrent par des pratiques qui mettent en danger la légitimité même des élections.

Notre dernier numéro pointait du doigt le recrutement par la présidence de collaboratrices de grands groupes karanas. Un lecteur a fait remarquer qu’elles continuent très probablement à émarger auprès de leurs anciens employeurs, les salaires et avantages accordés par la fonction publique n’étant pas suffisamment rémunérateurs. Quels partis défendront-elles en cas de conflit d’intérêts, à cause du principe « qui paie, commande ».

L’exemple doit venir d’en haut, titrait la Gazette du 21 octobre 2021 en faisant référence à un article de Médiapart du 10 mars 2021 sur “les biens mal acquis de Rajoelina” (https://blogs.mediapart.fr/borsalino/blog/100321/les-biens-mal-acquis-de-rajoelina ). Il serait plus que salutaire que le président ne laisse pas ces accusations sans réponse.

La Gazette

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