La Gazette de la grande ile

Tergiversation de l’État : Mais où allons- nous Président ?

Publié le 27 novembre 2021

Le rêve

Au départ, ce fut un  programme de rêve résumé en 13 promesses ou velirano et annoncé à grand renfort de propagande-spectacles: Madagascar n’allait plus  compter sur les bailleurs de fonds traditionnels, des projets de développement déjà financés allaient démarrer dès la prise de fonction du candidat, la restitution des îles éparses est assurée, le prix de la vanille sera doublé voire triplé, l’insécurité disparaîtra grâce à la technologie, plus de vols de zébus grâce à l’utilisation de puces, bref  Madagascar allait devenir un pays émergent…

La réalité

Des Infrastructures sociales dont les murs seuls sont aux normes ou manara-penitra (et encore !), des Écoles sans instituteurs, des Dispensaires sans médecins et sans médicament en dehors du CVO qui n’a pas permis d’éviter les nombreux morts du COVID-19, inhumés précipitamment dans les fasan’ny firaisam-po.

Des investissements publics improductifs en pleine famine, notamment des stades dont le plus grand, le stade Barea, fut quand même inauguré par le président malgré l’absence de réception officielle des travaux, selon le ministre responsable. Sans compter qu’à force d’être instrumentalisés politiquement, les Bareas ne gagnent plus.  Certains investissements publics sont de vrais gâchis de prestige comme c’est le cas du colisée inachevé qui défigure notre patrimoine historique d’Anatirova.Et maladroitement, la restitution de la couronne du dais de la Reine Ranavalona III, au lieu de celle des îles éparses ! Un avion de transport militaire fut exhibé au défilé du 26 juin et aussitôt repris par le vendeur faute d’avoir été payé. Dernière illustration, Madagascar s’endette pour un téléphérique qui ne pourra transporter que les plus nantis, car même les bus class à 1500 ariary peinent à trouver des passagers…

Paradoxalement, des investissements publics sont à l’origine des faillites de nombreuses petites entreprises de travaux publics du fait du défaut de paiement de l’État.  On assiste à de nombreuses dotations-spectacles de 4×4, d’ambulances, de motos et d’engins de travaux publics, mais sans budget de fonctionnement. Cette mauvaise gestion budgétaire est à l’origine de multiples grèves des employés de l’Etat réclamant plusieurs mois de salaires impayés. Et ce ne sont pas les annonces incantatoires de digitalisation à-tout-va qui résoudront cette mauvaise gouvernance.

Pendant ce temps, la population s’enfonce dans la misère : les produits de première nécessité sont hors de prix, l’insécurité et la corruption sont grandissantes, les délestages électriques sont devenus la norme, la rareté de l’eau est constatée partout dans l’île et pas seulement en raison du réchauffement climatique, mais aussi de la mauvaise gestion de la JIRAMA comme l’atteste le remboursement des détournements que vient de réclamer la Banque mondiale. Ainsi, le projet Sahofika a été retardé de deux ans pour négocier une baisse d’environ 1 centime d’euro le KWH, alors qu’on signe sans barguigner le projet Mandraka III dont le prix de revient du KWH est deux fois plus cher à 10 centimes d’euro le KWH. Le recul des investissements directs étrangers est lié à cette tergiversation de l’État et surtout à l’absence d’État de droit et les visites au MEDEF n’y changeront rien. En effet, de nombreux scandales financiers impliquant de hauts responsables restent sans suite comme celui de la SMMC.

Les filières de nos principales sources de revenus telles que la vanille, les letchis et le girofle sont totalement désorganisées au profit d’opérateurs proches du pouvoir et aux dépens des paysans planteurs. Le tourisme qui génère 15% de notre PIB est à genoux, Air Madagascar disparaît au profit de Madagascar Airlines non agréé internationalement par l’IATA et la desserte aérienne des provinces n’est plus assurée que par un seul avion ATR loué à Air Austral malgré des loyers exorbitants selon le conseil des ministres. Le secteur minier est gangrené par des trafics d’or et de pierres précieuses au vu et su de tous. Le secteur halieutique est incontrôlé et malmené par l’administration et enfin, les zones franches, seul secteur encore créateur d’emplois, voient leur statut remis en cause.

Pauvreté généralisée, mauvaise gouvernance et réchauffement climatique contribuent aujourd’hui à la destruction croissante et irréversible de notre environnement si riche en biodiversité.

Comble suprême, alors que notre taux croissance est constamment révisé à la baisse, quelques vautours fortunés locaux monopolisent progressivement notre économie et entrent dans le classement Forbes des grosses fortunes d’Afrique : cherchez l’erreur ?

Après le rêve, les Malagasy connaissent aujourd’hui un réveil très difficile !

Que pouvons-nous encore

espérer d’ici la fin du mandat du président ?

Vu notre pauvreté extrême et pour des raisons quasi-humanitaires, les partenaires techniques et financiers (PTF) menés par le FMI continuent à mettre des ressources financières à notre disposition, mais assorties de conditions strictes de bonne gouvernance. Comble de l’ironie, c’est uniquement sur injonction de ces PTF étrangers que le gouvernement s’est décidé à augmenter les budgets sociaux destinés aux plus pauvres. Nous avons avant tout l’obligation de restaurer une bonne gouvernance vis-à-vis de ces partenaires, mais surtout par redevabilité aux Malagasy, quitte à nuire aux intérêts des proches du pouvoir.

Aujourd’hui, l’État risque fort de déchanter s’il pense échapper à ses obligations de bonne gouvernance et de transparence, en recourant à des financements privés non concessionnels via Rothschild& Co pour recapitaliser Air Madagascar et financer tardivement les promesses électorales du Président. D’ailleurs, n’aurait-il pas été plus judicieux de faire appel aux nombreux “cerveaux” malagasy fréquemment sollicités pour ce genre de mission à travers le monde ?

Ici encore, ce ne sera pas la création incantatoire d’un fond souverain qui va miraculeusement apporter des solutions. Contrairement à la Norvège ou aux Emirats dont les fonds sont alimentés par les excédents des revenus de leurs ressources naturelles, à Madagascar les ressources naturelles sont pillées de manière illicite au grand jour et sans réaction de l’État. Quant aux autres ressources financières étatiques, elles sont constamment gaspillées ou détournées via les établissements publics ou les sociétés à participation étatique. Ne devrions-nous pas d’abord commencer par bien gérer et contrôler nos ressources actuelles avant de créer un fond souverain, sans quoi ce dernier ne serait qu’un tonneau sans fond ?

Face à l’inévitable inflation et la baisse prévisible de la production rizicole faute de pluie, l’État ressort désespérément de vieilles recettes dont l’inefficacité a été prouvée à plusieurs reprises auparavant. À savoir le contrôle des prix et l’importation directe des produits de première nécessité (PPN). Pourquoi persister dans l’erreur ?

Et pour la gestion du Covid, au lieu d’enchaîner les mesures incohérentes, contradictoires et incompréhensibles, ne faudrait-il pas élaborer rapidement une stratégie appropriée aux réalités malagasy, avec un comité scientifique national et de vrais professionnels du transport aérien et du tourisme.

Et c’est le fond du problème, le pouvoir actuel et son président en premier, pèchent avant tout par leur absence de vision et de stratégie claires afin de réaliser des objectifs réalistes et mesurables. Or le temps presse, car notre population crie famine et “Ventre affamé n’a point d’oreilles”, écrivait la Fontaine.

D’où notre question : Mais où allons-nous Président, car “Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va” ?

À bon entendeur salut !

La Gazette

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