La Gazette de la grande ile

Gouvernance : Transparence dans la gestion des fonds COVID

Publié le 23 novembre 2021

Le gouvernement n’y échappera pas, tant la communauté internationale lui met la pression et veut savoir comment les fonds Covid ont été gérés, quelles ont été les priorités et l’allocation de ces ressources, ainsi que les mécanismes des dépenses.

Lors du dialogue politique avec le gouvernement malagasy, l’ambassadeur de l’Union Européenne, Giovanni Di Girolamo, semblait gêné et s’excusait presque d’avoir à demander cette transparence, car Bruxelles l’exigeait. Le président Rajoelina a botté en touche et n’y a pas répondu.

Déjà, dans son communiqué du 26 octobre 2021, le FMI disait également attendre avec impatience les résultats de l’audit par une tierce partie des dépenses liées au COVID-19 plus tard cette année.

Certes, une rubrique « reporting Covid » apparaît sur le site du ministère des finances et de l’économie, mais la communauté internationale ne semble pas convaincue de la conformité et de la sincérité des chiffres et données de ce site, et ne s’en contentera sûrement pas.

Ainsi, la distribution des « vary tsinjo » et autres, alors que la fameuse digitalisation de carnets de fokontany censée la rendre transparente n’a pu commencer qu’une année plus tard, l’épisode CVO alors qu’aucun essai clinique, n’a aucunement validé l’efficacité de cette « tambouille », le limogeage de la « Ministre bonbon », alors que son secrétaire général a été promu Président du Sénat, aucune enquête sur le « ministre écran plat », malgré ce qui ressemble à une concussion indirecte par le biais de sa femme. Rien que ces évènements ont mis la puce à l’oreille de cette communauté internationale. Espérons que le cabinet devant auditer ces dépenses Covid saura résister aux diverses pressions qui ne manqueront pas et fera toute la lumière !

Actuellement, le gouvernement ne semble plus mettre au 1er plan l’aspect sanitaire Covid alors que dans le Menabe, la Haute Matsiatra, Taolagnaro et Vakinankaratra, le virus semble reprendre du poil de la bête. Coïncidence avec la réouverture des frontières ? Le séquenceur annoncé par le président Rajoelina semble toujours aux abonnés absents (une promesse de plus non tenue !), ce qui ne permet même pas de savoir quels variants sont présents à Madagascar.

Le variant delta est en tout cas présent à Maurice, et on sait qu’il est très contagieux. La situation sanitaire y est si chaotique que Maurice a lancé un SOS à la Réunion et à la France. Une demande urgente de prêt de 10 respirateurs, de la venue d’un réanimateur senior et d’une infirmière senior, a été adressée à la France. Malgré cette situation alarmante, Madagascar envisagerait de n’arrêter les vols venant de Maurice que le 27 novembre 2021 (comme on a attendu plusieurs semaines en mars 2020 avant d’arrêter les vols venant de la Chine, avec les conséquences catastrophiques d’une telle décision) !

De même, l’Europe est de nouveau l’épicentre d’une nouvelle vague de Covid. Pourtant, Madagascar ne semble même pas encore envisager l’arrêt des 4 vols hebdomadaires venant de la France. Alors que dans le même temps, le département d’Etat américain vient de classer Madagascar dans la catégorie 4, et déconseille formellement à ses ressortissants les voyages et déplacements dans la Grande Île.

Le taux d’incidence, rapporté à 100 000 habitants, est de 223 à la Réunion et de 172 en France.

Mais cela ne semble pas trop émouvoir nos autorités. Le président Rajoelina a dit que “Madagascar se penche actuellement sur la relance économique et le développement social dans la réalité du Covid-19 par le biais du Plan Multisectoriel d’Urgence et du Plan de relance économique post COVID articulé autour de la bonne gouvernance, le renforcement des mesures relatives à la protection sociale ainsi que le soutien à la résilience économique et l’appui au secteur privé”.

Seulement 406 000 personnes complètement vaccinées, même pas la moitié de la cible de 1 million avant fin 2021 ! Difficile effectivement de convaincre la population de se faire vacciner, alors que le président lui-même affirme ne pas vouloir se vacciner et se contenter du CVO pour lui et sa famille ! Et le Ministre qui semble lui aussi ne jurer que par le CVO+ ! Aucune incitation à se faire vacciner !

Parlant de bonne gouvernance, la population n’est-elle pas en droit d’attendre le compte-rendu du voyage à Glasgow de la lourde délégation des 35 Malagasy à la charge du Trésor public par le président ou à défaut par sa ministre en charge de l’environnement ?

Toujours au nom de cette bonne gouvernance, la population d’Antananarivo ou à défaut les conseillers municipaux de la capitale, ont-ils été consultés sur ce projet de téléphérique ? Apparemment non, puisque le maire veut maintenant demander une délégation de pouvoir du conseil municipal au profit de l’organe exécutif pour toutes les procédures requises dans le cadre du déploiement de ce projet. N’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs en décidant ce projet avant la sortie du schéma directeur du transport dans la ville d’Antananarivo, prévue mi-décembre 2021 ?

Comment oser parler de bonne gouvernance lorsque dans l’affaire Danil Radjan, l’ancien ministre de la justice s’est opposé à la décision d’acquittement des prévenus, prononcée par le tribunal, et a expressément ordonné le maintien en détention des prévenus, sans aucune base légale ?

Hélas, ces quelques exemples pour montrer que Madagascar est encore bien loin de la bonne gouvernance et plusieurs de nos articles récents l’ont maintes et maintes fois souligné. Et nous le répéterons encore, et encore !

La Gazette

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