La Gazette de la grande ile

Gouvernance à Madagascar : Peut-on encore croire en la parole de l’Etat ?

Publié le 17 janvier 2022

Pendant la campagne électorale, Le Président de la République a tellement promis monts et merveilles qui ont donné beaucoup d’espoir aux électeurs qu’il a été élu président. Madagascar allait enfin devenir un pays émergent. Voilà l’IEM ! Vous allez voir ce que vous n’avez jamais vu en 60 ans d’indépendance, ce qu’aucun autre président n’a jamais réalisé auparavant. Madagascar ne se contentera plus des financements des bailleurs de fonds traditionnels, et va même prêter aux Comores.

A l’arrivée, 90% de nos financements viennent toujours de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine de développement, du FMI et de l’Union Européenne. D’ailleurs, Madagascar attend encore impatiemment le déblocage par le FMI de 69 millions USD de la FEC. Ce devait être chose faite début décembre 2021, mais le FMI attendrait-il encore le fameux rapport d’audit d’utilisation des fonds Covid ? Le nouveau représentant du FMI Bruno Imbert nous en apprendra peut-être un peu plus à ce sujet.

Certes, nous avons créé un « fonds souverain malagasy » et avons fait appel au cabinet français de renommée internationale Rothschild dans le but d’aller emprunter sur le marché financier international. Mais comme dans la pièce de Charles Perrault, « je ne vois que le soleil qui poudroie » en réplique à la célèbre « Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ». En attendant, les Comores ont bien gardé les 49 kg d’or (à titre de prêt ou de contrepartie ?) et nous ont renvoyé les deux trafiquants malgaches. Lors du face-à-face avec Ravalomanana, l’actuel Président avait promis la prise en charge par l’Etat de la retransmission en direct à la TVM de tous les matchs internationaux comme la CAN. Actuellement, ce sont plutôt les Comores qui les diffusent. Les promesses électorales sont faites par un candidat pour qu’il soit élu, pas nécessairement pour être tenues. Tant pis pour les gogos d’électeurs, car selon le proverbe français bien connu, « les paroles n’engagent que ceux qui les écoutent ».

En revanche, un président élu est responsable devant la population et sa parole devrait être sacrée, et toutes ses promesses tenues. En 2020, notre « Leader bien aimé » avait promis de commencer la réhabilitation de la RN13 en octobre 2021, faute de quoi il allait arrêter de faire de la politique. Il a attribué le retard aux lourdeurs des procédures des marchés financés par l’Union Européenne, concernant la portion Taolagnaro Ambovombe, alors que ces procédures sont connues et n’ont apparemment pas changé ! Il s’est avancé sans prendre aucune précaution de langage et c’est une faute politique, car cela désacralise la parole d’un président. Par ailleurs, il n’a avancé aucune raison pour le retard sur la réhabilitation de la portion de la RN13 entre Ihosy et Betroka qu’il avait également promis de financer sur fonds propre via la technique HIMO (Haute Intensité de Main d’œuvre). Les 50 000 hommes et femmes qui devaient être enrôlés pour ce faire attendent toujours.

« Andraso eo i Paoly » (traduction libre : vous pouvez toujours courir), diraient les badauds !

Malgré cela, il récidive encore en promettant de nouveau lors de ses vœux de commencer cette année l’autoroute Antananarivo Toamasina et ce qu’il appelle la route du soleil entre Maroantsetra et Mananjary, alors que le désenvasement du canal des Pangalanes plus facile à réaliser est loin d’être achevé.

La population est blasée et ne fait plus que sourire en entendant ces nouvelles surenchères.

Même ses promesses de contenir le prix du riz à 500 Ariary le kapoaka sont vaines. Selon le communiqué de la SPM (State Procurement of Madagascar, en anglais svp ! Alors que l’anglais n’est plus une de nos langues officielles), les 4.500 tonnes de riz seront distribuées dans l’Atsimo Andrefana, l’Androy, l’Ihorombe et la Haute Matsiatra, le prix d’une mesure traditionnelle, le « kapoaka », ne devant pas excéder 600 Ariary. Les Malagasy des régions sont-ils des sous-citoyens pour ne pas avoir du « vary tsinjo » au prix maximum de 500 Ariary le kapoaka?

A moins de deux années des prochaines présidentielles, le bilan semble bien maigre. Même la lutte contre la corruption ne nécessitant pas de financement extérieur marque le pas. Au risque d’entacher le projet téléphérique par des faits de corruption (car n’ayant fait l’objet d’aucun appel d’offres, contrairement aux autres marchés publics), le Chef suprême des armées persiste et signe. Madagascar continuera de travailler avec le corrupteur Colas et ferme les yeux sur les sanctions de la Banque Mondiale contre cette société, alimentant la suspicion d’un financement politique derrière ce projet téléphérique.

Le Guide du  peuple malgache a mis des proches de confiance aux postes clés concernant l’eau, l’énergie, le riz et le PPN. Ainsi, son chargé de mission, le DG de la SPM, Soloniaina Andriamanampisoa, est également président du conseil d’administration de la Jirama. Rajoelina est donc actuellement en 1ère ligne sur les problèmes d’eau, de délestages et d’augmentation des prix des PPN et ne peut plus se défausser sur qui que ce soit. Ceci expliquerait-il le fait de rechercher un bouc émissaire lorsqu’il affirme que l’incendie d’Andekaleka est sûrement d’origine criminelle ?

En tout cas, il est plus que temps pour le Chef de l’Etat d’abandonner son costume de candidat pour revêtir enfin celui de président de la République.

La Gazette

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