La Gazette de la grande ile

Mauvaise  gouvernance : Qui va nous donner la prochaine leçon ?

Publié le 29 novembre 2021

30 minutes de pluie et voilà le kianja manara-penitra Barea sous l’eau ! Ce stade que le président a inauguré en grandes pompes alors qu’il n’aurait même pas été réceptionné comme il se doit ? L’évacuation des eaux pluviales était-elle bien prévue dans le marché ? Le ministre Gérard Andriamanohisoa va certainement nous apporter rapidement des éclaircissements sur ce point et surtout comment on va y remédier. La population est en droit de connaître les mesures que compte prendre le président, car il n’a pas le droit de fermer les yeux sur le gaspillage de 77 millions de dollars.

Profitant du passage de témoin de la présidence de la COMESA, le président Rajoelina a sollicité l’appui technique et financier du gouvernement égyptien pour la construction de l’autoroute Antananarivo/Toamasina et de villes nouvelles. Cela confirme ce que tout le monde savait déjà : le président Rajoelina a menti lorsqu’il a dit déjà disposer des financements des projets de l’IEM. D’autre part, le président s’est-il vraiment bien préparé à diriger le pays, comme il l’avait dit, pendant la présidence de Rajaonarimampianina ? Il est permis d’en douter : attendre depuis trois ans la fin de son mandat à la présidence de la COMESA pour solliciter l’aide du président égyptien ! Puis, quel intérêt stratégique ou économique aurait l’Egypte, si elle en avait les moyens, car elle-même est un pays emprunteur net, de financer Madagascar pour près d’1 milliard de dollars ?

Le régime serait-il vraiment aux abois au point de sembler confondre vitesse et précipitation ?

Le Kéré a projeté Madagascar sous les feux des projecteurs du monde entier, s’agissant de la 1ère famine provoquée par le réchauffement climatique dû aux activités humaines. Les experts sont unanimes, le kéré est dû aux émissions de gaz à effet de serre des pays riches. Malgré cela, Madagascar n’a reçu aucune aide contrairement à l’Afrique du Sud par exemple qui a reçu plus de 8 milliards de dollars pour remplacer les centrales à charbon. La faute à qui ? Déjà, venir à la tête d’une impressionnante délégation de plus de 70 personnes, dont la moitié à la charge de l’Etat, ne semblait pas très judicieux. Ensuite, formuler comme  bonne réponse une demande de financement de 100 millions de dollars pour des réchauds à alcool et à gaz, un projet de sa femme ? Pas du tout dans le ton ni à la hauteur des vrais problèmes ! Heureusement que le ridicule ne tue pas ! On comprend mieux pourquoi il n’a fait aucune déclaration à son retour de COP 26.

S’agissant du nouveau tarif Optima de la Jirama, des proches du président ayant vu l’augmentation de leur nouvelle facture Jirama, l’ont sans doute alerté. Ni une, ni deux, le président a interpellé publiquement le DG de la Jirama et lui a donné 48h pour revenir à l’ancien système et rectifier les factures. Le président a-t-il au moins interrogé son chargé de mission et président de la Jirama, Solo Andriamanampisoa ? En tout cas, une directrice de la Banque Mondiale ne s’est pas privée de donner la leçon au gouvernement en se plaçant en défenseure de la population des régions d’une part et des populations les plus vulnérables d’autre part. Le tarif Optima prévoit en effet une péréquation pour garantir les mêmes tarifs dans toute l’île. 77% verront leur facture baisser. Les ménages les plus vulnérables représentant un tiers des clients de la Jirama, auront même droit à des baisses allant jusqu’à 80%. 18% verront des hausses inférieures à 25% et seulement 1%, les gros consommateurs, auront plus de 25% d’augmentation. Malgré ces hausses, ces nouveaux tarifs resteront encore subventionnés. La Banque Mondiale donne au gouvernement une bonne leçon d’équité sociale !

S’agissant toujours de la Jirama, à la suite des conclusions de l’audit externe des états financiers du Projet d’Amélioration de la Gouvernance et des Opérations dans le Secteur de l’Electricité (PAGOSE), le gouvernement aurait dû prendre les devants. La même Directrice de la Banque Mondiale a de nouveau rappelé le gouvernement à l’ordre, concernant des dépenses de près de 7 milliards ariary effectuées par la partie malgache. Soit des vols, soit des travaux non réalisés, soit des dépenses non éligibles, car portant sur des activités en dehors de la portée du projet. Au-delà des injonctions de la Banque Mondiale, le gouvernement va-t-il oser prendre les mesures concernant les responsables de ces dérives ? Et la Jirama va-t-elle également subir le sort d’Air Madagascar et rester plus de deux ans avec un DG intérimaire avec les conséquences qu’on connaît ? Avec les mêmes administrateurs qui ont fait preuve de leur manque de suivi ? Et ce qu’ils appellent pompeusement rebranding en changeant peut-être la Jirama en Water and Power Company of Madagascar ?

Le FMI et l’Union Européenne ont dit attendre avec impatience d’ici la fin de l’année le rapport d’audit des dépenses Covid. Nous osons espérer que cette fois-ci, dès la sortie de ce rapport, le gouvernement prendra enfin les devants et n’attendra pas de recevoir de nouvelles leçons de ces bailleurs de fonds.

Notre dernier numéro demandait au président où nous allons. En tout cas, continuer avec la même mauvaise gouvernance ne peut que nous mener devant un mur. Certes, améliorer la gouvernance ne donne pas l’occasion de faire du werawera, mais permettra à la population d’avoir des raisons d’espérer en un meilleur avenir, notamment pour leurs enfants, faute d’un présent “pas tellement effroyable” pour reprendre les mots d’un certain ancien ministre.

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