La Gazette de la grande ile

Velirano d’Andry  Rajoelina : “Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent”

Publié le 31 décembre 2021

Cette citation est attribuée à Henri Queuille, président du Conseil sous la 4ème République Française.

Moins d’une semaine après sa prestation de serment du 19 janvier 2019, Rajoelina mettait en place son gouvernement resserré de 23 ministres, contrastant avec le début du mandat laborieux de son prédécesseur.

Ensuite le 27 janvier 2019, Rajoelina assistait à un culte œcuménique au temple d’Anatirova pour demander la bénédiction de la Nation et annonçait la réhabilitation du Rova. “Ce n’est pas un simple discours ni une déclaration, c’est un velirano que je fais avec vous pour la réhabilitation totale de ce monument avant la célébration du soixantième anniversaire du retour de l’indépendance”, disait-il alors. Le coup d’envoi des travaux a été lancé dès le 11 avril 2019.

Certes, les travaux de réhabilitation auront duré quelques mois de plus qu’annoncés (Covid oblige), mais le 6 novembre 2020 soit exactement 25 ans après l’incendie du 6 novembre 1995, Rajoelina inaugurait l’ancien palais de la Reine restauré et prenait la décision de le baptiser « Rovan’i Madagasikara ». Là, chose promise, chose due.

Début février 2019, Rajoelina présentait lors d’un conseil des ministres la politique générale de l’Etat (PGE) : Les 13 « velirano traduisent les axes prioritaires et les résultats attendus par la population. Il vous reviendra (à chaque Ministre) désormais de traduire ce PGE en actions mesurables, quantifiables et objectivement vérifiables ».

La population applaudissait car cette célérité tranchait avec l’ère Rajaonarimampiesona (traduction libre : Rajaonarimampianina le somnifère). Cerise sur le gâteau, les îles éparses allaient revenir sous souveraineté malagasy. Quel début de mandat flamboyant et en trombe !

Qu’en est-il trois années plus tard ?

Déception totale, car même pour les simples nominations à des postes clés comme ceux de certains ambassadeurs comme l’ONU, le DG d’Air Madagascar, de Tsaradia, de Jirama, de l’ACM (Aviation Civile de Madagascar), de l’ARAI (Agence de recouvrement des avoirs illicites), il nous faudra encore patienter. Toujours pas de ministre des mines titulaire non plus, malgré la demande insistante de la présidente de l’assemblée nationale.

Nous ne citerons pas les actions positives de ce régime, car il y en a sûrement, et Rajoelina s’en chargera mieux que quiconque et tirera certainement le bilan positif des actions de son gouvernement lors de son prochain discours.

Nous nous contenterons seulement de citer quelques faits vécus repris dans la Gazette  ces trois dernières années : Délestages permanents, rareté de l’eau dans toute l’île, augmentation de prix des PPN et du ciment, état lamentable des routes dont celles de Tana/Toamasina, augmentation du tarif des taxis-brousse, baisse du prix de la vanille, porosité des frontières et sorties illicites d’or et de pierres précieuses, prix du parking Ravinala à Ivato passant de 700 ariary l’heure à 4500 ariary (qui dit mieux en termes de taux d’augmentation ? malgré la signature d’avenants au contrat), des taxes d’aéroport Ravinala libellées en devises pour un service rendu localement en infraction à la réglementation, petits commerçants malgaches sous douane Ivato expulsés au profit d’étrangers sans aucune indemnisation, de nombreuses journées de grève pour des salaires non payés, difficultés d’exportation de produits halieutiques faute de budget pour le service délivrant les certificats d’origine sanitaire, des écoles et infirmeries manara-penitra (aux normes) avec des fissures et des problèmes d’étanchéité quelques mois après leur inauguration, insécurité grandissante partout dans l’île, etc… Vous complèterez cette liste par la liste des promesses vides non tenues.

Nos hôpitaux sont débordés et « la croisière s’amuse», nos ministres sont en vacances pour une quinzaine de jours. Le préfet de police de la capitale bougeotte en promettant des mesures de restriction de liberté sans bases légales, car nous ne sommes toujours pas dans un état d’urgence sanitaire. Le ministère de la santé prend la décision de traiter les supposés malades sans attendre les résultats des tests avec la « recette miracle du professeur Raoult » Azithromycine plus Hydroxychloroquine, dont aucun essai n’a pu mettre en évidence une quelconque efficacité clinique.

Après la prophétesse brésilienne, la saga CVO, voilà le remède miracle de la fondation chrétienne Zaranaina à Andoharanofotsy. Ce docteur aurait le remède miracle qui va sauver, non seulement Madagascar, mais également le monde entier du Covid et de ses variants.

En France, le nombre de cas journaliers vient de dépasser les 200 000 soit un taux d’incidence supérieur à 2 000. La Réunion vient de décider la mise en place d’un couvre-feu. Malgré cela, les vols en provenance de ces deux pays continuent. Espérons qu’à leur retour des vacances, les ministres n’auront pas à constater les dégâts et à construire d’autres cimetières « fasan’ny firaisampo ».

Le président Rajoelina tiendrait-il enfin une de ses promesses, celle de ne plus faire de la politique si les travaux de la RN13 ne débutaient pas en 2021. Encore quelques heures avant d’accueillir la nouvelle année 2022.

Malgré cette ambiance morose, la Gazette souhaite à tous ses lecteurs et à la population malgache de passer ces quelques jours de fin d’année avec le moins de délestages possibles et avec de l’eau potable incolore (Nous laissons leur croyance à certains de nos compatriotes qui mettent cette pénurie d’eau sur le dos des velirano non tenus).

Terminons cette dernière livraison de l’année 2021 par une autre citation célèbre du même président Henri Queuille,  « La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire tous ceux qui les posent » !  La Gazette restera la « vérité imprimée » et vous promet de ne pas se taire…

La Gazette

Lire aussi